Le Berger de l'espoir de Rockland

Ronald Pitre compte remettre 1100 sacs à dos... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Ronald Pitre compte remettre 1100 sacs à dos bourrés d'offrandes aux démunis de quatre organismes d'Ottawa, à Noël cette année.

Etienne Ranger, LeDroit

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CHRONIQUE/ Le 15 octobre 2012, Ronald Pitre a perdu tous ses biens dans un incendie qui a complètement détruit la maison de Wendover dans laquelle il occupait un logement au sous-sol.

Divorcé depuis quelques mois, il tentait de refaire sa vie dans ce petit village de l'Est ontarien. Mais ce jour-là, dans son appartement, tout y est passé. Ses vêtements, ses meubles, ses appareils, ses effets personnels, son clavier et ses haut-parleurs, lui qui est musicien à temps partiel. Tout.

Et curieusement, cette tragédie allait transformer ce Franco-Ontarien de Rockland en véritable père Noël...

«J'avais heureusement une police d'assurance sur mes biens, dit-il. Et j'ai pu me trouver un autre logement que j'ai meublé tout en neuf. L'argent que j'ai reçu de la compagnie d'assurances m'a aussi permis de m'acheter de nouveaux vêtements, un nouveau clavier, un lit, des jouets et des vêtements pour ma fille. C'est un peu drôle à dire, mais c'était comme si j'avais tout à coup trop d'argent. Puis, quand j'ai pensé à ces gens qui perdent tout dans des incendies et qui ne sont pas assurés, j'ai été envahi par un profond sentiment de culpabilité. Donc j'ai décidé de donner à ma façon.»

Un peu plus de deux mois après ce sinistre, Ronald Pitre était au clavier à la messe du 24 décembre aux Bergers de l'espoir, à Ottawa. Et après la cérémonie, il a remis à chaque usager de l'endroit - ils étaient 175 ce soir-là - une carte-cadeau d'une valeur de cinq dollars dans les restaurants Tim Hortons.

«Ces cartes-cadeaux m'avaient coûté 750 $, dit Ronald. Je trouvais que ce n'était pas assez. J'aurais voulu donner plus. Alors, je me suis promis que j'allais me reprendre l'année suivante.»

Et il a tenu promesse. La veille de Noël 2013, il a remis aux 250 itinérants des Bergers de l'espoir les mêmes cartes-cadeaux de chez Tim Hortons, mais chacun a aussi reçu de Ronald un sac rempli d'objets essentiels, tels un rasoir, une brosse à dents et du dentifrice, un foulard, une tuque, des gants, mais aussi des petites gâteries comme des chocolats et des biscuits.

«J'ai eu de l'aide financière de quelques compagnies et commerces, et aussi de l'Association des pompiers d'Ottawa pour amasser tout ça, affirme Ronald. Et aussi de mon employeur, de ma famille et de mes amis. Je n'aurais jamais pu me permettre d'acheter tout ça sans l'appui de tous ces gens.»

La veille de Noël 2014 - l'an dernier - le père Noël Ronald a récidivé pour une troisième fois aux Bergers de l'espoir, en remettant à chacun des 347 hommes et femmes sur les lieux sensiblement les mêmes objets que l'année précédente, mais dans des sacs à dos flambant neufs cette fois-ci.

Ronald Pitre est d'une générosité sans borne. Il est atteint jusqu'à l'âme par la piqûre de donner. Et semble-t-il que plus rien ne l'arrêtera. Parce que cette année, il voit grand pour les gens qu'il aide. Très grand.

Il n'a pas l'intention de se limiter aux sans-abri des Bergers de l'espoir, le 24 décembre prochain, même si le nombre d'usagers de l'endroit a doublé en trois ans! Il compte également donner ses sacs à dos remplis de «cadeaux» aux démunis de quatre autres organismes d'Ottawa. Et il calcule qu'il devra amasser approximativement 1100 ensembles d'offrandes qu'il bourrera dans 1100 sacs à dos. «J'ai présentement assez de matériel pour offrir 650 sacs à dos, affirme-t-il. Mais j'aurai besoin d'un peu d'aide pour les 450 à venir.»

Ronald Pitre, accompagné de son groupe musical, tiendra une soirée de financement le 25 novembre prochain au restaurant Broadway Bar & Grill de Rockland. L'entrée à cette soirée, qui se tiendra de 19 h à 22 h, est gratuite, mais le propriétaire des lieux remettra un certain pourcentage des recettes à la cause de Ronald. «Alors j'espère que les gens viendront pour souper et qu'ils y passeront la soirée», lance le Berger de l'espoir de Rockland en riant.

Je lui ai demandé en terminant notre entretien jusqu'à quand il comptait jouer le père Noël auprès des démunis d'Ottawa.

«Je vais continuer tant et aussi longtemps que ma santé me le permettra, m'a-t-il répondu. Je n'arrêterai jamais. C'est rendu une tradition pour moi. C'est mon Noël.»

Puis, il prend une longue pause, et reprend.

«Tu sais, le 24 décembre au soir, quand je quitte les Bergers de l'espoir après avoir remis mes sacs et que je sors seul dans la rue, la ville est tranquille et paisible. Je regarde les lumières multicolores, la neige, les décorations, et je me dis que je suis chanceux. C'est un moment indescriptible. C'est le plus beau feeling de Noël que je puisse imaginer.»

***

Pour aider Ronald Pitre dans sa «mission»: give@videotron.ca ou le 613-614-8447.

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