D'autres priorités

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J'aime bien les textes du professeur à l'Université d'Ottawa, Gilles LeVasseur, que LeDroit publie occasionnellement dans ses pages éditoriales. Les opinions de cet avocat et économiste franco-ontarien sont toujours réfléchies, pertinentes, instructives et clairement élaborées.

J'ai croisé M. Levasseur à quelques occasions au cours des dernières années et c'est un homme que je respecte beaucoup. J'en profite d'ailleurs pour le féliciter, lui qui a été décoré mardi de l'Ordre de l'Ontario. Tout un honneur pleinement mérité.

Mais pour une rare fois, je ne suis pas d'accord avec lui. C'est-à-dire que je ne suis pas d'accord avec son opinion publiée en page 12 de notre édition de lundi dernier et intitulée «Les symboles franco-ontariens».

Dans ce papier, M. LeVasseur demande que des états généraux soient tenus au sein de la communauté franco-ontarienne pour définir trois symboles identitaires de cette communauté: une devise, un hymne national et des armoiries reconnues par les autorités héraldiques du Canada. S'ajouterait à ces symboles le drapeau franco-ontarien qui a reçu en 2001 le statut de symbole officiel de la province par l'Assemblée législative de l'Ontario.

Définir trois autres symboles identitaires est une bonne idée en soi. Tout attribut ne peut qu'affermir l'identité et la place des Franco-Ontariens.

Mais de là à tenir des états généraux sur la question? Maintenant? Vraiment? N'avons-nous pas d'autres priorités? Je pense, par exemple, au bilinguisme officiel pour la Ville d'Ottawa.

Bilinguisme officiel

Comme vous le savez, M. LeVasseur, un Sommet des États généraux de la francophonie d'Ottawa s'est tenu en novembre 2012. Vous y étiez sûrement. Et dans le cadre de cette activité, la communauté francophone a été invitée à fixer ses priorités pour les prochaines années. Et après deux jours de délibérations, les participants ont désigné le bilinguisme officiel pour la capitale nationale du Canada comme étant la priorité. Sage décision.

Mais comme on sait tous, cette «lutte» est encore loin d'être gagnée. Il reste beaucoup de travail à accomplir pour convaincre la majorité linguistique des bienfaits, des avantages et de la justice d'une telle désignation.

Ne devrait-on pas atteindre cet objectif avant de se pencher sur la création d'une devise et d'un hymne national?

Et la création d'une université franco-ontarienne pour tous les francophones de l'Ontario n'est-elle pas plus importante que l'obtention d'une reconnaissance officielle de Notre Place, de Mon beau drapeau ou de toute autre chanson comme hymne national?

Quand on fonde une compagnie, la priorité est d'élaborer un plan d'affaires, et non de baptiser cette compagnie. J'offre une comparaison un peu boiteuse, j'en conviens, mais voici...

Quand des gens d'affaires de la région ont voulu ramener une équipe de la Ligue canadienne de football (LCF) à Ottawa, ils ont d'abord et avant tout approché la LCF pour obtenir une concession. Ils ont ensuite identifié le parc Lansdowne comme lieu de leurs activités. Et le reste a suivi. Mais le choix du nom «Rouge et Noir» n'est venu qu'en dernier lieu. Qu'en tout dernier lieu.

Construisons d'abord une entité forte, solide et ancrée avant de la nommer. Le reste viendra de lui-même.

Construisons d'abord une communauté franco-ontarienne forte, solide et ancrée, et sa devise et son hymne national suivront et s'imposeront.

Certains diront que de trouver un hymne national pour la communauté franco-ontarienne est totalement ridicule puisque les Francos, tout comme les Québécois, ne forment pas une nation.

C'est faux si on s'en tient à la définition propre du mot «nation», qui se veut selon le dictionnaire «un groupe humain, généralement assez vaste, qui se caractérise par la conscience de son unité et la volonté de vivre en commun». En ce sens, les Franco-Ontariens forment bel et bien une nation. Mais une nation parfois fragile qui a encore beaucoup d'obstacles à surmonter avant de pouvoir se proclamer en toute justice une nation.

Vous avancez dans votre papier, M. LeVasseur, que la chanson de Paul Demers, Notre Place, pourrait devenir l'hymne national du peuple franco-ontarien, et que la devise du Droit, «l'avenir est à ceux qui luttent», sa devise.  Et pourquoi pas?

Mais selon moi, il faudrait d'abord et avant tout la gagner, cette lutte... avant de la chanter.

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