Les temps ont changé

On ne peut s'empêcher de ressentir une légère... (Étienne Ranger, LeDroit)

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On ne peut s'empêcher de ressentir une légère déception quand un commerce qui a grandi avec nous disparaît. C'est le cas du magasin Ameublement Prestige, dans le secteur Orléans. Plus de 25 ans après avoir pris la relève de son père, Denis Lacroix a décidé de passer à autre chose.

Étienne Ranger, LeDroit

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Le groupe Les Colocs chantait :

« Dans ma p'tite ville on était juste quatre mille

Pis la rue principale a s'appelait St-Cyrille.

La coop, le gaz-bar, la caisse pop, le croque-mort

Et le magasin général.

Quand j'y r'tourne

Ça m'fait assez mal.

Y'est tombé une bombe

Su'a rue prinicipale

Depuis qu'y ont construit le centre d'achat. »

•••

N'est-ce pas un peu vrai dans pratiquement toutes les villes et tous les villages ?

Les plus vieux se souviennent de leur région natale, souvent avec une immense nostalgie. « Que les temps ont changé », soufflent-ils en observant le progrès qui s'est fait au cours des dernières décennies dans leur coin de pays.

Et on se souvient tous de ces entreprises locales et familiales qui ont disparu depuis des lunes pour faire place aux chaînes américaines et aux magasins à grande surface, souvent à trop grande surface.

Était-ce mieux à l'époque ? La vie était-elle plus simple ? Non, pas vraiment. La vie n'était pas nécessairement mieux à l'époque. Et pas plus simple non plus. Juste différente.

Mais on ne peut s'empêcher de ressentir une légère déception quand l'un de ces commerces qui a grandi avec nous disparaît.

C'est le cas du magasin Ameublement Prestige, dans le secteur Orléans. Bientôt, il ne sera plus. Fondé en 1976 par Ernest Lacroix, ce magasin de meubles haut de gamme fermera ses portes le 1er février après presque 40 ans en affaires.

Denis Lacroix, 50 ans, a hérité de ce magasin en 1987 quand son père a pris sa retraite. « Quand j'ai gradué du secondaire, se souvient-il, j'étais censé poursuivre mes études à l'Université de Waterloo, où j'avais été accepté. Mais je suis venu travailler dans le magasin de mon père pour l'été, et je n'ai jamais quitté. Et je ne suis jamais allé à Waterloo. »

Bien qu'il soit toujours jeune et en pleine santé, Denis Lacroix a décidé - plus de 25 ans après avoir pris la relève de son père - de passer à autre chose.

« J'ai trois enfants qui oeuvrent dans d'autres domaines, dit-il. Et la compagnie de meubles Upper Room, qui a déjà un magasin dans l'ouest de la ville d'Ottawa (voisin du magasin IKEA), m'a fait une offre pour mon commerce que je ne pouvais pas refuser. Mais je conserve l'édifice que je louerai à cette entreprise. Et j'ai aussi des édifices commerciaux du côté de Gatineau que je loue. Donc, je ne chômerai pas. Mais pour la vente de meubles, c'est fini. »

On serait porté à croire qu'Ameublement Prestige ferme ses portes à cause des magasins de meubles à grande surface du genre Leon's et The Brick qui se multiplient dans la région et qui vendent leurs meubles à une fraction du coût demandé ailleurs. Mais M. Lacroix affirme que ce n'est pas du tout le cas.

« Ces magasins vendent habituellement des meubles bas de gamme, dit-il. Je n'ai remarqué aucune différence dans notre chiffre d'affaires depuis l'arrivée de ces magasins. Bien au contraire, les ventes ont toujours été à la hausse. On ne vend pas la même chose. Ici, ce sont des meubles solides et de qualité supérieure. Et ils sont fabriqués au Canada. Dans les magasins à grande surface, je vous parie que 80 % des meubles qu'on y vend sont fabriqués en Chine. On ne parle pas de la même clientèle, mais pas du tout. Notre magasin est en affaires depuis 1976 et nous n'avons jamais été affectés par une récession. Notre clientèle est fidèle et financièrement stable. »

Denis Lacroix n'a pas hésité longtemps avant d'accepter l'offre d'achat de la compagnie Upper Room. Mais il avoue qu'il a eu un pincement au coeur en pensant à ses 30 employés qui devront en majorité se trouver un autre emploi.

« J'ai des employés qui sont ici depuis le tout début dit-il. Je pense à Louis Roy, qui est venu travailler ici avec mon père dès la première journée d'ouverture et qui est toujours ici avec nous. C'est très difficile de dire à ces gens que le commerce où ils ont fait carrière disparaîtra. Donc, quand un employé vient me voir dernièrement pour me dire qu'il quittera bientôt parce qu'il s'est trouvé un emploi ailleurs, je dis : 'Yessss !'. Eux pensent que je suis content de les voir partir. Mais je leur explique que je suis juste content pour eux qu'ils aient trouvé un autre emploi. »

La grande majorité de ces employés sont bilingues. « C'est important qu'ils le soient à cause du grand nombre de francophones à Orléans », dit M. Lacroix.

Mais curieusement, les dizaines d'affiches de « vente de liquidation » et de « vente de fermeture » qui décorent les vitrines et tous les murs intérieurs du magasin sont uniquement en anglais.

« Oui, je sais, dit M. Lacroix. J'ai remarqué ça quand ces affiches ont été installées. Et je me suis tout de suite dit : "Oh, oh ! Elles ne sont pas bilingues." Elles devraient évidemment l'être. Il s'agit d'une petite erreur de mes gens à la publicité. Heureusement, nous n'avons pas encore reçu de plaintes à cet effet. »

À bien y penser, vaut-il la peine de porter plainte contre un magasin qui fermera ses portes dans un mois ?

Reste à voir par contre si le magasin Upper Room tiendra compte des milliers de francophones du secteur Orléans et des environs...

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