On m'a congédié

Le chroniqueur du Droit, Denis Gratton, a reçu... (Étienne Ranger, LeDroit)

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Le chroniqueur du Droit, Denis Gratton, a reçu sa vache par la poste.

Étienne Ranger, LeDroit

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CHRONIQUE / J'ai perdu mon emploi. On m'a remercié bêtement après tant d'années, sans avertissement, sans même un «merci» ou un «bonne chance». C'est vache.

Je dois cependant avouer que je le méritais un peu, ce congédiement. J'ai été négligent. J'ai bâclé mon travail et en voici le résultat. Tant pis pour moi. «Mea culpa, mea maxima culpa».

Plutôt curieux, direz-vous, qu'un chroniqueur congédié écrive sur son propre congédiement. Peut-être. Mais je tenais à vous expliquer.

D'abord, ce n'est pas LeDroit qui m'a remercié. Vous lisez cette chronique ce matin, et si Dieu, le patron et vous le voulez, vous en lirez une autre demain. J'ai plutôt été renvoyé par le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin. Je vous raconte.

En mai 2003 - il y a plus de 12 ans - j'ai pris part, avec une centaine de convives, à un dîner qui se voulait une campagne de financement pour un organisme de la région. Et durant cet événement, il y a eu un encan pour cette vache fabriquée en papier mâché, d'une trentaine de centimètres de haut. Elle était plutôt moche, la vache. Mais puisqu'il s'agissait d'une oeuvre artisanale, qui étais-je pour juger?

Les paris ont débuté à 100$ (je n'aurais même pas donné cinq cents pour cette... chose) et la vache a finalement été achetée pour la somme de 300$ (!) par Frank Jarawan, un restaurateur de la région qui, visiblement, avait un faible pour les bovins. Mais l'histoire ne s'arrête pas là.

M. Jarawan a imposé une condition à son achat. Il a exigé que la vache soit placée pour une année entière, bien en vue, dans le bureau du maire de l'époque, Yves Ducharme (qui était présent à ce dîner). Celui-ci a accepté, mais seulement si la somme était haussée à 500$. M. Jarawan a généreusement acquiescé.

Mais comment s'assurer que le maire Ducharme tienne parole et que la vache moche soit effectivement bien en vue dans son bureau pendant les 12 prochains mois? J'ai hérité de cette tâche. On m'a nommé sur-le-champ «Vérificateur général de la vache à Ducharme» (VGVD) et le maire m'a donné la permission d'effectuer quatre visites surprises dans son bureau durant l'année qui allait suivre. Et voilà comment je suis devenu un employé de la Ville.

Puis l'été et les vacances sont arrivés, je suis passé à autre chose et j'ai complètement oublié cette vache et mon titre de VGVD. En fait, je n'ai même pas effectué une seule visite dans le bureau du maire.

Or, la semaine dernière, l'attachée de presse de M. Pedneaud-Jobin, Laurence Gillot, a mis une photo de cette vache sur Facebook en me disant qu'on la nommait «la vache à Gratton» au cabinet du maire et en me demandant ce qu'il en était de cette chose. Je lui ai répondu bien honnêtement que je l'ignorais et que je n'avais jamais vu cette vache de ma vie. Mais elle a retracé ma chronique écrite sur le sujet en 2003, et elle l'a mise en ligne! Et toute cette histoire m'est revenue en tête.

Une grosse boîte m'attendait sur mon bureau hier matin. À l'intérieur: la vache. Et une lettre du maire Pedneaud-Jobin. En voici des extraits:

«Monsieur,

Nous avons le plaisir de vous retourner la vache pour laquelle vous aviez accepté de jouer le rôle de vérificateur général au moment où monsieur Yves Ducharme était maire de Gatineau.

J'ai eu vent du fait que votre mandat était de vérifier que la vache était placée bien en vue au cabinet du maire, et celle-ci devait être retournée à l'encan un an plus tard pour être revendue à nouveau. Je constate avec regret que vous n'avez pas rempli adéquatement votre mandat de vérificateur de la vache, puisqu'elle est toujours présente dans nos bureaux, 12 ANS PLUS TARD. Nous vous retournons l'animal en question.

Le maire, Maxime Pedneaud-Jobin»

«Ma» vache est donc restée dans le bureau du maire pendant 12 ans! J'avoue que ça m'amuse. Yves Ducharme ne m'a jamais rappelé pour me demander si j'allais bientôt visiter son bureau à titre de VGVD. Marc Bureau s'est sûrement demandé pendant huit ans ce que cette vache faisait dans son bureau. Mais Maxime Pedneaud-Jobin a finalement allumé. Puis il a mis ma vache et moi à la porte.

Me voici donc Gros-Jean comme devant avec une vache en papier mâché que ma blonde ne voudra même pas dans la maison.

Je pense que je vais la garder sur mon bureau au Droit. Et vous me connaissez, j'aime bien prénommer mes objets. Comme ma voiture Gina. Comme mon ordinateur Salomon.

Alors bienvenue dans mon monde, chère vache. Gina, Salomon, je vous présente: Laurence.

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