Le miroir

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«Miroir, miroir en bois d'ébène, dis-moi, dis-moi que je suis la plus belle.»

La reine dans le conte Blanche Neige posait régulièrement cette question à son miroir magique. Mais la pauvre aurait été fort malheureuse dans son adolescence si elle avait fait ses études à l'école secondaire De la Salle, à Ottawa.

Pas parce que Blanche Neige - LA plus belle du royaume - étudiait elle aussi à cette école publique à l'époque des contes de fées. C'est simplement parce qu'il n'y a pas de miroirs à De la Salle. Et ce, depuis quelques années.

Vous utilisez une salle de bain de cette école, vous vous lavez les mains, mais quand vient le temps de vérifier si vos cheveux sont bien placés ou si votre noeud de cravate est déplacé, oubliez ça. Il n'y a pas de miroirs dans les salles de bain de l'école De la Salle.

Pourquoi? J'ai posé la question au directeur de l'endroit, Marcel Morin. Voici des extraits de notre entretien:

---

«Pourquoi les miroirs des salles de bain de votre école ont-ils été retirés, M. Morin?

- D'abord, il faut dire que ça fait quatre ans qu'ils ont été retirés. Et la plus grande raison, c'est qu'on trouvait que nos jeunes demoiselles passaient beaucoup trop de temps devant le miroir à faire cheveux, à faire maquillage, en matinée. Et on avait des retards en salle de classe. Et vu qu'on a retiré les miroirs dans les salles de bain des filles, on a aussi retiré ceux du côté des garçons. Et depuis ce temps-là, ce défi face à l'assiduité est moindre.

- Est-ce la seule et unique raison pour laquelle vous avez banni les miroirs?

- Oui. [...] Mais ce n'était pas nos1200 élèves non plus (qui avaient des problèmes d'assiduité). On parle de groupes et on trouvait que ça prenait trop de temps le matin à se préparer. Donc on a éliminé ça. On a dit: «préparez-vous à la maison. Les salles de toilettes à l'école, c'est pour aller à la toilette et c'est tout».

- Mais parfois, M. Morin, pour une raison ou une autre, on a besoin de se regarder dans le miroir.

- Les jeunes ont tous un cellulaire et ils ont tous la fonction au niveau d'un miroir dans le cellulaire. Nos jeunes ont trouvé d'autres stratégies.

- Donc le problème d'assiduité peut revenir si les étudiants passent trop de temps à se regarder dans le miroir de leur cellulaire, non?

- Le cellulaire voyage. Donc ils ne sont pas pris dans la salle de toilette pendant 30 minutes.

- Alors là ils ne portent pas attention à l'enseignant en classe, trop occupés sont-ils à se regarder dans leur téléphone intelligent.

- Ce n'est pas le cas dans notre école. Ca fait quatre ans qu'on n'a pas de miroirs et de cette problématique-là. Elle (la problématique) n'était pas nécessairement intense, mais on maximise toutes les réussites possibles.

- Merci M. Morin».

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Eh bien...

J'imagine que c'était une solution parmi tant d'autres à ce problème d'assiduité. La meilleure solution? Ça reste à débattre.

Personnellement, je trouve que cette méthode est plutôt radicale. N'y aurait-il pas eu d'autres façons de régler ce problème sans devoir retirer les miroirs? Comme une retenue après l'heure des classes, peut-être. Ou une conséquence quelconque qui convaincrait les jeunes de se présenter en classe à l'heure prévue. Ou encore un appel aux parents pour que ceux-ci prennent les mesures nécessaires à la maison afin que leur enfant ne passe pas 30 minutes devant le miroir à se pomponner alors qu'il devrait être en classe.

Mais bon. Cette politique est en place à De la Salle depuis quatre ans et, à ce que je sache, aucun étudiant ou parent s'en est plaint.

Comme quoi la reine de Blanche Neige aurait été très malheureuse dans son adolescence à De la Salle...

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