Des filles qui ont du chien

Éric Lafrance et ses «filles qui ont du... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Éric Lafrance et ses «filles qui ont du chien».

Patrick Woodbury, LeDroit

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Des élèves qui jouent tous ensemble dans la cour d'école, peu importe leur âge, leur sexe et leur année scolaire. Des enfants de la maternelle et de la première année qui se tournent vers les «grandes» de la quatrième à la sixième année quand ils se sentent seuls et isolés, ou que les choses ne tournent pas rond pour eux. Des élèves qui s'entraident et qui s'amusent sans discrimination, sans jugement et sans intimidation.

«Nous sommes comme une grande famille ici», dira Laurence, une élève de sixième année.

«Ici», c'est l'école primaire Euclide-Lanthier, dans le secteur Aylmer. Une école où règne entre les élèves un esprit d'entraide et d'amitié hors du commun. Une école où les petits conflits de tous les jours sont réglés par les élèves eux-mêmes, sans l'aide et sans l'intervention des enseignants. Une école où un projet mis sur pied il y a trois ans par l'éducateur physique et à la santé, Éric Lafrance, qui visait à augmenter la participation des filles aux sports et à l'activité physique, s'est transformé en un projet unique de coopération et d'entraide.

Un projet nommé «Des filles qui ont du chien».

«J'ai remarqué que les filles ne prenaient pas leur juste place dans le gymnase, explique M. Lafrance. Elles étaient souvent effacées et elles ne participaient pas autant que les garçons et, par ce fait même, ne développaient pas les mêmes habiletés et le même désir de jouer et de performer que les gars. J'ai donc créé le projet "Des filles qui ont du chien" pour augmenter leur estime de soi, développer leurs habilités motrices et techniques et briser les stéréotypes voulant que les filles soient faites pour la gymnastique et les garçons pour le hockey.

«Selon les statistiques de Québec en forme, si les filles ne sont pas actives avant l'âge de 10 ans, il y a juste 10% des chances qu'elles le seront à l'âge de 25 ans», ajoute l'enseignant.

Elles sont plus d'une quarantaine de filles de la quatrième à la sixième année (8 à 12 ans) qui se rencontrent tous les jeudis midis au gymnase pour pratiquer ensemble divers sports. Toutes vêtues du chandail aux couleurs du projet «Des filles qui ont du chien», elles prennent aussi le temps de dîner ensemble afin de tisser des liens entre elles. Et elles participent toutes à des activités parascolaires comme des sorties de vélo, de canot-camping, d'escalade et de traîneaux à chiens.

«Et par l'entremise de divers jeux et sports, on travaille des stratégies de coopération, d'opposition et de leadership, dit M. Lafrance. On parle de communication, de respect, de dépassement de soi. Bref, le sport devient un contexte pour permettre aux filles de développer l'ensemble de leurs possibilités et surmonter certaines barrières au niveau sportif, psychologique, social ou autre. On offre un milieu où les filles se sentent bien et où il n'y a pas de jugement. Elles développent ainsi leur confiance en elles, elles découvrent de nouvelles passions et des liens durables se développent entre les participantes. Le projet a débuté en 2012 et le nombre de filles qui s'y inscrivent sur une base volontaire grimpe d'année en année.»

Comme a dit Audrée-Anne, sixième année: «Sans ce projet, les filles de la quatrième année et celles de la sixième se regarderaient dans les corridors sans se dire grand-chose. Mais maintenant, grâce à ce projet, nous sommes toutes amies. On se tient plus ensemble et tout le monde s'entend bien.»

Le projet «Des filles qui ont du chien» a évolué au cours des trois dernières années. Présentement, les filles ont l'opportunité de suivre des formations en leadership et elles sont ensuite appelées à faire des interventions de base pour régler les conflits mineurs entre les élèves de plus bas âge dans la cour d'école.

«Elles ont également comme mandat d'aller encourager les élèves qui vivent de l'isolement en jouant avec eux, en les écoutant ou simplement en marchant avec eux dans la cour d'école, explique M. Lafrance. Ce projet qui a débuté comme un simple projet sportif est devenu peu à peu un projet qui change notre école tout entière», ajoute-t-il fièrement.

«Quand on aide un élève plus jeune qui est seul dans la cour d'école et sans personne pour jouer avec lui, on met un sourire sur son visage et sa journée devient plus belle», lance Kali, sixième année.

«Les "filles qui ont du chien" servent de modèles dans l'école, reprend M. Lafrance. Elles montrent l'exemple aux plus jeunes. Donc cette année, avec ce nouveau programme de mentorat, ce sont plus de 100 filles qui vivront ce projet. Et j'ai vu des transformations incroyables chez les participantes au cours des dernières années. Des filles timides deviennent de vraies leaders. Les retombées de ce projet sont inestimables et j'aimerais bien que d'autres écoles de Gatineau l'adoptent. Si les filles, dès un jeune âge, se perçoivent comme égales et aussi compétentes et capables que les garçons, elles grandiront et deviendront des femmes avec ces mêmes valeurs», conclut Éric Lafrance.

Le projet «Des filles qui ont du chien» est récipiendaire de deux prix pour meilleure initiative sportive en 2013 et 2014, et il a été mis en nomination dans cette même catégorie au Gala provincial du sport étudiant.

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