Une vie vouée à ses enfants

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Je ne me souvenais plus de la date exacte du décès de mon père. Je savais que c'était à la fin du mois de février. Et que c'était le matin. Mais la date exacte, non. Ça ne me revenait pas.

Mon père a été terrassé par un arrêt cardiaque ce matin-là alors qu'il se trouvait seul à la maison. Il a eu la force incroyable de se rendre au téléphone et de composer le 9-1-1. Mais la pire tempête de neige s'abattait sur la ville ce jour-là. Et approximativement 45 longues minutes se sont écoulées avant que les ambulanciers puissent se rendre à son secours. Il était trop tard.

On a transporté mon père d'urgence à l'hôpital, où il a été dans un état végétatif pendant deux jours. Jusqu'à ce que les médecins demandent à mes frères, mes soeurs et moi de prendre LA décision. On débranche, ou on le garde dans cet état pour le reste de ses jours?

Un choix qui s'imposait, évidemment. Mais si difficile à faire. Si difficile à prendre.

Jamais facile, le tout dernier adieu.

Pendant quelques secondes, on se dit qu'on ne sait jamais. Qu'avec les progrès en médecine, peut-être découvrira-t-on dès demain matin la façon de remettre un cerveau en fonction. Peut-être qu'un miracle se produira dans les prochaines heures. Peut-être que...

Puis la réalité reprend vite le dessus. Et on abdique et on baisse la tête en la hochant devant les médecins. Allez-y. Laissez-le partir. Laissez-le aller retrouver son premier amour, notre mère qui l'a précédé de l'autre côté une dizaine d'années plus tôt.

Débranchez. Choisir le contraire aurait été si égoïste de notre part.

***

C'était hier. C'est le 25 février 1994 qu'il nous a quittés. Et le lendemain, il y a 21 ans jour pour jour, LeDroit publiait un texte dans ses pages nouvelles sur la mort de mon père. Un texte que j'ai retracé mercredi dans nos archives électroniques.

«Une vie vouée à la francophonie», titrait-on. Puis on racontait que mon père était bien connu pour son implication à Vanier et dans divers organismes voués à la francophonie.

Et j'apprenais que mon père avait été conseiller scolaire puis président du Conseil des écoles séparées catholiques de Vanier, de 1966 à 1971.

J'avais oublié ça. Vrai, je n'étais même pas adolescent à l'époque. Et quand je voyais mon père quitter le soir pour les réunions de ce conseil, je ne me disais pas qu'il s'en allait se battre pour une éducation pour et par les francophones de l'Ontario. Je l'ignorais. Je me disais plutôt que mon père devait quitter encore une fois et que j'allais m'ennuyer. Et j'espérais qu'il soit de retour avant mon heure du coucher. Juste pour lui dire: «À demain.»

Puis on poursuivait dans LeDroit en ajoutant que mon père, Jean-Jacques Gratton, avait été conseiller municipal de Vanier pendant deux mandats durant les années 1980.

Ça, je m'en souvenais très bien. J'étais âgé dans la jeune vingtaine à l'époque et c'est moi qui l'accompagnait dans son porte-à-porte durant les campagnes électorales. Et mon père détestait faire du porte-à-porte. Dieu, qu'il haïssait ça!

Pas moi. Moi, j'aimais ça. Parce que j'étais avec lui.

***

J'ai un peu sursauté en relisant ce texte sur la mort de mon père. J'avais complètement oublié que l'ancienne journaliste du Droit, Dianne Paquette-Legault, m'avait appelé ce jour-là pour obtenir un commentaire de ma part, moi qui en étais à ma troisième année comme journaliste au Droit.

Puis ce moment m'est revenu. Mon amie Dianne s'était excusée mille et une fois avant de me poser ses questions. Je lui ai dit de ne pas s'en faire, que je comprenais. Ce qu'elle devait faire - c'est-à-dire de tenter d'obtenir des commentaires de gens affligés par un deuil - est l'une des tâches les plus ingrates du métier.

«Mon père était un homme fier, lui ai-je dit. Il a toujours pris soins de ses enfants, beaucoup plus que lui-même», ai-je ajouté.

C'est ce qu'on pouvait lire dans ce texte du 26 février 1994. C'est ce que j'avais dit à Dianne.

Mais j'aurais préféré qu'on titre plutôt ce matin-là: «Une vie vouée à ses enfants». Ce titre aurait été plus fidèle à l'homme qu'il a été.

Salut P'pa. Le temps passe, mais je ne t'oublie pas.

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