Le courage de ses convictions

Emilie Taman a perdu son emploi au Service des...

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Emilie Taman a perdu son emploi au Service des poursuites pénales du Canada pour avoir voulu se présenter aux élections fédérales.

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Le moins que l'on puisse dire d'Emilie Taman, c'est qu'elle a le courage de ses convictions.

Cette avocate fédérale - procureure au Service des poursuites pénales du Canada pour être précis - a décidé d'être candidate dans la circonscription d'Ottawa-Vanier aux élections fédérales d'octobre prochain malgré le refus de la Commission de la fonction publique. Congédiée par son employeur pour avoir pris un congé sans solde non autorisé, elle contestera devant la Cour fédérale, le 1er septembre prochain, cette décision de la Commission de lui refuser l'autorisation d'être candidate.

Âgée de 38 ans et mère de trois enfants de huit, six et trois ans, elle souhaite se présenter sous la bannière du Nouveau parti démocratique du Canada (NPD) dans une circonscription où le Parti libéral règne en maître depuis le début des temps, et où le député sortant, Mauril Bélanger, est réélu par d'écrasantes majorités depuis les 20 dernières années.

Mais elle devra d'abord convaincre les militants de lui accorder leur confiance lors de la soirée d'investiture du NPD d'Ottawa-Vanier, le 25 août prochain. On compte jusqu'à présent trois candidats dans cette course à l'investiture.

Le courage de ses convictions, disais-je...

CONGÉDIÉE

« J'ai été congédiée la semaine dernière, dit-elle. J'ai pris un congé sans solde non autorisé. Je voulais être certaine que l'intégrité de mes poursuites ne serait pas compromise, alors j'ai passé mes dossiers à mes collègues, et j'ai laissé ma passe de sécurité et mon téléphone intelligent dans mon bureau. J'ai été très transparente. J'ai expliqué pourquoi je me présentais (à la course à l'investiture). J'espérais qu'on allait attendre que la révision judiciaire, prévue pour le 1er septembre, soit entendue par la Cour fédérale avant de prendre les étapes finales comme ils l'ont fait. Je leur ai demandé plusieurs fois par écrit d'attendre. Parce que dans mon cas, c'était impossible d'attendre. Le 1er septembre sera trop tard puisque la soirée d'investiture se tiendra le 25 août. J'aurais perdu la chance de me présenter.

« Je sais que ma victoire à l'investiture n'est pas assurée, ajoute-t-elle. C'est un processus très démocratique et ce sera aux membres de décider. Mais je n'ai pas vraiment eu le choix de prendre ce risque. Oui, j'aurais pu rester dans mon poste. Mais selon moi, l'élection de cette année est très importante et je voulais vraiment m'impliquer. »

Emilie Taman peut compter sur un appui de taille dans sa cause devant la Cour fédérale. Sa mère, l'ancienne juge à la Cour suprême du Canada Louise Arbour, s'est vite rangée dans son camp.

« Elle est complètement d'accord avec moi, affirme sa fille. M. Mulcair aussi. Il a dit à La Presse qu'il trouve que ma situation est scandaleuse, que mes droits démocratiques n'ont pas été respectés et qu'il allait se battre pour moi. »

DAVID CONTRE GOLIATH

Emilie Taman est bien consciente que rien n'est gagné dans son cas. Si elle remporte l'investiture du 25 août prochain, et c'est loin d'être acquis, elle devra ensuite jouer le rôle de David contre Goliath, elle contre Mauril Bélanger. Croit-elle vraiment à ses chances de déloger le député sortant, elle qui n'habite pas la circonscription d'Ottawa-Vanier, mais bien celle d'Ottawa-Centre représentée à la Chambre des communes par le député néo-démocrate sortant, Paul Dewar?

« C'est vrai que ce ne sera pas facile, répond-elle. Mais je crois qu'il y a beaucoup de Canadiens qui sont prêts pour un changement. Certains veulent voir la fin de Stephen Harper, et peut-être trouveront-ils que le « momentum » est avec le NPD et qu'ils peuvent se fier à moi autant qu'ils se fient à M. Bélanger. J'admire les (20) années de service de M. Bélanger. C'est quelque chose de très admirable et je sais qu'il est très aimé dans la circonscription. Mais pour moi, c'est plutôt la question à savoir si on veut un député qui fait partie du gouvernement ou de l'opposition. Et je crois qu'on aura un gouvernement néo-démocrate.

« Non, je n'habite pas Ottawa-Vanier, poursuit-elle, mais j'ai habité cette circonscription quand mon mari et moi avons déménagé à Ottawa en 2005. Et ma mère, quand elle était juge à la Cour suprême, habitait dans Ottawa-Vanier. J'ai passé mes étés chez elle, j'ai travaillé dans cette circonscription, et mes trois enfants sont nés à l'hôpital Montfort. Je connais très bien les enjeux dans Ottawa-Vanier.

- Êtes-vous pour ou contre le bilinguisme officiel pour la Ville d'Ottawa?, lui ai-je demandé en terminant notre entretien.

- Je suis pour, a-t-elle répondu sans hésiter, elle qui est parfaitement bilingue. Ottawa est d'ailleurs une ville déjà très bilingue. J'ai habité Montréal et je trouve qu'Ottawa est plus bilingue que Montréal. Et c'est la capitale fédérale. Être officiellement bilingue donnerait aux visiteurs et aux touristes une idée du Canada, un pays officiellement bilingue. Et je suis prête à m'engager avec les francophones, surtout avec ceux qui ont comme enjeu principal la protection des droits des francophones. »

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