Souvenirs de 1964

Claudette Bernier a reçu la carte postale de... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Claudette Bernier a reçu la carte postale de Claire Geoffrion, envoyée au vent un jour de vacances en 1964.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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Et dire que Postes Canada élimine graduellement la livraison du courrier à domicile...

Pourtant, il fut un temps où les facteurs défiaient les plus grands vents, la pluie et la neige pour s'assurer que les clients reçoivent en main propre le courrier qui leur était destiné. Et que vous habitiez dans le fin fond des bois ou dans un centre-ville bondé et achalandé, votre courrier se rendait à vous. Sans excuse et sans condition.

L'histoire qui suit le prouve très bien...

*****

Claudette Bernier (née Provost) et Claire Geoffrion, deux Gatinoises âgées de 74 ans, sont amies depuis leurs années collégiales. Dans la jeune vingtaine, elles ont forgé une amitié à Montréal, leur région natale, et cette amitié dure toujours alors que les deux dames sont pratiquement voisines dans le secteur Aylmer.

En 1964, il y a plus de 50 ans, Claudette et trois collègues de travail d'une école secondaire où elle enseignait ont loué un chalet pour leurs vacances estivales au lac Vert, à St-Alphonse-Rodriguez dans Lanaudière, dans un centre de villégiature nommé la Pension Gareau. Claire, pour sa part, a décidé cette année-là de visiter, avec des amis, l'Île-du-Prince-Édouard. 

Un jour, une carte postale est livrée à la porte du chalet loué par Claudette et ses amis. Une belle carte postale avec une photo scénique de l'Île-du-Prince-Édouard. Puis à l'endos, les mots suivants:

«Chère Claudette,

«C'est le fun les vacances ! C'est formidable ici. On reste dans une ferme où il y a de belles vaches noires. On mange comme des cochons !

«Vive la vie !

-Claire.»

Il n'y a pas à dire, les choses ont bien changé depuis 1964...

Aujourd'hui, ces deux amies se seraient «Skypées», elles se seraient échangées des photos sur leur téléphone intelligent ou leur tablette, elles auraient «clavardé». Mais dans le temps, quand on s'ennuyait d'un ami durant les vacances, on lui écrivait une carte postale.

«Pour être bien honnête, je ne croyais jamais que cette carte allait se rendre à Claudette», dit Claire, 51 ans plus tard.

Parce que Claudette Bernier a conservé cette carte postale reçue en 1964. Elle fouillait dans ses boîtes de souvenirs la semaine dernière et elle a retrouvé ces mots que son amie lui a écrits il y a cinq décennies.

Mais pourquoi Claire croyait-elle que son amie ne recevrait jamais sa carte postale au chalet ?

Parce qu'elle n'avait pratiquement aucune idée où l'envoyer. Elle savait que Claudette se trouvait dans un chalet au lac Vert dans un endroit nommé «Pension quelque chose», mais elle ignorait le nom du propriétaire du chalet, son adresse et même la localité où se trouvait ce lac Vert. Et Dieu sait qu'on compte plus d'un lac de ce nom au Québec.

Alors voici la façon dont elle a adressé sa carte postale:

«Mlle Claudette Provost

a/s Pension ?

Lac Vert, près du lac Rouge, passé Joliette

Québec». 

«Si Postes Canada devait livrer aujourd'hui une lettre adressée de cette façon, je pense qu'on la jetterait simplement aux poubelles, de lancer Mme Bernier. J'ai une amie qui habite au Monastère, ici à Aylmer, et elle n'a jamais reçu une lettre qu'elle attendait parce que la personne qui lui envoyait a oublié d'inscrire sur l'enveloppe le numéro d'appartement. Le facteur aurait pu laisser la lettre à l'administration du Monastère. Mais non. On l'a simplement retournée à l'expéditeur. Et dire qu'à l'époque, Postes Canada nous trouvait dans un endroit reculé avec une lettre adressée à l'attention de «Pension ?», au lac Vert, près du lac Rouge, passé Joliette.» 

«Ce n'était pas du service que Postes Canada offrait à l'époque, c'était de l'amour pour le client», d'ajouter son amie Claire.

-Combien a coûté le timbre sur cette carte postale ? ai-je demandé à Mme Geoffrion avant de quitter.

-Quatre cents».

Il n'y a pas à dire, les choses ont bien changé depuis 1964...

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