La crise du mercredi 18

Francine et Raymond Lorange sont à bout de... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Francine et Raymond Lorange sont à bout de souffle et réclament de l'aide pour leur fils Christophe.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Christophe a prévenu ses parents en début d'année qu'il y aura trois «mercredis le 18» en 2015. Donc trois jours où il deviendra agressif, confus et carrément dangereux.

Christophe, 38 ans, est atteint d'autisme et du syndrome de la Tourette. Il est de plus épileptique et malentendant. Sa mère Francine Lorange, 65 ans, mène depuis toujours une lutte de tous les instants pour le bien-être de son fils.

Et elle et son mari âgé de 67 ans ont tout de même bien réussi. Ils ont déniché un petit logement pour leur fils afin qu'il soit le plus autonome possible. Et Christophe se débrouille bien.

Il s'occupe de l'entretien ménager et paysager d'un centre pour personnes âgées de Gatineau depuis 18 ans. Il gagne donc un salaire modeste, il fait ses propres courses et épiceries, il sait lire et écrire, il s'assure de payer le loyer à temps, il s'achète son laissez-passer d'autobus, etc. Il est pratiquement autonome, quoi.

«Mon mari et moi avons travaillé très fort pour que notre fils soit bien, dit Mme Lorange. Nous lui avons enseigné plein de trucs qu'il a retenus. Quand il était enfant, un psychiatre nous a dit: "Placez-le, vous ne pourrez pas vous en occuper." Mais il n'en était pas question. Je dis toujours que le bon Dieu nous l'a envoyé, il faut s'en occuper.»

Mais lorsqu'un «mercredi 18» - peu importe le mois - se pointe au calendrier, Christophe doit être placé sous surveillance le temps d'une journée. Parce que le mercredi 18 - comme on dit - il «saute une coche». Et il devient un danger pour ses parents sexagénaires et pour la société.

«Il devient parfois dangereux pour moi et son père, affirme Mme Lorange. Il nous a déjà frappés dans le passé. Il crie, il est en colère. S'il était seul, il pourrait bien se rendre dans un centre commercial crier aux gens et faire Dieu sait quoi. Donc, je deviens très inquiète à l'approche d'un mercredi 18. Je ne dors pas de la nuit, parce que sa crise peut débuter dès 5h30 le matin.»

Personne ne sait pourquoi cette date déboussole Christophe de la sorte depuis près de 30 ans. Même les psychiatres, les psychologues et les travailleurs sociaux de ce monde ne peuvent expliquer ce phénomène. Et quand on demande à Christophe pourquoi il perd le nord le mercredi 18, il répond simplement: «C'est un secret.» Et personne n'a réussi à ce jour à le convaincre de partager son «secret».

Jusqu'à l'an dernier, Christophe était accueilli, les mercredis 18, au Centre d'aide 24/7, à Gatineau. Il y passait la journée et la nuit, puis il rentrait chez lui le lendemain matin, une fois la crise ponctuelle passée. «Il n'aimait pas aller là, mais il recevait de très bons soins à ce centre», de dire Mme Lorange.

Mais plus maintenant. Des coupures budgétaires à cet organisme, qui offre de l'aide aux personnes et à leurs proches qui vivent dans une situation de crise, l'empêchent depuis un an d'accueillir des cas comme celui de Christophe. Celui-ci passe donc sa journée cauchemardesque chez ses parents. Et ceux-ci ne savent plus à quel saint se vouer pour obtenir de l'aide. Encore une fois...

Parce qu'ils se sont retrouvés devant cette même situation en 2003 quand l'organisme Trait d'Union Outaouais a sabré dans ses services. En 2006, c'était la Résidence communautaire en santé mentale de l'Outaouais qui fermait ses portes, faute de financement. Cet organisme offrait des services de répit pour les parents d'enfants ayant un trouble envahissant du développement, comme l'autisme. Et l'an dernier, le Centre 24/7 annonçait aux parents de Christophe que leur fils ne pourrait plus compter sur cet endroit.

«On ne sait plus où se tourner, dit Mme Lorange. Nous avons un très bon travailleur social qui nous accompagne, mais lui non plus ne sait plus à quelle porte frapper.»

C'est une lutte incessante pour Mme Lorange et son époux. Une lutte d'une vie. «Mais voilà qu'après toutes les coupures effectuées par notre cher gouvernement, on nous laisse sans ressources, déplore Mme Lorange. L'Agence de santé de l'Outaouais ne sait même pas quoi nous répondre. Elle nous renvoie n'importe où. Le gouvernement n'a pas le droit de laisser des parents âgés de 67 et de 65 ans s'épuiser. Mon mari et moi aimerions juste pouvoir vivre nos dernières années en paix. Est-ce trop demander?

«Nous sommes fatigués. C'est toujours la même lutte, sans arrêt, sans arrêt...»

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