Destination Vanier

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«Eh bien... Je ne pensais jamais voir ça de ma vie.

- De quoi parles-tu, Denis?

- C'est un texte publié samedi dans la section Voyage du Devoir, Manon. Vanier serait rendu une destination touristique.

- Quoi!?

- Je te le dis. On consacre un long texte sur le quartier Vanier dans ce journal. On parle d'un «petit quartier populaire situé juste à l'est du centre-ville et de la rivière Rideau, à Ottawa». Et on ajoute que cette partie francophone est en pleine revitalisation. Puis on titre: 'Vanier, fascinant quartier d'Ottawa'.

- Un journaliste fasciné par Vanier?

- Il doit être le journaliste aux faits divers.

- Et que dit-on sur Vanier au juste, Denis?

- On parle de son histoire, du fait que cette ancienne ville s'appelait autrefois Eastview et que les francophones ne composent aujourd'hui que 40% de sa population, alors qu'ils représentaient 65% de la population en 1980. Il aurait pu aller plus loin et ajouter que les francophones composaient 98% de la population de Vanier dans les années 1960. Dans le temps où le curé chassait les anglophones.

- Le curé faisait ça, Denis?

- Paraît-il. Je l'ignorais. Mais dans ce texte, on raconte que 'l'influent prêtre François-Xavier Barrette «ordonnait» aux anglophones d'aller prier ailleurs'.

- Misère! Tu vois ça aujourd'hui? T'imagines le scandale si un prêtre disait aux anglophones d'aller prier ailleurs?

- (Rires.) Je peux juste me l'imaginer, Manon! Et je voudrais vraiment être là quand le curé entrerait dans le Biker's Church de la rue Carillon pour dire aux motards pratiquants de déguerpir. Le pauvre se ferait sûrement crucifier sur place!

- En effet.

- Ah, tiens. J'aime bien la conclusion de ce texte.

- Que dit-on?

- Que 'Vanier est une petite collectivité touchante dont l'ambiance ressemble parfois à celle des quartiers pauvres de Montréal, parfois à celle des petites villes du Québec, mais jamais à l'idée faussement austère que certains peuvent se faire d'Ottawa'. J'ai toujours dit que nous étions 'touchants', nous, les Vaniérois.

- Et pas austère. N'oublie pas, Denis.

- Pas austère pour deux sous, Manon. Nous sommes pauvres, mais touchants et bons vivants.

- Suggère-t-on des endroits à voir à Vanier?

- Oui. Comme le Muséoparc Vanier. Qui se trouve 'au coeur de la fameuse forêt des Pères Blancs avec sa cabane à sucre en milieu urbain et ses arbres africains'.

- Une forêt? C'est un grand mot, tu ne trouves pas?

- En effet, Manon. Sauf qu'elle est peut-être petite, mais elle est boisée d'arbres africains. Ça doit faire du drôle de sirop au printemps, ça. À Vanier, on ne produit pas du sirop d'érable, mais du sirop de baobab.

- Idiot. C'est tout ce qu'on propose comme lieux à voir?

- Non, Manon. On parle aussi de la grotte de Lourdes et des cimetières Beechwood et Notre-Dame.

- C'est vrai que ces cimetières sont très beaux. Les jardins au cimetière Beechwood sont magnifiques.

- T'as raison. Mais géographiquement parlant, ces deux cimetières ne se trouvent pas sur le territoire de l'ancienne ville de Vanier. Mais ils sont tout près.

- Donc si je comprends bien, Denis, on dit, en gros, de visiter Vanier pour voir deux cimetières, une grotte et des arbres africains?

- En gros, oui. Mais on ajoute une autre destination à voir.

- Laquelle?

- Le Friend's Bingo Hall.

- Tu me niaises, Denis?

- C'est écrit noir sur blanc. La grosse et laide salle de bingo du chemin de Montréal serait incontournable. Je peux juste imaginer la conversation entre deux touristes. 'Bon bien, chéri, on a visité deux cimetières, on est allé brûler des lampions en français et j'ai le ventre plein de tire de baobab. Que fait-on maintenant?' Et l'autre de répliquer: 'Jouons au bingo!'

- Tout un voyage, en effet...

- Et dire qu'on voulait visiter Paris.»

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