Crier plus fort

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Devrait-on s'en inquiéter? Devrait-on paniquer? Déchirer notre chemise sur la place publique? Ou encore mettre le drapeau franco-ontarien en berne pour l'éternité? Parce que les chiffres ne sont pas «jojo» pour les francophones d'Ottawa.

Selon le Portrait des groupes de langues officielles d'Ottawa préparé par Statistique Canada à la demande du Commissariat aux langues officielles, la proportion de francophones à Ottawa est passée de 19,2% à 15% au cours des 30 dernières années, c'est-à-dire entre 1981 et 2011.

Nous sommes cependant plus nombreux à Ottawa qu'en 1981. Pour arrondir les chiffres, disons que nous sommes passés de 104000 francophones à 131000 en l'espace de trois décennies. Par contre, le nombre d'anglophones vivants dans la capitale fédérale est passé durant la même période de 381000 à 555000.

Donc nous ne sommes plus qu'à 15%. Et pour ajouter l'insulte à l'injure, si on peut dire ainsi, nous sommes passés de la deuxième plus importante proportion de l'échiquier linguistique à Ottawa à la troisième position. Parce que la proportion d'Ottaviens ayant une autre langue maternelle que l'anglais ou le français a grimpé en flèche de 10,5% à 21,3%.

Disons qu'en «langage olympique», on doit maintenant se contenter de la médaille de bronze...

Mais c'est beaucoup de chiffres, tout ça. Beaucoup de statistiques.

Oui, il faut se rendre à l'évidence que l'assimilation progresse à Ottawa, tout comme en Ontario. Comme elle progresse «tranquillement pas vite» depuis de nombreuses décennies.

La seule façon de la contrer - ou plutôt de la ralentir - c'est de continuer à lutter comme on le fait depuis le début des temps. Pas facile, direz-vous. Et vous aurez entièrement raison. Mais a-t-on réellement le choix? Comme disait Gisèle Lalonde: «les Franco-Ontariens viennent au monde avec des gants de boxe».

Et si on regardait les 30 prochaines années plutôt que les 30 dernières? Sans toutefois oublier ce que les Franco-Ontariens ont acquis et réalisé au cours des 30 dernières années. Pensons, par exemple, à notre réseau de collèges, à la sauvegarde de l'Hôpital Montfort, aux écoles élémentaires et secondaires de langue française qui poussent comme des champignons à Ottawa, et j'en passe.

Mais si on se penchait sur l'avenir? Sommes-nous réellement voués à la disparition? Pas sûr. Pas sûr «pantoute».

Prenons, par exemple, le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), dont la grande majorité des écoles se trouvent sur le territoire d'Ottawa.

Ce conseil compte 41 écoles élémentaires et 10 écoles secondaires, et ce sont plus de 21000 élèves qui les fréquentent. Et du côté du conseil public, ce sont 38 écoles qui, ensemble, accueillent chaque matin près de 14000 élèves.

Ces 35000 jeunes qui étudieront en français de la maternelle à leur graduation du secondaire sont nos leaders de demain. Et plusieurs d'entre eux choisiront de poursuivre leurs études postsecondaires en français puisque le taux d'obtention de diplômes au secondaire, tant du côté des écoles de langue française catholiques que publiques, oscille autour des 95%.

Voués à la disparition, les francophones d'Ottawa et de l'Ontario? Permettez-moi d'en douter.

En fait, on disait ça de nous il y a - justement - 30 ans. Et même avant. L'auteur québécois Yves Beauchemin a déjà qualifié les Franco-Ontariens de «cadavres chauds». Et l'ancien premier ministre du Québec, René Lévesque, a dit de nous que nous étions des dead ducks.

Or, désolé de décevoir quiconque, mais les cadavres chauds sont encore là et plus vivants que jamais. N'en déplaise à nos dénigreurs.

Nous ne représentons aujourd'hui que 15% de la population d'Ottawa, nous disent les chiffres? Ainsi soit-il.

Il faudra juste crier plus fort...

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