Une vie passée à se souvenir

Un peu plus loin dans le cimetière militaire...

Agrandir

Un peu plus loin dans le cimetière militaire se trouvait une dame âgée d'une soixantaine d'années, je devine. Elle se tenait debout le dos courbé au-dessus d'une tombe, une main sur la pierre tombale, l'autre sur son coeur. Elle ne se redressait pas.

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CHRONIQUE/ «Êtes-vous le trompettiste?», m'a demandé cet homme qui faisait les cent pas dans le terrain de stationnement. J'ai semblé le décevoir en lui répondant que je n'étais qu'un simple journaliste. «Mais où est notre trompettiste?, s'est-il demandé en regardant sa montre et ronger par l'inquiétude. Il faudra peut-être commencer sans lui.»

Je pense que j'étais plus content que lui quand le trompettiste en question s'est enfin pointé le bout du nez...

Parce que c'est vrai qu'une cérémonie commémorative pour le jour du Souvenir est incomplète sans trompettiste. Sa musique fait partie intégrante de la solennité du moment. Et c'est une cérémonie très solennelle que l'Association Richelieu Fondateur a tenue mercredi après-midi au Cimetière militaire national, à Ottawa.

Une poignée de membres de cette association - leur président Gabriel Lessard en tête - étaient entourés d'une dizaine de dignitaires et de militaires, ainsi que d'environ 75 étudiants du Collège catholique Samuel-Genest, invités spécialement pour l'occasion.

«Cette cérémonie commémorative est devenue une tradition pour nos élèves inscrits aux cours d'histoire, de dire Thérèse Désautels, l'animatrice de pastorale à l'école secondaire Samuel-Genest. Nous en sommes à notre troisième année ici.»

La cérémonie a duré une quarantaine de minutes. Quarante minutes durant lesquelles les adultes ont prononcé des discours pour les adolescents. Mais des discours qui, selon moi, étaient par moments un peu mal adaptés pour ces jeunes de 12 à 17 ans. Des discours d'adultes, si on peut dire ainsi.

Mais c'est peut-être l'éternel ado en moi qui parle. Ce grand distrait que je suis qui était parfois plus intrigué par ce qui se passait autour que par ces discours.

Comme ce taxi qui s'est arrêté à une trentaine de mètres de la cérémonie. Le chauffeur est descendu de sa voiture sans même remarquer l'attroupement non loin de lui, il a récupéré des fleurs laissées sur la banquette arrière, puis il les a déposées sur la tombe d'un militaire qui repose à cet endroit. Il s'est recueilli quelques minutes debout devant la pierre tombale, puis il est remonté à bord de son taxi pour retourner gagner sa vie.

Est-ce son fils qui repose à cet endroit?, me suis-je demandé. Son père, peut-être? Ou voulait-il simplement souligner le jour du Souvenir à sa façon en choisissant au hasard le dernier repos d'un militaire canadien tombé au combat? Peu importe. Je ne connaîtrai jamais cet homme mais, curieusement, son geste m'a profondément touché.

Un peu plus loin dans le cimetière militaire se trouvait une dame âgée d'une soixantaine d'années, je devine. Elle se tenait debout le dos courbé au-dessus d'une tombe, une main sur la pierre tombale, l'autre sur son coeur. Elle ne se redressait pas. Elle est restée dans cette position pendant de longues minutes, en portant parfois - souvent même - sa main droite à ses yeux.

Pleurait-elle son époux? Son fils? Son frère? Sa fille peut-être? Je ne sais pas. Mais elle semblait inconsolable. Comme quoi les souvenirs d'un être cher qui nous a été volé par une guerre peuvent être encore très vifs et douloureux malgré les années qui passent. Et j'ai eu le coeur gros pour elle.

Mais ramené à la cérémonie par l'appel d'une trompette, je me suis senti un peu coupable d'avoir raté des bouts de discours.

Les étudiants les ont-ils écoutés attentivement? Je ne saurais dire. Mais qui serais-je pour les blâmer d'avoir momentanément été transportés ailleurs?

Une fois la cérémonie terminée, les jeunes se sont doucement éparpillés en silence parmi les rangées de pierres tombales des militaires, s'arrêtant par petits groupes tantôt devant un nom, tantôt devant une date.

«C'est leur moment préféré de la cérémonie, m'a confié Mme Désautels. Ils sont intrigués par les noms, et parfois touchés par le jeune âge qu'avaient certains militaires qui reposent ici. Quand on retourne en classe et qu'on discute ensemble de cette journée, cette marche parmi les tombes est le moment de la cérémonie dont ils se rappellent le plus. C'est un moment qui les émeut profondément.»

Et ils se souviendront.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer