La lutte de Pierre Bergeron

«Au Droit, comme dans tout autre journal, on... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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«Au Droit, comme dans tout autre journal, on fait de l'information. On est au service de l'information et l'information est l'un des poumons de la société», affirme l'ancien président-éditeur du Droit, Pierre Bergeron.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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Février 1997. Le gouvernement ontarien de l'époque, dirigé par l'ancien premier ministre conservateur Mike Harris, annonce à la surprise générale que l'Hôpital Montfort d'Ottawa fermera ses portes dans le cadre des restructurations des soins de santé en province.

Consternation chez les Franco-Ontariens. Tout comme chez les nombreux Gatinois qui traversent régulièrement la frontière provinciale pour se prévaloir des services de cet hôpital de langue française.

Dans la salle des nouvelles du Droit, nous sommes aussi renversés par cette décision insensée. Comment peut-on fermer «notre» hôpital?

Et que fait-on maintenant? On demeure impartial et on se contente de rapporter les faits? Ou plonge-t-on tête première dans cette lutte et au diable l'impartialité?

La décision pourrait être lourde de conséquences, on le sait tous. Une mauvaise décision et c'est la crédibilité du Droit elle-même qui s'écroule. Et une fois qu'un quotidien perd sa crédibilité... le reste est foutu. Cette décision revient donc au président-éditeur de l'époque, Pierre Bergeron.

On plonge, décide le patron. On lance une pétition dans le journal et on monte au front. «Gratton, me lance-t-il, à compter de maintenant, la nouvelle (sur la fermeture Montfort), je ne la veux pas demain, je la veux aujourd'hui.

- Mais M. Bergeron, je serai en conflit d'intérêt direct, que je lui réplique. Ma tante est présidente du mouvement S.O.S. Montfort, et mon frère Michel est son directeur des communications et des relations avec les médias.

- Je m'en fiche!»

C'est à ce moment précis que j'ai réellement compris la raison d'être du Droit. Nous étions un journal de lutte d'abord et avant tout. Et cette lutte historique qui s'amorçait ne pouvait se gagner sans LeDroit. Pierre Bergeron avait compris que c'était tout un peuple qui comptait sur nous.

Voici ce qu'il m'a raconté il y a quelques mois: «J'estimais que ce combat allait se gagner avec LeDroit, à cause du Droit, et par LeDroit. Et je pense qu'on peut dire aujourd'hui que notre journal a été l'un des outils incontournables de cette lutte. Bien sûr, il y a eu l'implication du mouvement S.O.S. Montfort, de Gisèle Lalonde, de Michel Gratton, de Michelle de Courville Nicol, de Ronald Caza et de tous les autres. Mais ces gens-là savaient qu'ils avaient LeDroit derrière eux. [...] Le jour où on laissait partir Montfort, on laissait partir d'autres institutions franco-ontariennes. [Notre façon de faire] n'était peut-être pas élégante et j'aurais bien pu me casser la gueule, mais je pense qu'on a pris la bonne décision.»

En effet. Si bonne était-elle qu'en 1997, pour son implication dans la lutte pour la survie de Montfort, LeDroit était mis en nomination pour le prestigieux prix Michener du gouverneur général du Canada, un prix qui reconnaît l'excellence en journalisme canadien d'intérêt public.

***

Pierre Bergeron deviendra bientôt membre de l'Ordre du Canada. Et c'est, à mon avis, grandement mérité.

Bien sûr, sa longue carrière de 40 ans en journalisme ne se résume pas par la lutte de S.O.S. Montfort. Mais c'est durant ces années de combat que j'ai réellement connu l'homme qu'il est. Un homme de conviction, droit, juste et intègre.

Le Franco-Ontarien que je suis te dit merci cher ami, et félicitations.

***

Aux côtés de Yolande Grisé

Une grande dame de la francophonie ontarienne sera également honorée en recevant l'Ordre du Canada. Il s'agit de Yolande Grisé, professeur émérite et écrivaine qui a fait carrière au département des lettres françaises de l'Université d'Ottawa.

Chevalier de l'ordre de la Pléiade et auteure de nombreuses oeuvres littéraires, dont Ontarois, on l'est encore!, publiée en 2002, Mme Grisé a fondé et dirigé le Centre de recherche en civilisation canadienne-française, et elle a été présidente du Conseil des arts de l'Ontario et de la Société royale du Canada.

Félicitations, Madame Grisé.

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