Merci, Monsieur Béliveau

Jean Béliveau et son bon ami, Normand Beliveau,... (Denis Gratton, Archives LeDroit)

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Jean Béliveau et son bon ami, Normand Beliveau, hissent ensemble le drapeau acadien lors d'un rassemblement des Beliveau et Béliveau sur la côte acadienne de la Nouvelle-Écosse, en août 2004.

Denis Gratton, Archives LeDroit

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L'un des plus beaux moments de ma carrière me revient en tête quand je pense à Jean Béliveau.

C'était en août 2004, il y a un peu plus de 10 ans. Je me trouvais en Nouvelle-Écosse pour préparer des reportages dans le cadre du Congrès mondial acadien. Je séjournais sur la côte de la baie Sainte-Marie, dans la région féerique de Clare, à l'extrême ouest de la province.

Les petits villages acadiens se succèdent sur cette côte comme les grains d'un chapelet. L'un de ces villages se nomme l'Anse-des-Belliveau. Et ce jour-là, dans le cadre du congrès, une centaine de Belliveau et de Béliveau s'étaient donnés rendez-vous dans ce village pour fêter ensemble leur Acadie.

La veille de ce rassemblement de famille, j'ai appelé l'organisateur Michel Belliveau pour lui demander si je pouvais me joindre à eux pour écrire un reportage dans LeDroit. «Bien sûr!, m'avait-il répondu. On va t'accueillir comme un membre de la famille!».

Puis je lui ai demandé à la blague si le grand Jean Béliveau allait y être. Et à ma grande surprise, il m'a répondu: «Jean ne manquerait pas ça pour tout l'or du monde. Il arrive demain matin.» Puis quand je lui ai demandé si je pouvais interviewer le Gros Bill, Michel Belliveau m'a répondu: «Amène-toi demain en début d'après-midi, on va t'attendre.»

Je n'en croyais pas mes oreilles.

Mais je n'ai pas attendu au lendemain après-midi pour me rendre à ce rassemblement. J'y suis plutôt allé le matin afin d'être présent à l'arrivée de Jean Béliveau. Si je suis pour obtenir une entrevue avec lui, me suis-je dit, je dois le rencontrer avant que la toute la famille arrive et qu'il n'ait plus de temps pour moi.

Et le lendemain, vers midi, j'étais assis sur le bord de la mer en compagnie du légendaire Jean Béliveau. Juste lui et moi. Une scène et un moment que je n'oublierai jamais de ma vie.

"*

Non, Jean Béliveau n'était pas Acadien. Mais du sang du pays de La Sagouine coulait dans ses veines. Voici ce qu'il m'avait expliqué à ce sujet:

«Tous les Belliveau et Béliveau du Canada sont des descendants d'Antoine Belliveau, un Français qui est venu s'établir à Port-Royal (Nouvelle-Écosse) en 1642, 115 ans avant le Grand Dérangement.»

Le Gros Bill retournait souvent dans ce coin acadien de la Nouvelle-Écosse. Invité une première fois en 1970 pour une partie de pêche au thon avec son bon ami Normand Belliveau, la vedette du Canadien de Montréal était tombé amoureux de la place et de ses gens.

«J'ai voyagé beaucoup dans ma vie, m'avait-il raconté. Et j'ai eu le privilège de rencontrer des milliers de gens. J'ai été choyé par la vie. Mais les Acadiens - et c'est cliché ce que je vais dire mais c'est vrai - les Acadiens sont les gens les plus chaleureux et hospitaliers que je connaisse. Ils vous saluent et leurs yeux sont tellement sincères que ça me touche chaque fois. Et j'adore leur joie de vivre. C'est gens-là prennent le temps de vivre, c'est ce que j'admire d'eux.»

Notre entretien a duré environ une heure. J'aurai voulu qu'il dure un an. Y a de ces rares moments dans la vie qu'on aimerait tellement éterniser. Cette rencontre sur le bord de la mer avec le légendaire Jean Béliveau en est un.

Et parce que je me rappelle toujours de ce moment comme si c'était hier, je me dis qu'il s'est peut-être éternisé en moi après tout.

«Es-tu dans le coin pour un bout de temps?, m'avait demandé M. Béliveau à la fin de notre entretien.

- Quelques jours encore, lui avais-je répondu. Je prends le week-end de congé avec ma blonde qui m'accompagne (nous étions un vendredi). Et la semaine prochaine, je déménage dans le coin de Port-Royal, justement, pour une autre série de reportages là-bas.

- Ah, ta femme t'accompagne. Que faites-vous demain (samedi)?

- Nous n'avons pas de plans précis.

- Élise (son épouse) et moi allons faire une excursion de bateau dans la Baie de Fundy. Le port se trouve à Yarmouth, à une heure d'ici. Ce tour de bateau est un attrait touristique très couru. Nous y allons chaque fois que nous venons dans le coin. Les paysages vus de la mer sont magnifiques. Voulez-vous vous joindre à nous? C'est une excursion d'une demi-journée.»

Quand j'ai dit à Manon que nous allions passer une bonne partie de notre samedi en bateau en compagnie de Jean Béliveau et de son épouse, elle a cru que j'avais la berlue.

Et moi aussi...

"*

À mon retour au bureau à Ottawa, j'ai fait laminer les reportages préparés en Nouvelle-Écosse afin de les offrir à tous les gens que j'avais rencontrés là-bas et qui m'avaient accordé un peu de leur temps. C'était ma façon de les remercier. Et avec la complicité de mon amie Denise Comeau, la directrice de l'hebdo Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, ces textes laminés ont été acheminés à tous ces gens.

Quelques semaines plus tard, j'ai reçu un appel à mon bureau de Jean Béliveau. Il avait bien reçu le reportage à son sujet et il m'appelait pour me remercier de lui avoir fait parvenir.

Le légendaire Jean Béliveau prenait une minute de son temps pour m'appeler et me remercier...

Quelle classe il avait ce grand homme.

Merci, M. Béliveau.

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