La faute à papa

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Triste nouvelle pour les francophones d'Orléans et d'Ottawa. On apprenait lundi de TFO que l'hebdomadaire francophone L'Express (d'Orléans) a mis un terme à sa version imprimée.

L'Express, fondé en 1983, sera toujours disponible sur les plateformes électroniques. Mais ce «p'tit journal» qu'on aimait bien «ramasser» au dépanneur ou à la caisse populaire pour le lire, pour se divertir, qui parlait des gens et des événements de chez nous, n'est plus.

Cette nouvelle - comme on dit - vient me chercher. Oui, je sais que l'avenir des «journaux papier» est précaire et que les nouvelles générations préfèrent se renseigner sur d'autres plateformes. C'est l'avenir de la presse écrite. Pour le meilleur et pour le pire.

Mais cette nouvelle, néanmoins, m'attriste. Parce que L'Express a indirectement joué un grand rôle dans ma carrière.

Mon père a fait carrière à l'Université d'Ottawa. Mais il a souvent répété qu'il avait toujours rêvé d'être journaliste. La vie en a voulu autrement.

Mais à sa retraite à la fin des années 1980, alors qu'il était âgé dans la jeune soixantaine, L'Express l'a embauché comme journaliste. Mon père se plaisait beaucoup dans ses nouvelles fonctions. Il avait perdu ma mère en 1982 et il s'ennuyait, parfois, seul chez lui. L'Express lui avait donné une chance de reprendre un peu sa place dans la communauté. Une chance de se sentir utile à nouveau. Une chance de vivre son rêve. Et j'étais content de le voir si heureux. Heureux comme un poisson dans l'eau.

Une année ou deux après son embauche à cet hebdo, mon père, avec l'approbation de la direction, m'a confié une chronique hebdomadaire. Une chronique humoristique intitulée Seulement à Vanier. Donc, mes premières armes comme chroniqueur, je les ai faites à L'Express. Cet hebdo a été mon école. Et Dieu sait que j'avais des leçons à apprendre sur ce drôle de métier!

Je dois beaucoup à L'Express, à ses patrons de l'époque et, bien entendu, à mon père qui s'assurait de corriger (et souvent censurer) mes textes avant de les soumettre à ses boss. Sans ce «filtre humain» qu'a été papa, je pense que mes chroniques n'auraient jamais été publiées et que je serais toujours vendeur itinérant de viandes congelées. (C'était mon emploi à temps plein à l'époque, malgré mon diplôme collégial en journalisme en poche. Ne riez pas. Comme dit le proverbe: «Il n'y a pas de sots métiers, il n'y a que de sottes gens».)

Mon père a vite fait ses preuves comme journaliste dans la région d'Ottawa-Orléans. On admirait sa plume, son entregent et sa connaissance approfondie des sujets, lui qui avait été conseiller scolaire et conseiller municipal de Vanier.

En 1991, LeDroit était à la recherche de correspondants régionaux, dont un dans la grande région d'Orléans, Vanier et Rockland. Alors le directeur de l'information de l'époque, Adrien Cantin, a appelé mon père pour lui offrir ce poste.

Dans sa jeunesse, papa aurait vu cette offre du Droit comme une consécration. La réalisation d'un rêve qu'il croyait inatteignable. Mais, à la grande surprise de tous, il l'a refusée. Il a expliqué à Adrien qu'il était rendu un peu trop vieux pour «faire du terrain» sur une base quotidienne, pour se stresser avec les heures de tombées et pour se mêler à la compétition féroce entre médias régionaux. Il était bien heureux à L'Express et il allait y demeurer.

Adrien a compris. Mais mon père, avant de raccrocher, lui a dit: «Si je peux vous suggérer un nom, il y a mon fils Denis qui pourrait être très intéressé par ce poste. Voici son numéro.» Quand mon père m'a dit ça, je n'ai pas attendu qu'Adrien Cantin m'appelle. J'ai fait le premier pas et je l'ai appelé. Et il m'a convié à une entrevue au Droit - je m'en souviens encore - le 1er juillet 1991, fête du Canada.

Et le 24 juillet de cette même année, je signais mon premier texte dans LeDroit. Un texte publié en Une, par surcroît. Non seulement mon père m'avait légué son rêve, il m'avait aussi permis de le réaliser.

Alors vous comprendrez pourquoi la disparition de la version papier de L'Express me touche tant.

Je lui dois tellement.

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