La perte de Lorraine

André Vermette est inconsolable depuis la mort de... (Martin Roy, LeDroit)

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André Vermette est inconsolable depuis la mort de sa femme, Lorraine.

Martin Roy, LeDroit

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Lorraine Vermette aurait-elle pu être sauvée? On ne le saura jamais. Mais depuis la mort soudaine de cette Gatinoise de 64 ans, survenue lundi le 17 novembre, il y a une semaine, son mari est inconsolable.

Inconsolable, mais aussi furieux, désemparé et complètement renversé par ce qui s'est produit à l'Hôpital de Gatineau dans les heures précédant la mort de sa femme.

«J'ai honte de notre système de santé», a lancé André Vermette en essuyant ses larmes.

Dans la nuit de dimanche à lundi dernier, Lorraine Vermette a commencé à ressentir une immense douleur à la poitrine. Une douleur insupportable.

«On a tout de suite cru qu'il s'agissait d'un arrêt cardiaque, raconte son mari. Donc j'ai appelé le 911 et l'ambulance est arrivée une quinzaine de minutes plus tard. Les ambulanciers ont utilisé leurs appareils et ils ont pu constater que le coeur de mon épouse battait normalement. Mais ma pauvre Lorraine était faible, blême et en sueur. Elle souffrait énormément.»

M. Vermette a demandé aux ambulanciers si son épouse pouvait être transportée à l'Hôpital d'Ottawa plutôt qu'à un hôpital de Gatineau. «Ma femme parlait très bien le français, explique-t-il. Mais elle était originaire de Cornwall et elle était plus à l'aise en anglais. Et dans une situation comme celle-là, on veut comprendre clairement ce qui se passe et ce que les médecins nous disent. Mais les ambulanciers ont refusé de la transporter à Ottawa. Ils nous ont dit qu'ils devaient se rendre à l'hôpital le plus près de chez nous, donc à l'Hôpital de Gatineau.»

Lorraine Vermette a été admise à l'urgence et placée dans un simple lit parmi d'autres lits occupés. «C'était tellement tassé dans cette salle que je n'avais pratiquement pas de place pour bouger», se souvient M. Vermette.

On a d'abord procédé à des tests pour vérifier le coeur de la patiente. Quelques heures plus tard, un médecin a demandé qu'une échographie soit faite, soupçonnant un problème à la vésicule biliaire. Mais rien.

«Et de test en test, ma femme souffrait de plus en plus, reprend M. Vermette. Donc on lui a donné un peu de morphine, ce qui la rendait malade. Et c'était long tout ça. Le test, l'attente des résultats, un autre test, puis une autre attente. De prise de sang en prise de sang. De plancher en plancher. Puis de retour à l'urgence. Puis d'autre morphine. Tout ça pendant que les heures s'écoulaient. Mais ce qui m'a le plus frappé, c'est l'arrogance et l'attitude blasée du personnel de l'urgence. C'était abominable!»

Vers 16h lundi après-midi, soit près de 14 heures après l'arrivée de Mme Vermette à l'urgence de l'Hôpital de Gatineau, un médecin que M. Vermette n'avait pas vu de la nuit et de la journée a demandé que la patiente passe un test d'imagerie par résonance magnétique. Et c'est en effectuant ce test qu'on a pu constater une fissure à l'aorte.

«Et là les choses ont rapidement bougé, se rappelle M. Vermette. Ma femme devait être immédiatement transportée d'urgence à l'Institut de cardiologie d'Ottawa. La situation était grave et le temps pressait.

«Donc j'ai dit à Lorraine que j'irais la rejoindre le plus rapidement possible à cet Hôpital d'Ottawa. Je devais passer chez nous nourrir nos deux chiens, laisser la clé au voisin et chercher quelques effets personnels de Lorraine. Parce que je savais qu'elle allait être opérée d'urgence et qu'elle serait à l'hôpital pendant un certain temps.»

Mais M. Vermette ne pouvait s'imaginer ce qui l'attendait à son arrivée à l'Institut de cardiologie.

«On m'a indiqué dans quelle salle Lorraine se trouvait, raconte-t-il. Quand je suis entré dans cette pièce, ma femme était dans un lit entourée d'une douzaine de personnes qui tentaient de la réanimer. Elle avait des tubes branchés un peu partout sur son corps. Un médecin lui pompait la poitrine pour tenter de la réanimer. J'ai tenté de m'approcher mais on m'a vite repoussé. Alors je criais à ma femme: 'lâche pas! Tu vas passer à travers Lorraine! T'es forte, je suis là! Lâche pas!'. Mais il était trop tard. L'aorte avait éclaté. Et quand j'ai vu le visage de Lorraine, j'ai vu l'agonie et la douleur dans son regard. Je n'avais jamais vu une expression de souffrance comme celle-là. Elle a dû souffrir comme personne n'a jamais souffert. Ma pauvre Lorraine...», a soufflé M. Vermette avant de fondre en larmes.

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Lorraine Vermette aurait-elle pu être sauvée si on avait immédiatement décelé la fissure à l'aorte?

«Peut-être, répond M. Vermette. Mais on m'a dit qu'une personne dans cette situation doit être opérée dans les 30 à 45 minutes qui suivent. Mais je ne sais pas, je ne suis pas médecin.

«Mais il me semble que l'Hôpital de Gatineau aurait dû avoir un mécanisme en place pour lui donner une chance de survivre. Il faut un mécanisme pour prévenir d'autres morts comme celle de ma femme. Il faut un mécanisme pour déceler rapidement une condition de crise.

«Je crois que le système de santé a failli à la tâche dans le cas de ma femme. Je ne dis pas qu'on l'aurait sauvée. Mais elle aurait au moins eu une chance. Ce qui s'est passé à l'urgence de l'Hôpital de Gatineau lundi dernier n'est pas normal. Quatorze heures à l'urgence pour une personne souffrante comme ma femme souffrait n'est pas normal. On n'a pas vu les drapeaux rouges qui se levaient, on a échappé le ballon. Et à cause de tout ça, ma Lorraine est morte.

«Une femme de 64 ans qui était douce, gentille et généreuse, qui commençait à peine à profiter de sa retraite après une longue carrière comme infirmière, est morte. Peut-être inutilement. J'ai honte de notre système de santé.»

Les funérailles de Lorraine Vermette se tiendront samedi à Cornwall.

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