Six décennies de prêtrise plus tard

L'abbé Jacques Carrière se dit bien conscient que...

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L'abbé Jacques Carrière se dit bien conscient que la réalité d'aujourd'hui a changé et que plusieurs personnes ont tourné le dos à l'Église au fil du temps. Malgré tout, il se dit optimiste pour le futur.

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Quand il était enfant sur la terre de ses parents à Vankleek Hill, dans l'Est ontarien, Jacques Carrière aimait bien jouer «à l'église». Comme quoi l'appel de Dieu résonnait déjà dans sa tête, dans son âme.

«J'étais le plus vieux de sept garçons, raconte-t-il. Donc le dimanche, je m'habillais en prêtre et je célébrais une messe dans la maison pour mes frères et soeurs. Je portais une poche en jute avec un trou pour la tête et deux autres pour les bras, et c'était ça mon vêtement sacerdotal, ajoute-t-il en riant.

«J'aimais bien la ferme familiale, j'aurais pu devenir agronome comme mon père. Mais après mes études au Petit séminaire d'Ottawa, j'ai compris que la prêtrise était mon destin. Et quand j'ai dit à mon père que j'allais poursuivre mes études au Grand séminaire, il était tellement fier qu'il m'a dit qu'il allait m'y reconduire lundi matin.»

C'était en 1949. L'abbé Jacques Carrière est aujourd'hui âgé de 87 ans. Et dimanche le 21 juin prochain, l'archevêque de Gatineau, Mgr Paul-André Durocher, célébrera une messe à la maison de retraite du Village Riviera en l'honneur du 60e anniversaire de prêtrise de l'abbé Jacques Carrière.

Non, M. Carrière n'habite pas cette maison. Il habite plutôt à la Résidence de l'Île du secteur Hull. Mais son ministère se trouve en partie à la maison Riviera.

Parce que bien qu'il soit à la retraite depuis 1993, l'abbé Carrière n'a pas cessé de répandre la bonne nouvelle et de servir. Il célèbre la messe tous les dimanches à la maison Riviera. Il donne la communion et la confession aux gens de la Résidence de l'Île. Et quand les résidents de ces deux centres pour personnes âgées sont hospitalisés, il les visite. Tout comme il visite ceux qui sont accueillis à la Maison Mathieu-Froment-Savoie.

«Et dans tous ces endroits, je donne l'onction des malades, dit-il. Je ne dis jamais: extrême-onction. Ce mot fait peur à tout le monde. Et l'onction des malades ne veut pas nécessairement dire la fin. Un homme est venu me voir il y a deux ans pour que j'aille donner l'onction des malades à sa soeur qui était mourante à l'hôpital de Buckingham. Les médecins ne lui donnaient qu'une semaine à vivre. Alors j'y suis allé. Et une semaine plus tard, sa soeur avait guéri. Elle avait reçu son congé de l'hôpital. Il y a deux ans de ça et la dame vit aujourd'hui à Québec et elle se porte très bien. Quand son frère est venu me remercier, je lui ai dit: «quand on a la foi et que l'on croit en l'Esprit Saint, beaucoup de choses peuvent se passer. Votre soeur en est une preuve très riche. Comme quoi la foi peut déplacer des montagnes.»

L'abbé Carrière est bien conscient que plusieurs ont tourné le dos à l'église au fil des décennies. Il en est un témoin privilégié. Aujourd'hui, l'église n'est pour certains qu'un endroit pour célébrer mariages et funérailles.

«J'étais à l'église de Fassett au début des années 1970, se souvient-il. Et 65% des habitants de ce village étaient pratiquants à l'époque. Quand j'y suis retourné quatre ans plus tard, seulement 15% d'entre eux étaient toujours pratiquants. Et aujourd'hui, quand ce sont les funérailles de gens non-pratiquants, on le sait tout de suite, ils ont de drôles de comportements, laisse-t-il tomber.

- Ça vous désole?

- Ce sont les temps modernes, répond-il d'un haussement d'épaules. Et moi je pense comme le Pape François. C'est-à-dire qu'il faut écouter et comprendre la réalité des gens, et tenter de faire connaître le Christ à travers leur réalité. Il faut aller vers eux.

«Je suis optimiste pour l'avenir de l'église, dit-il. Saviez-vous qu'on compte aujourd'hui au Diocèse de Gatineau plus de prêtres noirs et que de prêtres blancs? Ça me rappelle quand j'étais au Petit séminaire. Un prêtre africain était venu nous visiter. Et devant plus de 200 séminaristes, il avait dit: «aujourd'hui, vous nous envoyez vos prêtres. Un jour, ce sera nous qui viendrons vous évangéliser». Ses mots me sont toujours restés. Il avait raison. Et nous sommes bien contents de les avoir. Je sais que certains paroissiens ont des réserves vis-à-vis ce changement. Mais nous sommes tous des êtres humains créés à l'image de Dieu.»

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