Mourir pour l'autre

Denise a reçu une touchante lettre de l'homme... (Martin Roy, LeDroit)

Agrandir

Denise a reçu une touchante lettre de l'homme qui porte le coeur de son fils.

Martin Roy, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Denise à perdu son fils en juin dernier. Mais celui-ci ne sera pas mort en vain...

Si j'utilise son prénom, ce n'est pas par irrespect. C'est que la Gatinoise de 81 ans doit conserver l'anonymat à la demande de Transplant Québec.

Son fils Charles, 53 ans, mécanicien en bâtiments et père de quatre enfants âgés de 22 à 29 ans, est décédé accidentellement le 8 juin dernier.

Charles était sujet à des crises d'épilepsie. Ce soir-là, il se trouvait chez sa mère et il avait subi une crise vers 17h. Mais la crise a passé et, ressaisi, il a pris le souper avec sa mère.

Charles venait de se procurer une nouvelle voiture, usagée. Après le souper, il est sorti de l'appartement du deuxième étage où habite sa mère pour se rendre à son auto garée dans le stationnement arrière de l'édifice. Voulait-il la faire rouler pour une courte balade? Ou réparer un bris quelconque? Sa mère ne le saura jamais. Mais celle-ci, inquiète de le voir quitter au volant de sa voiture à peine deux heures après avoir subi une crise d'épilepsie, l'a suivi dans le stationnement à peine deux ou trois minutes après son départ. Mais il était déjà trop tard. Elle a trouvé son fils au bas des escaliers de fer forgé, inconscient, le visage ensanglanté et le crâne fracturé à deux endroits.

Charles avait subi une deuxième crise d'épilepsie. Il s'est évanoui au haut de l'escalier, il est tombé et a déboulé jusqu'au sol de béton. À l'hôpital de Hull, on n'a pu que constater son décès.

«On m'a demandé à l'hôpital si j'acceptais que les organes de Charles soient prélevés, se souvient Denise. J'ai accepté, et ce n'est que plus tard que j'ai appris que Charles avait signé sa carte comme quoi il souhaitait lui aussi que ses organes soient prélevés et donnés en cas de décès.»

On a retiré son coeur, son foie, ses reins, des tendons et sa peau pour les grands brûlés. Combien de vies a-t-il sauvées par son geste? Au moins une...

Voici de long extraits d'une lettre anonyme que Denise a reçue il y a moins de deux semaines d'un homme qui doit aujourd'hui sa vie à Charles.

***

«À l'attention des membres de la famille de mon donneur,

Depuis ma "renaissance", mes pensées se tournent constamment vers vous. Il n'y a pas de mots assez grands pour exprimer les émotions et la reconnaissance qui m'habitent.

Je suis un mari, un père et un grand-papa de 62 ans. Depuis maintenant 11 ans, je vis avec un coeur qui s'affaiblit au gré du temps. Tout dernièrement, mon coeur ne fonctionnait qu'à 10%. [...] Je n'arrivais plus à jouer avec mes petits-enfants, l'énergie m'abandonnait de jour en jour. Deux semaines avant mon "miracle", on m'a même offert un coeur mécanique. Malgré cela, tout mon être me signifiait le refus.

Puis la pagette a sonné... "Rendez-vous immédiatement à l'hôpital, nous avons un coeur pour vous." [...] Puis en ce dixième jour du mois de juin, ce fut l'opération et le réveil... Je rêve? Est-ce vrai? Mes pensées se bousculaient dans ma tête, mon esprit et surtout mon coeur. Je venais de recevoir un cadeau inestimable.

Mais quelqu'un a dû le payer de sa vie. Et ça me bouleverse tellement! Chaque soir au coucher, je pense constamment à vous. Même si le bonheur de revivre est omniprésent à chaque seconde, je comprends vraiment votre immense peine pour la perte d'un être cher. Mais la générosité et la compassion exceptionnelles dont vous avez fait preuve m'ont redonné la vie. Je peux maintenant espérer voir grandir mes petits-enfants, partager leur quotidien et renouer avec le bonheur quotidien.

Comment mettre un baume sur votre peine? L'être que vous aimiez vit en moi et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour rendre honneur à ce don de vie. Sachez que je vivrai chaque moment de ma nouvelle vie avec une reconnaissance incomparable. Je prendrai soin avec méticulosité de ce merveilleux cadeau.

Merci!!»

***

«Si j'ai voulu partager cette lettre avec vous, M. Gratton, c'est en espérant que d'autres la liront et qu'ils signeront eux aussi leur carte et sauveront des vies», me dit Denise.

«J'ai pleuré quand je l'ai lue. Pour moi, c'est un cadeau cette lettre-là. Mon fils n'est pas mort inutilement. Et c'est un peu comme s'il vit toujours.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer