De courageux compagnons

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S'isolant de plus en plus, Marc Lapointe a décidé en 2012 de se procurer un chien qu'il a nommé Sticker. «Parce qu'il est comme un bumper sticker, il me suit partout», explique l'ancien militaire en riant.

Denis Gratton, LeDroit

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Marc Lapointe, 44 ans, de Clarence-Rockland, était membre des forces spéciales et tireur d'élite dans les Forces armées canadiennes. Les forces spéciales sont un peu l'équivalent des Navy Seals américains, ce groupe de soldats d'élite qui ont, entre autres, tué Oussama ben Laden. Ou comme dit M. Lapointe: «Nous sommes un petit groupe de militaires qui font des missions que personne d'autre ne ferait.»

Il a été dans l'armée pendant 25 ans, dont onze dans les forces spéciales. Il a pris part à deux missions en Bosnie à la fin des années 1990, puis à deux autres en Afghanistan en 2006 et 2007. «J'étais dans ces deux endroits durant les pires années», précise-t-il.

«C'est en Bosnie que j'ai eu mes premières blessures psychologiques, se souvient-il. Mais je ne m'en suis pas aperçu. Ce n'est qu'en 2008 que mon corps a dit: 'C'est fini.' Et j'ai été obligé de lancer la serviette.»

Marc Lapointe était atteint d'un trouble de stress post-traumatique et il a obtenu une libération médicale des Forces canadiennes en 2014. Mais il déteste l'expression «trouble de stress post-traumatique». «Ce n'est pas un trouble, c'est une blessure. Une blessure psychologique. Tous les vétérans n'aiment pas le mot 'trouble' dans ce terme. On préfère blessure de stress post-traumatique. On fait beaucoup d'éducation pour changer ça.

«En 2012, je voyais que je n'allais plus nulle part, poursuit-il. J'étais bloqué dans le Jell-O. J'étais passé du super-soldat, qui entre dans une pièce en Afghanistan et qui fait le ménage, à un gars couché dans son lit à pleurer et à se demander ce qui se passe. Je restais au lit pendant des jours et des jours.»

S'isolant de plus en plus de la société, Marc Lapointe a décidé en 2012 de se procurer un chien qu'il a nommé Sticker. «Parce qu'il est comme un bumper sticker, il me suit partout», explique l'ancien militaire en riant.

«J'avais besoin d'un ami, dit-il. J'ai toujours eu un chien et j'en ai entraîné plusieurs dans ma vie. Donc, j'ai adopté un chien dans un refuge.»

Et Sticker a changé sa vie.

En 2013, Marc Lapointe a appris qu'il existe un programme pancanadien de chiens de service pour les vétérans. Un programme nommé Courageux Compagnons. Après quelques recherches, il a décidé de s'inscrire à ce programme avec Sticker et de suivre l'entraînement nécessaire afin d'obtenir la certification qui donne aux vétérans le droit aux accès publics avec leur chien. Exactement comme le programme MIRA pour personnes non voyantes. Le programme Courageux Compagnons compte 350 participants au Canada, dont plus de 140 sont certifiés. Les autres étant toujours en entraînement ou en attente d'un chien.

Marc Lapointe a réussi l'entraînement et Sticker est devenu son chien de service officiel. Et ce vétéran de Clarence-Rockland est aujourd'hui directeur national du programme.

ASSURANCE ET DIGNITÉ

Mais comment ces chiens changent-ils la vie des vétérans atteints d'une blessure de stress post-traumatique?

«Avoir Sticker est comme une assurance, répond M. Lapointe. Quand on est militaire ou policier, on travaille toujours en paire. Pour la sécurité, et aussi pour avoir le dos de l'autre, on se protège. Quand on sort de l'armée pour des raisons médicales, on perd ce partenaire, on perd nos chums, on a peur d'être jugé et on s'isole. Ces chiens de service nous donnent du focus. On se concentre sur notre chien et il nous garde dans le moment présent. On arrête de regarder par-dessus notre épaule tout le temps et on arrête de penser à ce qui pourrait peut-être nous arriver. Quand tu passes 25 ans dans l'armée à toujours surveiller les dangers potentiels, disons que ça ne part pas en un claquement de doigts...

«Les chiens de service changent la vie des gens. Tous les anciens militaires qui ont participé au programme Courageux Compagnons reprennent confiance en eux et ils regagnent leur dignité. Et regagner sa dignité, ça n'a pas de prix.»

À souligner que 80% des chiens du programme Courageux Compagnons ont été adoptés dans des refuges pour animaux.

De là le slogan de ce programme: «Sauver une âme pour en sauver une autre.»

Pour plus de renseignements sur le programme, visitez le courageouscompanions.ca.

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