Rendez-vous chez le barbier

Il a beau être âgé de 75 ans... (Patrick Woodbury, LeDriot)

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Il a beau être âgé de 75 ans et les salons de barbier ont beau avoir perdu en popularité, Roland Mantha est tellement passionné par son boulot qu'il n'a pas l'intention de prendre sa retraite de sitôt.

Patrick Woodbury, LeDriot

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Entrer dans le salon du barbier Roland Mantha, dans le Vieux-Hull, c'est comme reculer 50 ans en arrière. Les grosses chaises de cuir avec de minuscules cendriers incorporés dans les appuis-bras, l'odeur de crème à barbe qui flotte dans la pièce, les journaux laissés pêle-mêle sur les vieilles chaises d'attente, des photos de quatre générations de clients qui décorent les murs... On se croirait, le temps d'une coupe de cheveux, dans l'émission La Petite Patrie.

L'endroit s'appelle «Salon de barbier Mantha-Majeau». Mais le partenaire de M. Mantha, Albert Majeau, n'est plus de ce monde. «Il a eu le cancer et il est décédé, dit M. Mantha. Mais le nom est resté. C'est sacré, ça. Jamais son nom ne disparaîtra. Il était un homme extraordinaire.»

Albert Majeau a ouvert ce salon de barbier en 1940. L'endroit a d'ailleurs célébré ses 75 ans, il y a deux semaines. C'est en 1974 - il y a 41 ans - que Roland Mantha s'est joint à M. Majeau.

«Je travaillais depuis 14 ans dans le salon situé à l'angle du boulevard St-Laurent et de la rue St-Rédempteur quand la Ville nous a expropriés, se souvient le barbier Mantha. J'ai songé quitter le métier. J'ai un frère qui aurait pu m'obtenir un bon emploi au gouvernement fédéral. Et le métier de barbier devenait très difficile avec la mode des Beatles et des longs cheveux. Nous étions 105 barbiers dans la région avant les Beatles. Ce chiffre est tombé à 60 durant les années 1970 à cause de cette mode-là. Ça devenait très difficile.

«Mais quand Albert Majeau m'a invité à aller travailler avec lui dans son salon (à l'été de 1974), j'ai tout de suite accepté et 80% de ma clientèle m'a suivi, poursuit-il. Et j'étais bien content, parce que je ne me verrais pas faire autre chose dans la vie. J'avais huit ans et je rêvais d'être barbier. J'ai toujours voulu faire ça. J'ai aujourd'hui 75 ans, je pourrais prendre ma retraite. Mais je viens ici le matin et j'ai hâte d'arriver. J'aime jaser avec les clients. J'aime parler, c'est un petit défaut que j'ai, mais je ne veux pas le perdre. Et le jour que je n'aimerai plus venir ici, ce sera terminé.»

Le salon de Roland Mantha est le plus vieux salon de barbier en Outaouais. Et M. Mantha croit qu'il est le barbier le plus âgé de la région. Et le fait que des chaînes de salons de coiffure ouvrent de nouvelles succursales un peu partout à Gatineau le laisse complètement indifférent.

«Ces salons de coiffure ne me nuisent pas du tout, dit-il. Je n'ai jamais eu peur de la compétition. Et contrairement à eux, j'ai une clientèle établie. Et moi, je rase encore les barbes de mes clients. Essayez d'obtenir ce service dans un salon de coiffure de centre d'achat. Je doute cependant qu'il y ait une relève après moi. Je pense que les petits salons de barbier comme le mien vont disparaître.»

UNE VEDETTE HOLLYWOODIENNE

Une équipe de tournage et d'acteurs américains est «débarquée» dans le Vieux-Hull, à l'été de 2011, pour filmer quelques scènes du film On the Road sorti en 2012 et mettant en vedette Kristen Stewart, Amy Adams et Kirsten Dunst, pour ne nommer que ces trois actrices d'Hollywood. Et c'est le salon de Roland Mantha que le réalisateur de ce film a choisi pour tourner une scène qui se déroulait justement chez le barbier.

«Ils ont repeint au complet mon salon à l'extérieur comme à l'intérieur, se rappelle M. Mantha. Ils ont fermé la rue Papineau, ils ont enlevé les affiches dans la rue. Ils ont ensuite fait entrer dans le salon de vieilles chaises de barbier pour que l'endroit ait l'air d'un salon des années 1940 au Colorado, parce que c'est dans ces années et dans cet État américain que l'histoire du film se déroulait. Puis ils ont placé des autos des années 1940 devant le salon. C'était quelque chose. Ces gens-là avaient un budget de 28 millions$ pour réaliser ce film.»

Et quand le réalisateur Walter Salles a rencontré le barbier Mantha, il a insisté pour que ce soit lui qui joue le rôle du barbier dans son film.

«Une expérience inoubliable, lance M. Mantha. Je n'étais pas censé jouer dans ce film parce que je ne suis pas membre de l'union des artistes. Mais Walter me voulait absolument dans son film. Ils m'ont donc fait signer un formulaire quelconque et ils m'ont payé. Et très bien payé à part ça!»

- Vous considérez-vous maintenant comme une vedette du cinéma américain?

«Bien sûr, je le suis!», répond-il d'un éclat de rire.

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