Au-delà des préjugés

«J'ai eu une bonne fondation solide. Malheureusement, d'autres... (Patrick Woodbury, LeDroit)

Agrandir

«J'ai eu une bonne fondation solide. Malheureusement, d'autres n'ont pas eu cette chance», affirme Madeleine Polenz.

Patrick Woodbury, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Saviez-vous que le mois d'octobre est le Mois du nanisme? Non? Vous n'êtes pas les seuls. Personnellement, j'ignorais qu'un tel mois existait.

Mais un communiqué de presse émis par l'Association québécoise des personnes de petite taille (AQPPT) - j'ignorais aussi qu'une telle association existait - m'a appris récemment que la troisième édition du Mois du nanisme se tient en octobre.

Tenir un tel mois est plein de bon sens quand on s'arrête pour y penser. Les personnes atteintes de nanisme sont souvent victimes de mauvaises blagues, de préjugés persistants, de rejet et d'exclusion sociale. Simplement parce qu'elles sont différentes. Donc, de consacrer un mois à la sensibilisation à la condition du nanisme est une très bonne occasion d'en parler et de mieux connaître la réalité des gens qui vivent avec ce handicap.

Madeleine Polenz, 63 ans, du secteur Orléans, est naine. Mais elle me reprend rapidement. «Le mot "naine" n'est pas très bien accepté, me corrige-t-elle gentiment. C'est un peu péjoratif comme mot. Comme le mot "midget" en anglais est inacceptable. On préfère le terme: personne de petite taille.» (Eh bien voilà. J'aurai déjà appris ma première leçon.)

Mme Polenz, comme toutes les personnes vivant avec sa condition, a été victime dans sa jeunesse de blagues déplacées, de railleries, de moqueries et d'exclusion. Mais cette mère monoparentale a su surmonter les obstacles qui se sont souvent dressés devant elle. Elle a su aller au-delà des préjugés sans fondements basés uniquement sur l'ignorance, et elle a réussi sa vie.

Aujourd'hui retraitée de la fonction publique fédérale après une longue carrière comme adjointe administrative à Statistique Canada, Mme Polenz admet cependant que sa route n'a pas toujours été sans heurt.

«L'école primaire n'a pas été facile, se souvient-elle. J'étais la cible de blagues, de moqueries, on me pointait du doigt. Je me souviens d'un garçon qui m'a attendue une fois après l'école pour me battre. Simplement parce que j'étais différente. Une chance que ma mère était intervenue auprès de la directrice de l'école. Mais les blagues et le reste, c'était sur une base quotidienne. J'étais forte de caractère, je prétendais à l'école que tout ça ne me dérangeait pas. Mais c'est en arrivant à la maison en fin d'après-midi que j'éclatais et que je fondais en larmes. J'étais en colère.»

Les choses se sont beaucoup mieux déroulées au secondaire, affirme-t-elle. Elle avait ses amies et ensemble elles formaient un groupe «tricoté serré». Mais la solitude s'est tranquillement installée.

«Quand mes amies ont commencé à fréquenter les garçons, j'ai été un peu exclue du groupe, explique-t-elle. Mes amies sortaient le soir avec leurs chums. Donc, mes soirées, je les passais seule à la maison. Mais si j'ai pu passer à travers tout ça, c'est parce que j'avais une bonne fondation. Je suis la seule personne de petite taille dans ma famille et dans ma parenté. Mais mes parents m'ont élevée en me faisant comprendre que je n'étais pas différente. Que je pouvais être indépendante et voler de mes propres ailes. J'ai eu une bonne fondation solide. Malheureusement, d'autres n'ont pas eu cette chance.»

- Et comment les choses se sont-elles passées sur le marché du travail?

- Très bien. Je n'ai jamais senti de préjugés à mon égard. Mais j'ai été chanceuse de travailler à la fonction publique, où les différences sont généralement acceptées. Je ne suis pas sûre que j'aurais été si chanceuse au privé. Peut-être. Mais je ne suis pas sûre. J'ai des amis ultracompétents dont les candidatures pour un emploi au privé ont été rejetées simplement parce qu'ils sont des personnes de petite taille. Et je suis chanceuse d'être née au Canada. Dans certains pays, les enfants de petite taille sont rejetés par la société et par leur propre famille, et ils se retrouvent dans un orphelinat où, l'espère-t-on, ils seront adoptés par des gens d'ailleurs.»

Quelques faits et statistiques sur le nanisme

  • Plus de 80% des personnes ayant un important retard de croissance naissent de familles où il n'y a aucun précédent de nanisme;
  • toute femme peut donner naissance à un enfant de petite taille;
  • la prévalence est d'une naissance sur 10 000;
  • le mois d'octobre est légalement reconnu comme Mois du nanisme (Dwarfism Awareness Month) dans plusieurs États américains depuis 2009.
Pour en savoir davantage sur l'AQPPT et le Mois du nanisme, visitez le www.aqppt.org.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer