Chez Denise

Pour Denise Tessier, le comptoir St-Vincent de Paul... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Pour Denise Tessier, le comptoir St-Vincent de Paul de Hull, sur la rue Eddy, c'est sa deuxième famille.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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Denise Tessier est fébrile. On fêtera jeudi soir les 50 années d'existence du comptoir St-Vincent de Paul de Hull, sur la rue Eddy.

Et pour cette Hulloise de 84 ans, ce n'est pas un simple comptoir qui vient en aide aux démunis depuis un demi-siècle qu'on célébrera. C'est sa deuxième famille. C'est sa vie.

Ce comptoir fondé par l'homme d'affaires Eugène Tassé a ouvert ses portes en 1965. Mme Tessier a commencé comme bénévole deux ans plus tard, en 1967. Et comme elle dit: «Je ne l'ai pas mis au monde, ce comptoir, mais je l'ai élevé.»

Après avoir travaillé comme bénévole, puis employée au salaire minimum pendant 14 ans, Mme Tessier a été nommée gérante du comptoir St-Vincent de Paul de Hull en 1981. Un poste qu'elle a occupé jusqu'en 2005 à un salaire de... 10$ l'heure.

«Je n'ai jamais demandé plus que 10$ l'heure au cours de mes 25 années à la gérance, dit-elle. Je ne voulais pas plus. Pour moi, le reste, c'était du bénévolat.»

Elle siège au conseil d'administration de ce comptoir depuis sa retraite. «Je suis restée sur le c.a. parce que c'était trop un choc de quitter subitement, dit-elle. Ce comptoir est mon bébé. Les gens ici, le personnel et les clients sont ma deuxième famille.»

Mme Tessier pourrait écrire un livre sur ses nombreuses années à la St-Vincent de Paul. Tous ces gens qu'elle a rencontrés, tous ces employés qu'elle a côtoyés et aimés, tous ces clients qu'elle a aidés.

«Je connaissais parfois plus les familles de tout ce monde-là que je connaissais la mienne», lance-t-elle en riant, elle qui est mère de trois enfants.

Elle se souvient de cette jeune femme, laissée par son fiancé, et qui était dans une profonde dépression, au bord du gouffre. Avec ses paroles et sa compassion, Mme Tessier a réussi à l'aider à s'en sortir. «Et aujourd'hui, dit-elle fièrement, elle est mariée, elle est mère d'un enfant et elle a un bon emploi.»

Puis, il y a cette autre cliente, mère de trois enfants, qui habitait de l'autre côté de la rue Eddy.

«Son mari la battait, raconte Mme Tessier. Elle venait ici me voir pour se confier. Elle m'appelait parfois parce qu'elle n'avait plus de lait pour son bébé. Alors j'allais lui porter du lait et des vêtements.

«Elle est déménagée dans Val-Tétreau à un moment donné et elle n'avait pas d'auto. Alors je demandais au camionneur de m'accompagner pour lui apporter des vêtements, du lait et ce qui lui manquait. Elle va mieux aujourd'hui. Et son dernier bébé, sa fille, elle l'a nommée Denise», ajoute-t-elle en souriant.

Au fil des années, Denise Tessier a remarqué un changement dans la clientèle du comptoir de la St-Vincent de Paul. Un changement qui reflète assez bien la société et la réalité d'aujourd'hui.

«Au début, explique-t-elle, c'était des gens dans le besoin qui venaient ici. Aujourd'hui, ce sont des gens de la classe moyenne. Bien sûr, il y aura malheureusement toujours les gens démunis. Mais beaucoup de gens de la classe moyenne fréquentent aujourd'hui notre comptoir. Les loyers sont assez chers aujourd'hui, ils ont besoin de ça. Ils n'ont pas le choix.»

Mais de constater parfois que ce sont des gens bien nantis qui «magasinent» à son comptoir la choque-t-elle?

«Au contraire. Ça nous aide à aider ceux qui en ont réellement besoin. Si ce n'était pas de ces gens-là, on ne pourrait pas survivre pour aider tant d'autres gens dans le besoin et pour payer nos employés.»

Et comptez-vous siéger au c.a. pour encore plusieurs années?, lui ai-je demandé avant de quitter.

«Tant que je le pourrai, je vais continuer. C'est ma vie ici.»

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