La faim du monde

CHRONIQUE/ «Denis. (Archives, La Presse)

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CHRONIQUE/ «Denis.

- Oui, Manon?

- Il faudra cesser de manger de la viande rouge et des viandes froides.

- Mais pourquoi?

- T'as pas lu? Une étude du Centre international de recherche sur le cancer conclut que la consommation de ces viandes risque de développer le cancer du côlon et de l'estomac.

- Ah bon. Donc fini les sandwiches au jambon, les hamburgers, le bacon, les hot-dogs et le reste?

- C'est ça. Et même le pepperoni sur ta pizza.

- Pfff... C'est rendu que pratiquement tous les aliments sur le marché causent le cancer. Que peut-on manger au juste, Manon? C'est-à-dire à part des noix, du tofu et de l'herbe?

- Je ne sais pas, moi. On pourrait manger plus de poisson, j'imagine.

- Mais n'y a-t-il pas eu un reportage il y a quelques mois dans lequel on apprenait qu'on nous vendait, dans certains commerces, ce qu'on appelait du tilapia, ou encore de l'aiglefin, mais qu'il s'agissait en fait de barbotte?

- Je pense que tu te trompes un peu dans les faits et les détails, Denis. Et je doute fortement qu'on ait vendu de la barbotte en magasin. Mais il y a eu une histoire semblable de produits mal étiquetés dans les poissonneries, en effet.

- Alors ne prenons pas de chance, oublions le poisson et allons-y pour du poulet. D'ailleurs, ce serait bon pour souper ce soir, Manon. Du bon poulet frit. Comme à la Kentucky.

- Pas question. La friture serait aussi une cause de cancer.

- Ah oui? Alors comment expliques-tu le fait que le Colonel Sanders soit mort à l'âge de 90 ans? Et il est mort de vieillesse. Rien à voir avec le cancer ou son poulet PFK.

- Je ne suis pas certaine qu'il en mangeait de son poulet, le bon Colonel. Sais-tu Denis, parfois j'aimerais reculer dans le temps et se nourrir comme nos grands-parents se nourrissaient. Il n'y avait rien de ces viandes transformées à l'époque. Ils achetaient leur viande fraîche à la boucherie du coin. Que ce soit du boeuf, du porc ou de la volaille, tout était frais. Et mon grand-père cultivait ses légumes dans son jardin qu'il conservait tout l'hiver.

- Oui. Je sais Manon. Mon grand-père faisait la même chose. Mais faut croire que nos grands-parents avaient le temps, eux.

- Je ne pense pas qu'ils avaient plus de temps libre que nous. Au contraire. Il le prenait, le temps, tout simplement.

- Ils n'avaient pas le choix, quand on y pense. Les McDo, les pizzas congelées, les TV Dinner, le Kraft Dinner et le reste n'existaient pas à l'époque.

- C'est ce que je disais, Denis. J'aimerais parfois reculer dans le temps...

***

- Parlant de reculer dans le temps, Manon, on recule l'heure dans la nuit de samedi et dimanche. Il ne faudrait pas l'oublier.

- Génial! Une heure de sommeil de plus.

- Oui, mais la noirceur à compter de 17 h pour les quatre prochains mois. Ça! C'est démoralisant!

- Ne me dis pas que tu commences déjà à chialer contre l'hiver?

- Non, non. J'ai même hâte à dimanche matin.

- Mais pourquoi?

- Ce sera le 1er novembre.

- Et...?

- Et au Loblaws dimanche matin, on vendra tous les sacs de petites tablettes de chocolat à une fraction du prix!

- Mais il sera trop tard, Denis. L'Halloween sera passée.

- Qui a parlé d'Halloween?»

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