C'est notre place

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Pourquoi les Franco-Ontariens (et tous les francophones hors Québec) ne quittent-ils pas le Canada pour venir dans leur seul pays, le Québec?

C'est la question que posait le lecteur gatinois Normand Rousseau dans une lettre publiée dans la tribune «À vous la parole» de notre édition de mardi.

Selon M. Rousseau, «les francophones hors Québec ont non seulement été persécutés par la majorité anglaise dans le passé, mais aussi dans le présent». Et il cite en exemple la fermeture annoncée de l'Hôpital Montfort, en 1997, et la lutte des francophones d'Ottawa pour une capitale officiellement bilingue.

D'abord, je trouve que «persécutés» est un bien grand mot dans le contexte. Vrai, le gouvernement ontarien de 1913 a voulu interdire l'éducation en français à l'échelle de la province. Il y a 102 ans de ça. Et les francophones de l'époque sont montés aux barricades et ils ont fondé un petit journal qu'ils ont nommé LeDroit pour «le droit» à une éducation en français, «le droit» de parler français, «le droit» de vivre dans notre langue maternelle dans notre province natale.

Qui a gagné? Bien, LeDroit a célébré ses 102 ans en mars dernier. Et les Franco-Ontariens ont aujourd'hui la pleine gestion de leurs écoles partout en province. Donc pour la persécution, on repassera. Oui, la décision du gouvernement de l'époque était totalement injuste. Mais cette injustice a été corrigée, alors qu'un peuple persécuté a rarement gain de cause.

Montfort, allez-vous avancer? Vouloir fermer «notre» hôpital n'était pas de la persécution de la part du gouvernement conservateur de Mike Harris. Ce dernier avait simplement été très mal avisé par une Commission de restructuration de soins de santé formée d'unilingues anglophones qui ne connaissaient absolument rien de la réalité franco-ontarienne et qui bulldozaient tout sur leur passage, hôpitaux anglophones et francophone confondus. Ce n'était pas de la persécution, c'était de l'ignorance crasse qui, encore une fois, a été corrigée avec le temps.

Francophobe, l'ami Mike Harris? Non. Je ne le crois pas. N'oublions jamais que c'est son gouvernement qui, en 1997, a adopté la Loi 104, accordant ainsi aux Franco-Ontariens la pleine gestion de leurs écoles. Ce n'est pas rien. Un gouvernement persécuteur les aurait envoyés paître.

Oui, les Franco-Ontariens ont été victimes de flagrantes injustices au fil des décennies. Mais selon moi, il y a une énorme différence entre une injustice imposée par pure ignorance, et une persécution délibérée, stratégique et planifiée.

Et en ce qui a trait à «notre» lutte pour le bilinguisme officiel pour la Ville d'Ottawa, elle ne fait que commencer. Donnez-nous un peu de temps et vous verrez bien.

Pourquoi nous, Franco-Ontariens, ne quittons-nous pas le Canada pour le Québec?

Parce que nous sommes chez nous ici, en Ontario. Parce que nos grands-parents étaient chez eux, tout comme nos parents étaient chez eux ici, en Ontario. C'est notre place.

Je suis né et j'ai grandi à Vanier, mais j'ai vécu 13 ans en Outaouais. J'ai adoré mes années à Hull, mes cinq années à Val-des-Monts et mes cinq autres années dans le secteur Aylmer. J'ai appris à connaître la région et ses gens et j'ai forgé des amitiés qui dureront toute une vie.

Mais je suis revenu vivre en Ontario il y a quatre ans. Pourquoi? Parce que je m'ennuyais de chez moi. Et je voulais tout simplement rentrer à la maison.

La lettre du lecteur se termine ainsi: «Notre division et notre dispersion (à nous, les francophones hors Québec) sont nos plus grandes faiblesses.» Je dirais plutôt que notre plus grande «faiblesse» est l'incompréhension, et souvent l'indifférence des Québécois à notre égard.

Vrai, nous devons et devrons toujours lutter contre l'injustice, voire l'ignorance. C'est le sort de toute minorité.

Mais comme dit la devise d'un «petit» journal fondé il y a plus d'un siècle: «L'avenir est à ceux qui luttent.»

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