Le système Gérard

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J'ai immédiatement craint le pire en lisant les premières phrases d'un courriel reçu hier matin.

C'est un couple de Gatineau qui m'écrivait pour me parler d'une carte de Noël laissée dans leur journal par le camelot du Droit. Dès les premiers mots, je me suis demandé: «qu'a fait notre camelot pour que ces gens prennent la plume? J'espère qu'il n'a pas fait un Gérard de lui-même».

Bon, je sais chers lecteurs, je viens de vous perdre.

Je retourne donc 15 ans en arrière. En mars 1999 plus précisément.

J'ai écrit une chronique à l'époque sur un Gatinois prénommé Gérard qui était camelot dans la région pour deux quotidiens montréalais.

Gérard, qui était alors âgé de 43 ans, était un peu désemparé quand je m'étais entretenu avec lui ce matin-là. Le gars venait de perdre cinq abonnés et il ne comprenait pas pourquoi ces gens ne voulaient plus de ses services. Et en plus, ses patrons étaient en colère contre lui alors qu'il n'avait rien à se reprocher, croyait-il.

C'est que dans les jours précédents, Gérard avait écrit une lettre à tous ses clients. Une lettre pour leur expliquer que son salaire était plutôt médiocre et qu'il comptait sur leurs pourboires pour joindre les deux bouts.

Voici un extrait de sa lettre:

«Beau temps, mauvais temps, je m'assure que vous ayez votre journal tous les jours. Si j'ai un total de 10$ de pourboire par semaine, je me considère chanceux. Ça ne couvre même pas les frais d'essence. Vous voyez ce que je veux dire? Je pense que pour le trouble que je me donne, même si Dame Nature fait sentir sa présence de temps à autre, il est normal que je reçoive au moins un dollar et plus de pourboire par semaine de votre part. N'est-ce pas?

«Voici donc la nouvelle procédure:

«PAS DE POURBOIRE: Service régulier. Livré à votre adresse, point.

«POURBOIRE DE 1,00$ OU PLUS: Service personnalisé. Livré soit dans votre boîte aux lettres, entre les deux portes, sur chaise,etc.. Veuillez spécifier le service personnalisé désiré.

- Votre camelot, Gérard».

Quand les patrons de Gérard ont commencé à recevoir des plaintes de leurs abonnés de l'Outaouais, le pauvre camelot est - comme on dit - «passé au batte».

Mais quand je lui ai demandé s'il allait tout de même garder son système de client régulier, client personnalisé, Gérard m'a répondu: «Ah oui! Avec le service personnalisé, je vais déposer le journal où les gens me le demandent.

- Et le service régulier...?, lui avais-je alors demandé.

- Je vais «pitcher» le journal sans m'arrêter, avait-il répondu. Mais il faut que je m'arrange pour ne pas qu'il tombe sur le parterre. Il faut qu'il tombe sur le perron. L'hiver, c'est difficile avec les bancs de neige. Mais l'été, tu «swing» et ça va très bien.»

Vous comprendrez donc ma crainte quand j'ai commencé à lire le courriel reçu hier matin. «J'espère que notre camelot n'a pas fait un Gérard de lui-même», me disais-je.

Eh bien non. Mais pas du tout. En fait, c'est totalement le contraire.

Ces gens avaient été touchés par la carte de Noël laissée par notre camelot, Luc Chagnon. Et ils avaient spécialement apprécié les voeux de Noël que notre collègue Luc avait ajoutés dans sa carte.

Voici ce que ce couple m'a écrit:

«J'aimerais que vous transmettiez au grand patron de votre journal nos sincères remerciements pour ce geste de M. Chagnon. Ça démontre qu'il aime le travail qu'il réalise car il faut beaucoup de courage pour se lever chaque matin et livrer ponctuellement ce journal aux résidences.

«On oublie souvent les personnes qui sont au-bas de la hiérarchie d'une entreprise mais qui jouent un rôle essentiel à la survie de celle-ci.

- Luc et Huguette G.».

---

C'est fait, chers amis. Votre message a été transmis au «grand patron de notre journal». Et de la part de Luc Chagnon et de toute l'équipe de camelots du Droit: merci à vous.

Et j'en profite pour remercier ma camelot, Lorraine Lewis, qui m'a également laissé une carte de Noël à ma porte hier matin en y ajoutant une petite note en français pour me souhaiter «un joyeux Noël et le meilleur en 2015».

À vous Lorraine, à vous Luc, et à vous tous chers collègues qui prenez quotidiennement la route en fin de nuit pour transporter nos mots, un gros merci du fond du coeur et joyeux Noël.

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