Vedettes instantanées

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J'ai l'impression de passer à côté de quelque chose.

Chaque lundi matin, des amis Facebookiens font l'éloge sur le web de l'émission La Voix, diffusée la veille à TVA. Hier matin, on encensait le nouveau coach, Pierre Lapointe.

Je n'ai jamais regardé cette émission. Non, c'est faux. J'ai regardé la toute première, il y a quelques années, alors que Jean-Pierre Ferland était l'un des trois coaches.

Et au risque de me faire lapider sur la place publique, je vais le dire: je n'ai pas aimé ça. Et je ne l'ai jamais regardée depuis.

Ce n'est pas La Voix comme telle qui me déplaît. C'est que je me suis un peu lassé de toutes ces émissions de concours musicaux. La formule est peut-être différente entre les Star Académie, Canadian Idol, Canada's Got Talent, La Voix et j'en passe, mais ça demeure rien de plus et rien de moins qu'un concours musical, voire un concours de chant. Et comme disait mon père: «de la crème'à'glace, c'est bon. Mais un gallon, c'est écoeurant».

Mais il y a plus que ça. Il y a aussi le vedettariat instantané que connaissent les participants à ces concours qui m'agace un peu. Ces gens - des jeunes dans la plupart des cas - passent littéralement de l'anonymat au vedettariat en un clin d'oeil. Et je trouve qu'il y a quelque chose d'un peu malsain dans tout ça.

J'ai eu le privilège de rencontrer des grands noms de la musique et du spectacle québécois dans le cadre des Grandes Entrevues du samedi. Des artistes comme Robert Charlebois, Bruno Pelletier, André-Philippe Gagnon, Michel Louvain, Patrick Norman, Mario Pelchat et j'en passe. Des gens qui ont trimé et fait leurs devoirs dans les bars et les clubs de nuit bruyants et enfumés pour en arriver où ils en sont aujourd'hui. Et je leur ai tous demandé ce qu'ils pensaient de ces téléréalités musicales. Ils avaient tous la même opinion: c'est dangereux.

Voici ce que Mario Pelchat m'a répondu quand je l'ai rencontré en octobre dernier. Ça résume à assez bien les propos de toutes ces vedettes aguerries:

"*

«On dirait que notre métier ne s'apprend plus de la même façon qu'avant. Aujourd'hui, c'est là, tout de suite. Tu participes à un concours ou à une émission de téléréalité et les gens te connaissent instantanément. Puis du jour au lendemain, tu fais le Centre Bell. C'est fou!

«Donc les jeunes arrivent dans ça, ils vivent ça, ils deviennent des stars, on leur arrache pratiquement le linge de sur le dos. Puis au bout d'un an et demi, une autre émission prend le dessus et on les remplace. Et ils tombent tout à coup dans l'oubli. Ce fut difficile pour les premiers Académiciens. Certains ont fait une dépression, d'autres ont eu des problèmes de drogue et de consommation. Et la plupart ont eu de la difficulté à s'en sortir parce que c'est gros ce qu'ils ont vécu. C'est énorme comme vague d'amour du public. Mais après, comme baisse, c'est une autre histoire.

«Certains ont percé dans le métier. Mais ce métier ne s'apprend plus de la même façon. C'est comme si on leur donne tout cuit dans la bouche, un peu comme à un enfant gâté, et après on leur enlève. Ce doit être extrêmement difficile.»

"*

C'est un peu tout ça qui me chicote avec ces émissions.

Mais bon. Elles sont populaires, les téléspectateurs aiment ça et les cotes d'écoute pètent des records. Et les participants sont majeurs et vaccinés et ils se lancent dans ces galères de leur propre gré.

Mais savent-ils ce qui les attend une fois que les réflecteurs s'éteignent pour de bon? Leur explique-t-on? Les prévient-on? Les encadre-t-on?

Permettez-moi d'en douter.

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