Pour Sophie et les autres

Les étudiantes Sophie Roy, Romye Bouchard et Sidney... (Martin Roy, LeDroit)

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Les étudiantes Sophie Roy, Romye Bouchard et Sidney Turnbull, accompagnées de leurs enseignantes Catherine Brunet (à droite) et Marie-Christine Castonguay (à gauche).

Martin Roy, LeDroit

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CHRONIQUE / S'agit-il d'une première dans le monde scolaire franco-ontarien? Je l'ignore. Mais qu'on mette un tel projet sur pied dans une école secondaire m'a agréablement surpris.

Un groupe d'élèves et d'enseignantes de l'école secondaire publique Maurice-Lapointe, dans le secteur Kanata, se sont regroupés cette année pour former l'«Alliance Gaie-Straight». Ou l'AGS, comme ils l'appellent. Il s'agit d'un club ouvert à tous les élèves de cette école dans lequel on discute ouvertement de l'homosexualité, de la différence entre le genre et l'orientation sexuelle d'un individu, d'ouverture d'esprit, d'intimidation, de discrimination, d'homophobie et j'en passe.

«C'est un club où toutes les barrières sont ouvertes, d'expliquer l'une des enseignantes fondatrices du groupe, Marie-Christine Castonguay. Il n'y a pas de jugement au sein du groupe. Et ce qui est dit dans le club reste dans le club. Et les élèves n'ont pas à s'identifier pour y participer.»

L'Alliance Gaie-Straight a tenu une première rencontre mensuelle après les heures de classe mercredi dernier. «Nous comptions six participants à cette première réunion, a dit l'enseignante, Catherine Brunet. Mais plusieurs élèves ont démontré un intérêt envers cette initiative. Et je crois que nous serons une bonne douzaine de participants lors de la prochaine rencontre, en novembre.»

Une douzaine n'est pas beaucoup, diront certains. Mais quand on sait que cette école secondaire pour les 9e à la 11e année compte au total 75 élèves, c'est déjà pas mal!

L'idée de l'AGS a germé dans la tête de l'étudiante de 11e année, Sophie Roy.

«Ça faisait quelques semaines que j'y pensais, dit-elle. Puis j'ai approché certains profs pour leur dire que je voulais apporter des changements en formant ce club. Et ils ont tous trouvé que c'était une bonne idée.

«Je suis lesbienne, de laisser tomber la jeune étudiante. Et je suis chanceuse, tout le monde m'a acceptée. Mais je constate que d'autres ne sont pas aussi chanceux que moi, et ça me touche. Donc j'ai fondé ce club dans l'espoir d'éduquer les gens afin de réduire l'intimidation et la discrimination reliées à l'homosexualité. Parce que je pense qu'on est plus ouvert quand on est éduqué.»

«Les gens ont juste peur de l'inconnu, de renchérir Romye Bouchard, une autre étudiante de 11e année et membre de l'AGS. Et parfois on blesse certaines personnes sans même s'en rendre compte. Comme la fameuse phrase: "C'est gai, ça." Beaucoup de jeunes disent ça quand ils veulent dire que quelque chose est ennuyant ou bizarre. Mais cette expression peut blesser des gens. Il faut arrêter de penser qu'elle ne blesse personne. On la dit sans vouloir faire de mal à qui que ce soit. Mais elle peut tout de même être blessante pour certains.»

«J'utilisais cette expression auparavant, d'admettre Sydney Turnbull, une étudiante de 9e année, elle aussi membre de l'AGS. Et j'avoue que je n'étais pas si ouverte il y a quelques années, j'étais même un peu homophobe. Mais j'ai réalisé que l'homosexualité est normale, que c'est la vie.»

La direction de l'école secondaire publique Maurice-Lapointe appuie sans retenue l'initiative des élèves et des enseignantes. Mais qu'en est-il des parents des étudiants de cette école?

«Je n'ai pas eu d'échos de ce côté-là, de répondre Mme Castonguay. Donc, pas de nouvelle, bonne nouvelle.»

«Mes parents ont trouvé que c'était une bonne idée, dit Romye. Et ils ont entendu d'autres parents dire la même chose.»

«Ma mère était vraiment contente quand je lui ai dit que je m'étais jointe à ce groupe, renchérit Sydney. Elle est 100% correcte avec ça.»

Même son de cloche chez Sophie.

Mais Sydney de reprendre: «J'étais tellement en colère l'autre jour. J'ai entendu un étudiant dire dans l'autobus scolaire: "Si j'apprends qui se joint à ce groupe, je vais le dire à tout le monde pour que tous sachent que ce gars-là est gai."»

Et Romye de lui répliquer: «C'est exactement ce qu'on veut changer, Sydney.»

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