Une histoire partie en fumée

Charlène Raby (photo du bas) a l'intention de... (Denis Gratton, LeDroit)

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Charlène Raby (photo du bas) a l'intention de lancer une campagne de financement pour venir en aide au couple et pour reconstruire l'église de Saint-Sixte.

Denis Gratton, LeDroit

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Rachel Robillard était inconsolable mardi matin. Debout devant les ruines de l'église du village de Saint-Sixte, qui a été ravagée par les flammes, la veille, elle et son conjoint Gaétan voyaient devant eux 18 années de leur vie réduites en cendres.

Mme Robillard a grandi à Saint-Sixte. Elle et son mari ont acheté le presbytère il y a 18 ans. Après des rénovations de plus de 225000 $, cet ancien presbytère laissé à l'abandon était devenu l'une des plus belles maisons du village. C'est dans le garage que les flammes ont pris naissance. Le feu s'est propagé sur leur maison et l'a complètement détruite. Puis l'église voisine, vieille de 120 ans, allait suivre.

«Mon histoire est partie en fumée, dit-elle, la gorge nouée par la tristesse. Notre histoire était là. Maintenant elle n'y est plus.

- Allez-vous rester ici à Saint-Sixte et reconstruire?, que je lui demande.

- C'est la question qu'on se pose, répond-elle. Quand on regarde ces ruines, on n'a plus vraiment le goût. Mon père, qui habitait le bas de notre maison, ne veut pas revenir. Il a trop de peine. On avait mis notre maison à vendre. Elle était rendue trop grande pour mon mari et moi et on voulait se construire quelque chose de plus petit dans le village. Mais on n'a pas vendu. On s'est dit qu'on doit avoir quelque chose à faire ici, c'est pour ça que Dieu ne nous aide pas à la vendre. Mais là, on passe au feu. Mon Dieu, qu'attends-tu de moi! Je ne sais pas ce que t'attends de moi. Je ne sais pas», a-t-elle lancé avant de fondre en larmes.

Leur maison était assurée. Le couple n'a aucun problème à ce niveau. Et si une campagne de financement se met en branle dans la Petite-Nation pour leur venir en aide, Mme Robillard préfère que les sommes amassées soient utilisées pour la construction d'une nouvelle église.

Mais Charlène Raby, 23 ans, ne le voit pas ainsi. Cette étudiante en relations internationales à l'Université Laval, à Québec, a la ferme intention de lancer une campagne de financement sur les réseaux sociaux et dans la Petite-Nation pour venir en aide aux Robillard, ainsi que pour la reconstruction de l'église du village.

«Les gens d'ici sont très humbles, ils ne demandent jamais rien, a-t-elle dit. Mais ça ne veut pas dire que cette famille ne mérite pas notre aide. Donc je vais partir une campagne de financement pour eux et pour la construction d'une nouvelle église. Je dois retourner à Québec à la fin du mois d'août, mais je vais essayer de faire ce que je peux pendant que je suis ici et peut-être apporter quelque chose dans la tête des gens autre que de la tristesse.»

Charlène habite Saint-Sixte depuis toujours et elle est fière de son village natal. Elle y passe l'été et elle y revient à chaque occasion. Et ce qu'elle a vu lundi soir l'a profondément marquée.

«Cette église qui est en ruine devant nous était l'emblème du village, dit-elle. C'était la première chose qu'on voyait en arrivant sur la route 317. Ça me jette les bras à terre de la voir détruite. Je ne suis pas nécessairement pratiquante, mais ça blesse quand même. C'était un lieu de célébrations. Tous les mariages dans ma famille, tous les baptêmes et les funérailles, c'était ici. La messe de minuit à Noël, c'était ici. Elle était la seule église de la Petite-Nation à célébrer la messe de minuit à minuit. Et hier soir, c'était incroyable. Quand j'ai vu les flammes lécher les fenêtres de l'intérieur de l'église, c'était comme si le diable était dans l'église. C'était effrayant.»

Ils étaient nombreux mardi matin à se rendre sur les lieux du sinistre pour être avec les leurs. Des gens comme Lorraine Amyot-Whitney, 82 ans, qui a été baptisée dans cette église. C'est aussi là qu'elle a fait sa première communion. Son père était le forgeron du village et sa forge se trouvait de l'autre côté de la rue de l'église. Mme Amyot-Whitney habite aujourd'hui Gatineau avec son mari, Melvin Whitney, mais les deux tenaient à être à Saint-Sixte mardi matin.

«Une amie m'a appelée hier soir pour me dire que l'église était en feu. Je ne le croyais pas. C'est ce matin en lisant LeDroit que j'ai dit: c'est bien vrai. La vie ne sera jamais plus pareille ici. Ça n'a pas de bons sens», a-t-elle ajouté en essuyant ses larmes.

Nathalie Laplante était elle aussi inconsolable, mardi matin. Cette enseignante d'une école primaire de Gatineau s'est rendue à Saint-Sixte avec ses deux enfants, Audrey et Michaël, mardi matin. Elle tenait a y être.

«Ma vie est ici, a-t-elle dit. J'ai grandi ici, dans la maison de mes grands-parents, de l'autre côté de la rue de l'église. Cette église était mon terrain de jeu quand j'étais enfant. Elle était le lieu de réunion de tous les jeunes du village. Le curé Bergeron m'avait donné les clés du sous-sol, c'était comme notre maison pour les jeunes. C'est mon enfance et mon histoire qui sont parties en fumée. Et c'est l'âme du village qui est disparue», a-t-elle ajouté en serrant ses enfants dans ses bras.

Le curé Ronald Beaulne, qui a écourté ses vacances pour être auprès de ses ouailles dans ce lourd moment de tristesse, a confirmé qu'une messe aura tout de même lieu samedi (la messe est le samedi à Saint-Sixte, et non le dimanche). «Probablement dans la salle communautaire, a-t-il dit. Ou peut-être même dehors s'il fait beau. On va vivre le deuil de notre église ensemble. L'église est tombée, mais la communauté chrétienne peut continuer à grandir. C'est ce qui est important.»

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