L'anglais à Montfort

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Collin Pigeon, de Rockland, est en beau fusil contre l'Hôpital Montfort.

Mais avant que je vous explique la raison de sa colère - ou de sa déception, devrais-je dire, colère est un peu fort comme mot, le monsieur n'a tout de même pas déclaré la guerre à l'hôpital du chemin de Montréal -, je vous soumets à un court test.

Comment prononcez-vous le nom: Collin Pigeon?

«Comme il se lit», répondrez-vous sûrement. Et vous aurez raison. «Collin», prononcé en français. Et Pigeon, comme l'oiseau voyageur. Ce n'est pas compliqué.

Mais pour des raisons qui échappent à M. Pigeon, les membres du personnel de l'hôpital Montfort sont incapables de prononcer son nom correctement. «Ils m'appellent Collin Pigeon avec un accent anglais, déplore-t-il. Ils prononcent mon prénom comme call-in, et mon nom de famille Pigeon, mais en anglais. Comme s'il y avait un 'd' entre le 'i' et le 'g'. Ça m'insulte tellement.

«On m'a appelé de la sorte, en anglais, à mes trois dernières visites à l'hôpital Montfort. C'est pourtant un hôpital canadien français. Vous le savez, M. Gratton, votre tante (Gisèle Lalonde) s'est battue corps et âme pour sauver cet hôpital afin que les Canadiens-français puissent y être soignés dans leur langue. Je vous le dis, depuis que l'armée est entrée là, ça n'a pas plus de bon sens», d'ajouter le retraité.

(Le Centre des services de santé des Forces canadiennes Ottawa se trouve à l'intérieur des murs de l'hôpital Montfort depuis six ans.)

Donc M. Pigeon n'aime pas qu'on prononce son nom en anglais. Surtout pas dans «son» hôpital. Et il réplique maintenant à sa façon lorsqu'il entend une infirmière ou un autre employé crier: «Call-in Pidgeon!» Il fait la sourde oreille et ne se lève tout simplement pas de son siège.

«J'attends qu'on le prononce correctement avant de me lever, dit-il. L'autre jour, une infirmière a crié mon nom en anglais à trois reprises. Quand je me suis finalement levé, elle était choquée contre moi. Et quand je lui ai dit que mon nom était Collin, et non Call-in, elle a répliqué: 'Je ne pouvais pas le savoir'. C'est curieux comme réplique. Si je m'appelais Jean, crierait-elle John!? Je me suis plaint à la direction de l'hôpital il y a quelque temps, mais rien n'a changé. On s'adresse de plus en plus aux gens en anglais d'abord et ça m'inquiète.»

C'est banal comme incident, diront certains. Un peu, oui. Mais M. Pigeon a raison quand il dit que c'est inquiétant.

Ma blonde s'est fracturée une cheville en novembre dernier. Un bête accident. Elle devait se faire poser un plâtre et je l'ai évidemment accompagnée à l'hôpital Montfort.

Je prenais place dans la salle d'attente lorsqu'elle revient avec ce drôle de plâtre au pied. Un appareil sorti tout droit de La Guerre des étoiles et qui ressemblait étrangement à une chaussure de ski.

«Qu'est-ce que c'est?, que je lui demande.

- Ils appellent ça un Aircast. C'est ce qu'on utilise maintenant. Mais il faut l'acheter et je n'ai pas apporté ma bourse. Peux-tu aller à la vitrine là-bas pour le payer?»

Ce que j'ai fait. Mais pour me faire accueillir par un jeune homme dans la vingtaine qui me demande: «What can I do for you, sir?»

J'ai sursauté. Je n'en croyais pas mes oreilles. Il m'adresse la parole en anglais? Ici? À Montfort? Ce jeune homme aurait intérêt à apprendre l'histoire de son employeur, me suis-je dit...

Puis j'ai enfin répondu, en français: «Je viens payer pour le plâtre de ma conjointe.» Et il est passé immédiatement au français en le parlant sans aucun accent. Ce jeune francophone pure laine m'avait accueilli en anglais à l'hôpital Montfort. Inacceptable.

C'est un autre incident banal, direz-vous. Peut-être.

Mais la direction de cette institution franco-ontarienne aurait intérêt à y voir avant que ça ne devienne la norme.

On ne s'est pas battu pour ça.

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