Un ami de retour à la maison

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Alfie! Alfie! Alfie!

Oh! Qu'on entendra ces cris demain soir au Centre Canadian Tire. J'ai hâte d'entendre et de voir ça.

Non, je ne serai pas à l'autre bout de la 417 demain pour assister au match des Sénateurs d'Ottawa contre les Islanders de New York. J'y vais très rarement, malgré mon titre très, très sérieux d'Ambassadeur officiel des Sénateurs.

Comme je dis toujours: «trop loin, trop de trouble et trop cher». Je serai plutôt dans mon confortable fauteuil à la maison. «Pas loin, pas de trouble et pas cher». Et j'ai hâte.

J'ai hâte de le revoir. Comme un vieil ami qu'on retrouve après que la vie nous ait séparés trop longtemps.

«Mais de qui parles-tu, Gratton?», me demandent ceux qui se fichent royalement du hockey.

Je vous parle de Daniel Alfredsson, l'ancien capitaine des Sénateurs qui devrait annoncer sa retraite, demain soir, devant les partisans qui l'ont acclamé et vénéré pendant 17 ans.

Si la rumeur s'avère vraie, Alfie prendra part à la période d'échauffement, vêtu de l'uniforme des Sens. Et il aura auparavant signé un contrat symbolique d'une journée avec «son» équipe afin de se retirer comme Sénateur d'Ottawa. On dit même qu'il prendra part à la mise au jeu protocolaire avec le capitaine des Islanders, John Tavares. Tout ça reste à voir. Et j'ai hâte.

Pourquoi cette adulation envers un «simple» joueur de hockey? Parce que justement, il était plus qu'un «simple» joueur de hockey. Beaucoup plus.

Alfie était - et est toujours - un homme de valeur. Un leader. Un gars qui prêchait par l'exemple. Un gars qui n'a jamais oublié ses origines et qui est demeuré humble malgré le succès qu'il a connu dans la Ligue nationale de hockey (LNH).

J'ai pris le lunch avec lui il y a six ans. Je vous l'ai déjà raconté. Et ce que je retiens surtout de notre entretien, c'est le bout où il m'a parlé de ses parents. Du courage et de la force de caractère de sa mère handicapée qui se déplace en fauteuil roulant, ainsi que des valeurs que son père et sa mère lui ont inculquées. Voici ce qu'il avait dit:

«Ils m'ont appris à être honnête, à travailler fort et à toujours être respectueux envers les autres. C'était tellement important pour eux que je grandisse avec ces trois valeurs. Je pense qu'ils me les répétaient chaque jour.»

Ce n'est pas un «simple» joueur de hockey qui sera sur la patinoire d'Ottawa demain. C'est un ami qui rentre à la maison.

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Certains le voient déjà comme le successeur de Bryan Murray au poste de directeur général des Sens.

Mais là, je pense qu'on s'emporte un peu. Un excellent joueur de hockey ne devient pas nécessairement un excellent «homme de hockey». Après avoir accroché ses patins, «la merveille» Wayne Gretzky n'a pas connu beaucoup de succès comme entraîneur-chef des Coyotes de Phoenix. Le grand Larry Robinson a frôlé la dépression nerveuse durant ses jours derrière le banc des Devils du New Jersey.

Et souvenez-vous de Maurice Richard à la barre des Nordiques de Québec lorsque ceux-ci évoluaient dans la défunte Association mondiale de hockey, avant de passer à la LNH en 1979. Le Rocket fut le tout premier entraîneur-chef des Nordiques. Mais son règne n'a duré que... deux parties. Après ces deux matches, il a remis sa démission, incapable de supporter la pression qu'engendre ce poste.

Ce n'est pas donné à tous, bref.

Alfie était tout un leader, oui. Sur la glace. Il n'était pas le genre à se lever dans le vestiaire pour dire sa façon de penser à ses coéquipiers. Mais dès qu'il sautait sur la patinoire, il se défonçait. Et les plus jeunes joueurs sur le banc - les plus vieux aussi - n'avaient d'autre choix que de l'imiter.

Pourrait-il transmettre sa passion et sa fougue de son siège de directeur général sur la passerelle du Centre Canadian Tire? Permettez-moi d'en douter.

Oui, il serait le choix sentimental de tous les partisans des Sénateurs d'Ottawa. On veut Daniel Alfredsson dans l'entourage de l'équipe. Il ne peut qu'être une influence positive.

Mais de là à lui confier la tâche de construire une équipe de hockey compétitive et aspirante à la coupe Stanley? Encore une fois, permettez-moi d'en douter.

Mais qui sait? Peut-être fait-il ses classes depuis un certain temps. Peut-être qu'Alfie a toujours rêvé d'occuper un tel poste dans la LNH après sa retraite comme joueur. Peut-être est-il prêt. Et comme Ambassadeur officiel des Sénateurs d'Ottawa, je le souhaite. Je le souhaite s'il se dit prêt à assumer ce rôle.

Mais si le propriétaire Eugene Melnyk lui offre ce poste uniquement par amitié et gratitude, il se trompera.

Puis, de toute façon, Alfie le refusera. Il n'est pas le genre d'homme qui accepterait un tel cadeau pour s'enfler la tête, sachant qu'il n'a pas les qualifications nécessaires pour accéder aux grands honneurs.

Il ne ferait jamais ça à SON équipe.

Re-bienvenue chez toi, Alfie.

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