Le Mellos, notre Mellos

Dans le marché By, le Mellos fait partie... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Dans le marché By, le Mellos fait partie des meubles. Mais son avenir est maintenant en péril.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / C'est une véritable institution du marché By qui risque de disparaître le 31 décembre prochain.

Un endroit où se donnent rendez-vous depuis des décennies cols bleus, cols blancs, politiciens, professionnels, sans-emploi, itinérants, ouvriers, filles de joie... Ce sont tous ces gens, de toutes les sphères de la société, qui s'arrêtent chez Mellos pour une bouchée.

Mais ce greasy spoon de la rue Dalhousie qui a fêté cette année ses 73 ans risque de fermer ses portes à tout jamais. Et un dernier déjeuner «oeufs-bacon-patates» serait servi la veille du jour de l'An.

La compagnie qui est propriétaire de l'édifice où loge le Mellos, Domicile Development Inc, a récemment refusé de renouveler le bail de ce restaurant. Et cette compagnie aurait donné le contrat de location de l'endroit au restaurant mexicain voisin, le Ace Mercado, qui aurait l'intention de prendre possession du local du Mellos pour agrandir sa superficie. Les propriétaires du Mellos tentent donc d'obtenir une injonction qui leur permettrait de rester à leur emplacement historique. Mais rien n'est gagné.

Triste, cette histoire.

«Les propriétaires de l'édifice n'ont aucune raison de nous mettre à la porte, m'a dit mercredi la gérante du Mellos, Nina Vaccaro. Le Mellos est ici depuis 73 ans, notre clientèle est fidèle, je ne vois pas pourquoi on devrait quitter. Ce n'est pas comme si nous sommes une grosse chaîne américaine qui bouscule et qui prend toute la place. On fait partie de la communauté.»

Et de l'histoire du marché By, aurait-elle pu ajouter. Si les murs de ce restaurant pouvaient parler, que d'histoires ils raconteraient!

Ils vous dévoileraient des chapitres de vie des innombrables clients, des députés du coin aux prostituées du quartier, qui ont occupé au fil des décennies ses 14 tabourets tournants et ses huit banquettes.

Ils vous chuchoteraient une histoire peu glorieuse du Mellos, soit celle du cuisinier Camille Cléroux, condamné à la prison à vie pour les meurtres de ses deux épouses et d'une voisine sur une période de 20 ans.

Ils riraient en vous parlant de notre ancien photographe Michel Lafleur, un client fidèle du Mellos, qui ne ratait jamais le «spécial» du jeudi: le pâté chinois. Et la fois que Michel a décelé un goût inhabituel à son repas du jeudi, le pâté chinois préparé pour une cinquantaine de clients a pris le chemin des poubelles simplement parce que Michel l'aimait moins qu'à l'habitude.

Une blonde, amie, et mère

Et les murs vous parleraient avec tendresse de la regrettée serveuse que tout le monde surnommait affectueusement Girt. Thérèse Jemus de son vrai nom. Celle que j'avais baptisée «la maman de la Basse-Ville» dans une chronique de mai 2001.

Girt a travaillé pendant plus de 40 ans chez Mellos. Mère de trois enfants, elle m'avait dit qu'au Mellos, elle est «la blonde de tous les hommes, l'amie de toutes les dames et la mère de tous les adolescents. Je ne viens pas ici travailler, avait-elle ajouté, je viens plutôt m'occuper de ma gang.»

Comme elle s'occupait de Louise, une sans-abri âgée dans la trentaine, déficiente intellectuelle, qui quêtait dans le marché By pour subsister. Mais Louise pouvait toujours compter sur Girt tous les matins pour lui offrir un café chaud et un sourire.

Et quand j'avais demandé à Mme Jemus si elle songeait à la retraite après plus de 40 ans de service, elle m'avait répondu: «Je ne veux même pas penser au jour où je devrai quitter ce restaurant pour la dernière fois. Ça me rendrait trop triste. Ce serait comme abandonner ma famille. Le Mellos, c'est ma vie.»

Comme il fait partie de la vie de tellement de gens.

C'est une véritable institution et un chapitre de l'histoire du marché By et de la Basse-Ville qui risquent de disparaître le 31 décembre prochain.

Et on ne peut que se demander pourquoi...

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