Un «gros» héritage

Quand j'étais enfant, c'est la station radio CJRC qu'on écoutait dans la... (Archives, LeDroit)

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«Hi! Ho! Hi! Ho!

Toujours prêts au boulot

Sourire aux lèvres, toujours contents

C'est l'équipe des bons gars de CJRC!»

***

Je la connais par coeur, cette chansonnette. Je l'ai si souvent entendue qu'elle est ancrée dans ma mémoire. Car quand j'étais enfant, c'est la station radio CJRC qu'on écoutait dans la cuisine.

C'est avec l'animateur du matin Richard Proulx que je mangeais mes Alphabits avant de quitter pour l'école. C'est lui qui nous mettait un sourire aux lèvres pour entamer nos journées. Il semait sa bonne humeur aux quatre vents et c'est nous, à notre tour, qui devenions «toujours contents».

On l'appelait le «Gros Proulx». Tout le monde l'appelait le «Gros Proulx». Et il ne s'en offusquait pas. Bien au contraire. Après tout, ce n'est qu'à nos véritables amis qu'on colle des sobriquets.

Et Richard Proulx était l'ami de tous. Lui qui, pendant 25 années, a partagé et propagé sa bonne humeur sur les ondes.

Je l'ai rencontré en janvier 2007 dans le cadre de mes grandes entrevues du samedi. Il m'avait accueilli dans sa magnifique maison de campagne de L'Ange-Gardien qu'il partageait avec son épouse Diane Bédard, l'amour de sa vie. Les deux se sont d'ailleurs «remariés» en 2007 après une séparation de plus de 25 ans.

C'est un beau moment que j'ai passé avec lui ce jour-là. Il était si généreux, si accueillant, si heureux. Comme s'il avait enfin trouvé la paix intérieure après des années de tourmente. Voici ce qu'il m'avait raconté sur sa vie «après-radio», lui qui a «accroché son micro» en 1998, bien malgré lui.

«En 1998, à ma dernière année à CJRC, je gagnais en tout et partout un salaire annuel de 158000$. Je me privais absolument de rien. Mais l'année suivante, mon salaire annuel est tombé à 12000$. Inutile de te dire que j'ai pris une crisse de débarque!

«J'ai tout perdu. Ma voiture Lincoln qui me coûtait 800$ par mois, ma maison, mes amis. Tout. Et pour me rendre aux matches des Sénateurs (où il agissait comme annonceur maison), je prenais l'autobus.

«J'ai bien tenté de me trouver du boulot dans d'autres stations de l'Outaouais, mas celles-ci avaient pris un virage jeunesse ou information. Alors elles m'ont toutes envoyé promener. Moi, j'étais le "Gros Proulx", j'avais mon style, je faisais de l'humour. [...] J'ai dû me rendre à l'évidence que ma carrière radio était terminée. Et moi qui m'imaginais que ça n'allait jamais prendre fin. Ce fut une méchante claque. [...] Je me retrouvais devant rien pour la première fois de ma vie et j'avais peur. Très peur.»

***

Des années difficiles, il va sans dire. Mais une rencontre fortuite avec son ex-épouse Diane en 2003 allait tout changer. Et quand je l'ai rencontré à l'hiver 2007, Richard Proulx filait le parfait bonheur. Il élevait ses deux chevaux sur sa terre, il avait découvert les vertus de la peinture, il mordait dans la vie. Il était fondamentalement et profondément heureux.

Et j'étais heureux pour lui.

Richard Proulx nous a quittés dans la nuit de mardi à mercredi après une longue lutte contre le cancer. Mes sincères condoléances à tous les siens.

Il aura consacré sa vie à nous faire rire et à nous divertir. Et c'est avec le sourire aux lèvres qu'on se souviendra de lui, car il nous aura légué sa bonne humeur et son amour de la vie. C'est beaucoup comme héritage. C'est énorme. C'est «gros».

Merci Monsieur Proulx.

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