Le Gîte Ami perd sa mère

Mme Fénélon prend sa retraite après avoir passé... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Mme Fénélon prend sa retraite après avoir passé 27 ans derrière les fourneaux du Gîte Ami.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / Les employés, bénévoles et usagers du Gîte Ami ont perdu leur mère, jeudi. Celle qu'ils surnomment affectueusement «Mom», et qui leur rend avec amour en les appelant ses «p'tits», a accroché son tablier pour une toute dernière fois jeudi soir.

Suzette «Mom» Fénélon, 67 ans, est cuisinière au Gîte Ami depuis 27 ans.

Arrivée au Canada de son Haïti natal en 1979, elle a d'abord fait la cuisine pour les Pères Oblats, à Ottawa. Puis en 1988, elle a eu vent que ce gîte pour itinérants de Hull, endroit dont elle ignorait l'existence, était à la recherche d'un cuisinier ou d'une cuisinière. Habitée d'un don de soi hors du commun, Suzette Fénélon a senti que cet endroit l'appelait. «C'est Dieu qui a mis le Gîte Ami sur mon chemin, dit-elle. C'était mon destin.»

Et elle y est depuis. Mais l'heure de la retraite a sonné pour Mme Fénélon. Et le personnel et les usagers du Gîte Ami, ainsi que de nombreux invités, ont souligné son départ en lui rendant hommage pour ses nombreuses années de service, et pour lui dire un dernier merci avant son départ pour une retraite bien méritée.

On croyait bien qu'elle allait quitter son poste en janvier dernier lorsqu'elle a subi une opération à coeur ouvert pour remplacer des valves cardiaques et qu'elle a été hospitalisée à Ottawa pendant plus d'un mois. Mais à la surprise de tous, cette mère de deux enfants - «de deux fils en or», précisera-t-elle - est revenue au Gîte Ami en mai pour reprendre ses chaudrons et renouer avec ses «p'tits» de l'endroit.

«Je ne suis pas une femme de maison, a-t-elle dit pour expliquer ce retour surprenant. Je suis habituée à travailler, j'ai travaillé toute ma vie.»

Mme Fénélon compte toutefois se reposer un peu au cours des prochains mois. «Je quitte dans deux semaines revoir les miens en Haïti, dit-elle. Je vais passer environ deux mois là-bas. J'habite la maison léguée par mes parents quand je retourne chez moi. Mes frères et soeurs habitent tous au Canada, mais j'ai des nièces et des neveux que je retrouve chaque fois que j'y retourne.»

Et elle y retourne souvent. Chaque année, en fait. Et ce, depuis de nombreuses années. Et elle ne quitte pas pour son pays d'origine les mains vides quand décembre revient et qu'elle monte dans l'avion. Elle s'assure chaque année de noliser un énorme conteneur qu'elle remplit de denrées non périssables, de vêtements, de souliers, de jouets pour les enfants et le reste pour offrir à ses concitoyens haïtiens dans le besoin. Elle veille elle-même à la distribution des dons et, malgré son salaire très modeste, elle finance le transport et la location du conteneur à même ses propres économies.

«Ça me coûte approximativement 10 000$ par année, affirme-t-elle. C'est beaucoup d'argent, mais je m'arrange, j'économise toute l'année. Et vous savez, il y a des gens là-bas qui n'ont rien. Et quand je dis rien, je veux dire: rien! Je connais des mères de famille qui ne sont même pas capables d'acheter un peu de pain pour nourrir leurs enfants. Ce doit être effrayant pour une mère de ne pas pouvoir nourrir les siens. Moi, ça m'arrache le coeur chaque fois. Donc, j'aide à ma façon. Et quand je donne - surtout quand je remets quelque chose à un enfant - c'est comme si je reçois moi-même.»

Mme Fénélon passera donc deux mois en Haïti. Mais que compte faire «Mom» à son retour, elle qui aura maintenant tout son temps?

Elle songe longuement puis elle répond en riant: «Je ne sais pas!»

«Mais je trouverai bien quelque chose à faire, reprend-elle. Je vais probablement revenir ici (au Gîte Ami) une journée ou deux par semaine pour préparer un peu de popote. Parce que si je ne reviens pas de temps en temps, j'aurai le terrible sentiment d'avoir abandonné mes "p'tits". Ma deuxième famille est ici, au Gîte Ami. Je ne peux pas juste lui tourner le dos et l'oublier. J'en serais incapable.»

Quand je lui ai demandé en terminant notre entretien d'où lui venait ce besoin inné d'aider autrui, elle a répondu: «Ça vient de l'amour et de l'humain en moi. Ça vient de Dieu.»

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