Le maire de la rue Notre-Dame-de-l'Île

René Martin a commencé en 1973 à effacer... (Etienne Ranger, LeDroit)

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René Martin a commencé en 1973 à effacer les graffitis dans son quartier.

Etienne Ranger, LeDroit

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René Martin, un Gatinois qui fêtera dans quelques semaines ses 80 ans, s'est établi dans le Vieux-Hull il y a plus de 40 ans. Et il y habite toujours.

Et au fil des ans, il est devenu l'un des plus grands ambassadeurs de Gatineau. Un ambassadeur anonyme qui embellit sa ville et la qualité de vie des gens dans la plus grande discrétion et sans ne rien demander en retour. Mais il s'est fait prendre l'autre jour...

Il marchait sur la rue Laval quand il a aperçu un vulgaire graffiti sur les installations d'Hydro-Québec. «C'était écrit "fuck you" en grosses lettres, dit-il. Alors j'ai demandé à un commerçant si ce graffiti était là depuis longtemps et il m'a répondu: "Oui, ça fait des mois." Alors je lui ai dit que j'allais arranger ça.» Puis il a quitté, laissant derrière lui le commerçant qui se grattait le crâne en se demandant bien ce que ce septuagénaire avait en tête.

M. Martin est revenu moins d'une heure plus tard, pot de peinture et pinceau en main, et il a fait disparaître le graffiti en l'enduisant de peinture aux couleurs des équipements d'Hydro-Québec, à la grande stupéfaction des passants et commerçants du coin.

«Vous travaillez pour qui?» de lui demander un passant. «Pour personne, de lui répondre le peintre. Je suis à la retraite, j'aime ça et ça passe le temps.»

Quelques minutes plus tard, on jasait de lui sur Facebook...

Ingénieur de profession et homme à tout faire, M. Martin n'en était pas à son premier graffiti. Mon Dieu non! Ce qu'il a fait sur la rue Laval il y a quelques jours, il le fait dans son quartier depuis plus de 40 ans! Ses voisins le surnomment «le maire de la rue Notre-Dame-de-l'Île». Il aide tout le monde et dès qu'il aperçoit un graffiti dans les rues de son quartier, il le fait disparaître... d'un coup de pinceau.

«J'ai commencé ça en 1973, se souvient-il. Les jeunes d'Ottawa passent souvent dans le coin pour rentrer chez eux pendant la nuit. Et ils dessinent des graffitis un peu partout. Mais le jour, il y a plusieurs touristes et visiteurs qui stationnent sur les rues avoisinantes du Musée (de l'histoire) et ils voient ces affreux graffitis en se rendant au Musée. Alors je m'en occupe. Ça me fait plaisir. Je n'ai jamais été marié, mes frères et soeurs sont tous décédés, je suis seul, donc ça m'aide à passer le temps. Et ça m'amuse toujours quand les gens me regardent en riant et se demandant ce que je fais là.»

La question qui se pose est celle-ci: les policiers de Gatineau le laissent-ils faire?

«Les policiers s'arrêtaient tout le temps en m'apercevant, raconte-t-il. Ils pensaient que j'étais en train de peindre des graffitis. Alors je leur disais: "Ai-je l'air d'un jeune de 17 ans? Je ne dessine pas un graffiti, je suis en train d'enlever un graffiti. Si je n'étais pas ici, ce n'est pas 20 graffitis qu'on verrait dans le quartier, ce serait 200 graffitis." Puis ils me laissaient tranquille.»

En 2011, un peu exaspéré par les policiers qui le questionnaient sans arrêt, M. Martin est allé voir sa conseillère, Denise Laferrière, pour lui demander une permission écrite afin qu'il puisse s'adonner à son passe-temps préféré en toute quiétude. La conseillère lui a accordé cette lettre.

Et depuis, quand un policier s'arrête pour le questionner, M. Martin lui présente simplement sa permission spéciale qu'il conserve précieusement dans sa poche et sur laquelle on peut lire: «M. René Martin a la permission de procéder à l'enlèvement des graffitis qui prolifèrent dans son quartier, et ce, de façon bénévole.» Et c'est signé: Denise Laferrière, conseillère.

Quelqu'un a dit cheap labor...? Ce n'est pas une permission que la Ville devrait remettre à cet homme, c'est un titre d'ambassadeur officiel!

«Savez-vous, me dit M. Martin en terminant notre entretien, peut-être que je ne ferais pas ça si j'étais plus jeune. Les mentalités ont bien changé au fil des ans. J'ai été élevé à une époque où les gens s'entraidaient. Quelqu'un avait besoin d'aide, tu l'aidais sans poser de question et c'était tout à fait normal. J'ai grandi comme ça et je n'ai jamais changé. Et ce n'est pas à l'âge de 80 ans que je vais changer non plus. J'aime rendre service.»

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