Le droit de vivre sa mort

Louise Laperrière... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Louise Laperrière

Patrick Woodbury, LeDroit

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Irène Laperrière en avait assez de cette vie sur Terre. Et en 2006, à l'âge de 74 ans, elle s'est laissée mourir. Mourir de faim.

«Ma mère a souffert d'arthrite et de fibromyalgie pendant plusieurs années, raconte la fille de Mme Laperrière, Louise. Et particulièrement au cours des trois dernières années de sa vie. Durant ces trois années, elle me répétait souvent qu'elle avait hâte de partir et hâte de ne plus avoir de corps. Et elle avait dit à tout le monde que si jamais elle souffrait d'une maladie dégénérative, qu'elle tirerait sa révérence. Et lorsqu'on lui a confirmé un début d'Alzheimer en février 2006, elle a mis son plan à exécution. Elle s'est laissée mourir de faim.»

Irène Laperrière et son mari Pierre habitaient Ottawa. Mais ils passaient leurs étés à leur chalet et sur leur terre de 70 acres à La Doré, au Lac-Saint-Jean. Et c'est à leur chalet que Mme Laperrière avait l'intention de finir ses jours. Elle ne l'avait dit à personne, même pas à son conjoint. Mais dans sa tête, c'était fait. C'était à son endroit favori, là-bas en forêt, là où elle était si bien et si heureuse qu'elle allait laisser son âme. «C'était clair dans ma tête que ma mère ne reviendrait pas du chalet, se souvient Louise. Le diagnostic était tombé, elle était décidée de le faire. Mon père était là-bas avec elle, et il savait que ma mère avait l'intention de se laisser mourir. Mais je pense qu'il ne voulait pas croire qu'elle allait le faire.

«Mais une fois au chalet, ma mère a arrêté de manger. Mon père m'appelait au travail pour me dire qu'elle ne voulait pas manger, il ne savait plus quoi faire. Mais il n'y avait rien à faire. Et quand ma mère est devenue trop faible pour se lever, mon père l'a emmenée à l'Hôpital de Roberval,»

Mais les médecins de cet hôpital n'ont pu faire mieux. Ils ont tout tenté, mais la patiente refusait catégoriquement de manger. Elle refusait même de boire un peu d'eau. «Mon père a dû se rendre à l'évidence, de reprendre Louise Laperrière. Ma mère ne pouvait même plus parler. Mes frères, mes soeurs et moi sommes tous montés à Roberval. On a rencontré les médecins et on leur a dit que ça ne leur donnait plus rien de faire de l'acharnement. Mais ils ont continué à lui donner de la morphine pour qu'elle ne souffre pas. Et ma mère est décédée huit jours après son arrivée à l'hôpital.»

Si Louise Laperrière me raconte tout ça huit ans plus tard, c'est pour appuyer le député conservateur quadriplégique du Manitoba, Steven Fletcher, dans sa croisade à la Chambre des communes pour décriminaliser l'aide médicale à mourir. Mais ce député se bute à son propre gouvernement qui ne veut rien entendre d'un débat sur l'euthanasie et le suicide assisté.

«C'est pourtant si important qu'on en parle, affirme Mme Laperrière. Il faut permettre aux gens de vivre leur mort. On a le droit de choisir le passage qu'on veut prendre pour y aller. Si ma mère avait pu choisir son heure et qu'un médecin serait venu à la maison avec une injection, on aurait pu parler à ma mère et lui dire adieu sans la voir souffrir. Elle était déterminée à partir. D'ailleurs, avant qu'elle et mon père partent pour le chalet, elle a laissé des petites notes d'adieu et d'amour partout dans la maison, là où elle savait que mon père allait les trouver à son retour. C'était planifié son affaire. Elle voulait le faire pendant qu'elle était encore consciente. Elle ne voulait pas attendre que la maladie la ronge et qu'elle n'ait plus les moyens pour décider par elle-même.

«Et j'espère que les députés voteront avec le même courage que ma mère a eu afin que les Canadiens puissent obtenir de l'aide à vivre leur mort dans le respect de leur souhait le plus profond. Parce que la mort, ça fait aussi partie de la vie», de conclure Mme Laperrière.

Irène Laperrière était poète. Elle a écrit dans sa vie plus de 500 poèmes que ses proches ont trouvés après sa mort et qu'ils ont publiés en 2010 dans un recueil intitulé Comme un pollen fou!. Voici les derniers mots de son tout dernier poème:

«L'amour est un baiser,

l'amour est le rêve

et même dans la mort,

l'amour continue à vivre.»

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