Le combat du karatéka

La maladie de Parkinson n'a pas empêché le... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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La maladie de Parkinson n'a pas empêché le Gatinois Marcel Gauthier de devenir ceinture noire 9e degré.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE/ Rares sont les karatékas ceinture noire 9e degré. Dans la grande région de l'Outaouais et de l'Est ontarien, on peut les compter sur les doigts de la main. Il faut pratiquement avoir voué sa vie au karaté pour atteindre un tel niveau d'expertise, d'habilité, de force et de sagesse.

Le Gatinois Marcel Gauthier est devenu ceinture noire 9e degré il y a trois semaines. À l'âge de 60 ans. «Et j'aurai 61 ans en janvier, dit-il. Mais j'avoue que j'ai trouvé l'examen pour mon 9e degré très difficile. Le plus difficile de ma vie. Je n'ai jamais eu de difficultés auparavant pour obtenir les degrés inférieurs, mais celui-là, je l'ai trouvé dur.»

D'autres karatékas de sa trempe l'auraient peut-être trouvé moins difficile, cet examen. Mais pour Marcel Gauthier, le défi était de taille. Mais pas en raison de son âge. C'est que cet ancien technicien en informatique chez Bell Canada livrait deux combats à la fois. Le karaté d'un côté, sa maladie de l'autre.

M. Gauthier a appris en 2009 - il y a six ans - qu'il est atteint de la maladie de Parkinson. Une maladie neurodégénérative qui l'a forcé à prendre sa retraite de chez Bell la même année que le diagnostic est tombé.

«Et j'ai aussi laissé la direction de mon dojo de karaté (de la rue Jean-Proulx, secteur Hull) à mon bras droit, Gaston Bérubé, qui est ceinture noire 5e degré, raconte M. Gauthier. Maintenant, je m'occupe presque uniquement des ceintures noires de notre dojo, tandis que Gaston s'occupe des autres étudiants et de tout ce qui touche la direction et l'administration. Mais je ne lâche pas. Je continue à m'entraîner régulièrement. Mon médecin à l'Hôpital d'Ottawa m'a dit que je devais continuer à bouger pour lutter contre le Parkinson. Alors c'est ce que je fais.»

M. Gauthier admet cependant que la maladie commence à lui imposer des limites et à le rattraper petit à petit, presque sournoisement.

«Mon oeil gauche est un peu affecté, dit-il. Et je dois prendre 15 pilules par jour; sept pour contrôler le tremblement des bras et des mains causé par le Parkinson, et huit pour contrer les effets secondaires de ces sept pilules. Mais c'est normal que mon oeil commence à me faire défaut, le Parkinson est dégénératif. Mon médecin m'a cependant dit que je suis le seul des 400 patients de l'Hôpital d'Ottawa atteints du Parkinson dont la maladie n'a pas évolué depuis 2009. C'est peut-être parce que ça fait 45 ans que je m'entraîne et que je pratique le karaté. Il y a sûrement quelque chose de bon qui ressort de ça.

«Mais c'est une maladie dégénérative, j'en suis bien conscient, poursuit-il. Mais je suis un passionné du karaté, je n'arrêterai jamais. Ce sport est ma vie. Ma femme me gronde parfois parce qu'elle trouve que je ne me renseigne pas assez sur le Parkinson. Mais je ne veux pas savoir où j'en serai avec cette maladie dans 10 ans. Qu'on ne commence pas à me dire que je serai cloué à un fauteuil roulant en 2025, je ne veux pas le savoir. Personne ne veut connaître le jour de sa mort. Et avec les progrès en médecine, qui sait comment tout ça évoluera.»

La maladie de Parkinson n'empêche pas non plus Marcel Gauthier de travailler à temps partiel comme instructeur de conduite automobile, lui qui consacre de 20 à 25 heures par semaine à ce boulot. «J'ai enseigné le karaté toute ma vie, dit-il, je suis pédagogue depuis toujours. Donc j'ai accepté cet emploi quand j'ai pris ma retraite de chez Bell. Et ma maladie ne me dérange pas dans ce travail, ce n'est pas moi qui conduis!», laisse-t-il tomber en riant.

Marcel Gauthier est propriétaire d'écoles de karaté en Outaouais depuis 1983. Et après la période des Fêtes, il souhaite partager sa passion pour ce sport en offrant des cours de karaté, à son dojo de la rue Jean-Proulx, aux personnes de 50 ans et plus.

«Ce sera pour les retraités, deux jours par semaine, de 10 h à midi, précise-t-il. Et j'invite toutes les personnes atteintes de la maladie de Parkinson à s'inscrire gratuitement à ce cours. Ce sera gratuit pour eux. Le corps a besoin de bouger, et faire de l'exercice est la meilleure façon de combattre la maladie. Donc d'enseigner et de partager mon art et ma passion sera ma façon d'aider.»

Pour plus de renseignements sur ces cours de karaté:

819-664-9114 (Marcel Gauthier) ou senseigberube@bellnet.ca.

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