Nés pour un petit pain

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Jean-Paul Perreault d'Impératif français s'est déclaré contre la construction des deux tours Brigil.

Martin Roy, Archives LeDroit

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Ainsi, Jean-Paul Perreault d'Impératif français s'est déclaré contre la construction des deux tours Brigil. Ou comme les a baptisées le promoteur Gilles Desjardins: la Place des peuples.

Pourquoi mon ami Jean-Paul s'est-il prononcé contre la venue de ces tours de 35 et de 55 étages au centre-ville de Gatineau?

Parce que selon lui, ce sont juste les Ontariens - les riches et méchants Anglos - qui pourront se permettre de déménager dans ces luxueux logements.

C'est ce qu'il a dit mardi matin sur les ondes du 104,7 Outaouais. Que les Québécois ne peuvent pas se permettre le coût de location de ces unités, et que ce sont les Ontariens qui en profiteront pour y aménager. Et il a ajouté dans un communiqué de presse que ces derniers, par leur unilinguisme, «exerceront une pression fortement anglicisante et défrancisante sur leur entourage». On comme chantait Yvon Deschamps: «Pis les Anglais sont arrivés, ç'a pas mal cassé notre party

Si j'étais Québécois, je serais légèrement insulté par les propos de M. Perreault. Dit-il que les Gatinois sont «nés pour un p'tit pain», que ces deux tours leur sont financièrement inaccessibles et qu'ils ne peuvent qu'en rêver?

Et le W/E, l'édifice à condos qui a ouvert ses portes cet été, est-il aussi réservé aux plus nantis de ce monde - les Ontariens, comme les appelle Jean-Paul? Le condo le moins cher dans ce luxueux bâtiment se loue 1050$ par mois. Et on parle du moins cher, un logement d'une chambre à coucher d'à peu près 700 pieds carrés.

J'ai appelé au W/E mardi matin. On m'a dit que les condos qui se louent à 1050$ mensuellement sont déjà tous loués, mais qu'il en reste un à 1350$ par mois. Et celui-là est de 800 pieds carrés... C'est beaucoup trop cher pour les p'tits Québécois, ça, n'est-ce pas Jean-Paul?

Faut-il en conclure que le W/E est occupé uniquement par des Ontariens? (Sauf un. Parce que j'ai un ami gatinois qui vient d'emménager dans ce bâtiment. Mais il ne compte pas, lui, il est «riche»...)

Et je te demande ceci, cher ami d'Aylmer: quand tu dis que ce sont les «saprés» Ontariens qui envahiront les deux tours Brigil, inclus-tu dans ce nombre les quelque 145 000 Franco-Ontariens d'Ottawa? Ne sommes-nous pas les bienvenus dans la Belle Province? Si c'est le cas, t'aurais pu me le dire avant que j'aille vivre cinq ans à Aylmer (et huit autres à Hull et à Val-des-Monts).

Le président de Brigil, Gilles Desjardins, lors de... (Etienne Ranger, Archives LeDroit) - image 2.0

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Le président de Brigil, Gilles Desjardins, lors de la présentation de son projet

Etienne Ranger, Archives LeDroit

Bien sûr qu'il y aura des Ontariens unilingues anglophones qui s'intéresseront aux tours Brigil. Bien sûr que certains y déménageront. Mais est-ce que leur venue se traduira par l'assimilation des Gatinois? Ou par l'anglicisation du centre-ville de Gatineau? Permets-moi d'en douter, Jean-Paul. Et d'en douter fortement.

En fait, ce sera à toi d'y voir. Et en la matière, t'as prouvé maintes et maintes fois que Gatineau ne pourrait demander mieux comme défenseur de notre langue et que ses résidents peuvent dormir sur leurs deux oreilles et rêver en français.

Des arguments solides ont été soulevés depuis quelques semaines par les gens et les groupes qui s'opposent à la construction des deux mastodontes de Brigil. Comme plusieurs arguments solides pour l'érection de ces gratte-ciel sont été soulevés.

Mais le tien, Jean-Paul, ton argument, avec tout le respect que je te dois, je le qualifierais de frivole.

Personnellement - et je dis bien personnellement -, je suis pour la construction de la Place des peuples. Mais je sais que ça ne me regarde pas, puisque je ne suis pas Gatinois.

Et ne va surtout pas croire, Jean-Paul, que je veux y emménager si jamais ce projet voit le jour. Car pour être bien honnête avec toi, mon ami, je ne pourrais pas me le permettre... moi, l'Ontarien.

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