L'éternel chauffeur d'autobus

Richard Beausoleil a commencé à conduire un autobus... (Martin Roy, LeDroit)

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Richard Beausoleil a commencé à conduire un autobus à l'âge de 21 ans.

Martin Roy, LeDroit

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Richard Beausoleil, 67 ans, pourrait jouir d'une pleine retraite de la Société de transport de l'Outaouais (STO) depuis 10 ans. Mais le mot «retraite» ne fait pas partie du vocabulaire de ce citoyen de La Pêche. Conduire un autobus est sa vie. Il le fait depuis 46 ans. Et il le fera, semble-t-il, jusqu'à la fin de ses jours.

M. Beausoleil a débuté comme chauffeur d'autobus avant même la création de la Commission de transport de la Communauté régionale de l'Outaouais, aujourd'hui appelée la STO. Avant 1971, le transport en commun en Outaouais était assuré par le secteur privé, et M. Beausoleil était alors à l'emploi de Transport Bisson.

«J'avais 21 ans en juin 1969 quand j'ai commencé à chauffer un autobus, dit-il. Et l'employeur a fait une exception dans mon cas parce que cette compagnie n'embauchait que des chauffeurs âgés de 25 ans et plus. Et le patron m'a bien averti qu'il me mettrait à la porte au premier accident.»

Non seulement Richard Beausoleil a-t-il évité un accident durant sa première année derrière le volant de son mastodonte, mais il en a évité durant toute sa carrière de 46 ans! Son record est impeccable.

«Quelques accrochages ici et là causés par des automobilistes, mais jamais de collision ou quoi que ce soit», dit-il fièrement.

- On entend souvent les gens se plaindre que les rues de Gatineau sont dans un état pitoyable. Ont-ils raison?, ai-je demandé à cet homme qui roule dans les rues de la ville depuis 46 ans.

- Oui, certaines rues auraient besoin de réparations, répond-il. Je pense, entre autres, au boulevard Gréber et au boulevard St-René. La Ville a un budget pour ça. Mais parfois, on a l'impression qu'ils réparent les nids-de-poule avec des plasters».

Richard Beausoleil est un bourreau de travail. Non seulement n'a-t-il jamais pris un congé de maladie de sa carrière - pas un seul (!) - mais il travaille toujours 60 heures par semaine.

«Je fais mes 40 heures, explique-t-il, et je travaille quatre heures de temps supplémentaire tous les jours. Donc 60 heures par semaine. Mais ce n'est rien comparé aux deux semaines qu'ont duré les Jeux de la francophonie en 2001. Là, j'ai travaillé!

- Que voulez-vous dire?

- Beaucoup de chauffeurs ont pris leur retraite en 2001. Donc à l'approche des Jeux, l'employeur a demandé à tous les chauffeurs de ne pas prendre de vacances durant les deux semaines de ces Jeux. Le problème, c'est que les chauffeurs réservent leurs vacances d'été un an à l'avance. Donc certains avaient déjà réservé un voyage ou un chalet. Alors l'employeur a demandé à notre syndicat la permission d'embaucher certains chauffeurs à la retraite pour la durée des Jeux. Le syndicat a dit: non. C'est donc nous, les chauffeurs qui n'avions pas prévu de prendre nos vacances durant les Jeux qui avons «mangé la claque». Je commençais ma journée de travail à 5 h le matin, et je la terminais à 1 h du matin. J'ai travaillé 20 heures par jour durant deux semaines. Quand je rentrais au garage de la STO à 1 h du matin, je prenais une douche, je me rasais la barbe, et j'allais dormir quelques heures dans mon autobus. J'en ris aujourd'hui, mais j'en riais moins à l'époque.

- Quel a été le pire hiver des 46 dernières années, selon vous?

- L'hiver de 1970-71, répond-il sans hésiter. Je n'ai jamais vu tant de neige de toute ma vie. Un jour, cet hiver-là, j'étais au volant de mon autobus et je tentais de monter une côte assez abrupte lorsque le véhicule s'est mis à reculer sur la glace. Et je savais que si j'appuyais sur le frein, que l'autobus bondé de gens allait bifurquer vers la gauche pour tomber dans un ravin. Donc je l'ai laissé reculer puis j'ai pu reprendre le contrôle au bas de la côte. Et dès que l'autobus s'est immobilisé, j'ai entendu derrière moi les sacoches des passagères s'ouvrir, suivi du bruit des petites bouteilles de pilules!

- Comptez-vous faire 50 ans de carrière, M. Beausoleil?

- Je le pense bien. J'avais dit que je prendrais ma retraite à l'ouverture du Rapibus, mais je suis encore ici. Maintenant je dis que je prendrai probablement ma retraite quand la construction du nouveau garage de la STO sera complétée (en 2017).

- Allez-vous la prendre à ce moment-là?

- Probablement pas.» (Rires)

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