Souvenirs pascaux

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«Denis, on soupe chez ma mère samedi soir.

- D'accord Manon. C'est quoi l'occasion?

- Pâques.

- Mais c'est dimanche, Pâques.

- Je le sais bien. Mais dimanche, on va au brunch chez ta soeur.

- Ah bon.»

C'est maintenant ça, Pâques. C'est un brunch ou un souper en famille, c'est un long week-end, c'est le golf à la télé et le match de hockey en soirée, c'est - on peut toujours en rêver - le retour du printemps, c'est du chocolat, beaucoup de chocolat. Bref, c'est tout sauf une fête religieuse. Sauf la célébration de la résurrection du Christ. Les temps ont bien changé...

Quand j'étais enfant, on ne passait pas la longue fin de semaine de Pâques devant la télé à écran noir et blanc avec Radio-Canada comme seule et unique station en français. On la passait plutôt à l'église.

Dès le Jeudi saint, les neuf Gratton s'entassaient dans la grosse familiale écarlate de mon père et c'était cap sur l'église Notre-Dame-du-Saint-Esprit. Là où il fallait obligatoirement assister à la cérémonie du lavement des pieds. Mais il n'était pas question de nous déchausser pour se laver les pieds en groupe. Il fallait plutôt, dans un geste symbolique, défiler à la queue leu leu devant l'autel pour embrasser les pieds du Christ sur la croix.

Vous avez bien lu, les jeunes, et je ne fabule pas. Il fallait attendre notre tour pour aller embrasser les pieds du Christ sur le crucifix géant que le curé tenait dans ses bras. Et on n'utilisait pas de Purell ou tout autre désinfectant à l'époque... Un enfant de choeur, d'un simple coup de mouchoir, essuyait rapidement les pieds de Jésus après chaque baiser et à l'ouaille suivante! Si un seul croyant était grippé, c'est presque toute la paroisse qui y passait dans les jours suivants.

Plutôt débile comme rituel, quand j'y repense aujourd'hui... Et ce n'était que le début du week-end de Pâques. Venait ensuite le Vendredi saint. La pire journée de la fin de semaine.

Pourquoi la pire? Parce que chez nous, on ne mangeait rien de la journée - absolument rien - sauf des brioches aux raisins. Ou des hot cross buns, comme on les appelait. Des brioches insipides qui nous roulaient dans la bouche. Certes les 24 plus longues heures de l'année.

Et pour ajouter au «plaisir», il était strictement interdit de parler de midi à 15h. Parce que c'était le moment du «grand silence». C'était la mort du Christ. Pas un seul mot ne devait être soufflé.

Imaginez la scène. Sept enfants âgés de 6 à 17 ans, tous affamés et tous confinés au salon pour le «grand silence»... pendant trois heures! À rendre complètement fou. Et il ne suffisait que l'un de mes frères lâche un simple pet, une toute petite flatulence, pour que le «grand silence» fasse place aux «grands rires», suivi de la «colère» de mes parents qui, visiblement, se forçaient pour ne pas éclater de rire à leur tour.

Puis 15h arrivaient, et c'était de retour à l'église pour la messe du Vendredi saint. Ou comme on l'appelait entre frère et soeurs: la longue messe plate qui dure deux heures. Assez longue, mettons, pour s'ennuyer des hot cross buns. Ça dit tout.

Il n'y avait toutefois pas de messe le samedi et plus de hot cross buns à manger. Alléluia! Mais dès le lendemain matin, jour de Pâques, toute la paroisse se redonnait rendez-vous à l'église. Bien que plusieurs paroissiens ne s'y présentaient pas, trop grippés étaient-ils pour se lever du lit...

Le dimanche de Pâques était une délivrance. C'était la fin de l'interminable week-end de Pâques, avec un lapin en chocolat en sus.

Les temps ont bien changé, disais-je. Mais pour le mieux?

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