Fou comme un balai

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Je ne sais pas où il va, mon balai à neige.

C'est comme ça chaque automne à la première neige. Je fouille dans ma voiture, je cherche, je recherche. Puis je fouille dans la maison, je cherche, je recherche. Rien à faire. Le balai à neige a miraculeusement disparu. Encore une fois.

Je soupçonne que toutes les brosses à neige égarées se retrouvent au même endroit que les bas perdus dans une lessive. Il y a un mystérieux endroit dans ce monde - comme un grand trou noir - où s'accumulent depuis des décennies les balais à neige et les bas solitaires.

Donc que fait-on quand la voiture est recouverte de neige et que le balai à neige a disparu? C'était mon dilemme, hier matin.

J'aurais pu, j'imagine, rentrer pour aller chercher le balai pour la maison et l'utiliser pour déblayer Gina la Kia. Mais je sais que Manon ne m'aurait pas laissé faire. Je l'entendais me demander: «Et je vais faire quoi, moi, si je dois passer le balai?».

Je lui aurais sûrement répondu quelque chose comme: «Utilise Bibi la chatte. Tu n'as qu'à l'attacher au bout d'un bâton de golf et le tour est joué». Mais c'est à ce point-là que la chicane aurait éclaté. Donc pas une bonne idée.

Alors on fait quoi?

C'est bien simple. On utilise une chose qui nous est rendue complètement inutile: une carte. Oui, une carte. Une carte routière.

J'en ai une bonne douzaine dans ma voiture. Toutes tassées comme des sardines dans un compartiment de la porte du conducteur. Elles sont là depuis toujours. Des cartes de la Nouvelle-Écosse, de la province de Québec, de la ville de Québec, du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario, de Toronto,etc.. Nommez-les, je les ai toutes.

Parce qu'à l'époque, c'est avec ces cartes qu'on se guidait en milieu peu connu ou totalement étranger. On dépliait la carte, on trouvait les directions à suivre, puis on la repliait tant bien que mal.

C'était avant les «GPS» et les «directions Google». Aujourd'hui, c'est un jeu d'enfant de trouver le trajet idéal pour se rendre du point A au point B. Un appareil nous donne les directions exactes à voix haute.

Mais à l'époque des cartes, on y allait «à peu près», presque au pif. Et la même conversation entre ma blonde et moi dans la voiture se répétait, peu importe la destination:

«Connais-tu les directions, Denis, pour te rendre à Toronto?

- Par coeur, Manon.

«Et tu sais quelles rues emprunter une fois là-bas pour se rendre directement à notre hôtel?»

- Je sais comment me rendre à Toronto, Manon. Mais non, je ne suis pas sûr du trajet à emprunter pour l'hôtel.

«Alors que vas-tu faire?

- Je vais faire comme d'habitude. Je vais m'arrêter à une station-service et je vais demander.»

C'était parfait comme système. Ça me donnait la chance de jaser avec quelqu'un de la place, un garagiste la plupart du temps. Et les innombrables fois où nous nous sommes perdus nous ont permis de voir des endroits que nous n'aurions probablement jamais visités.

Mais plus maintenant. Aujourd'hui, il est presque impossible de se perdre. Et les cartes routières sont devenues quasi désuètes.

Donc on fait quoi avec ces cartes? On les utilise comme balais à neige.

C'est ce que j'ai fait hier matin. Le Nouveau-Brunswick a déneigé le pare-brise. La Nouvelle-Écosse s'est chargée des vitres et des portières. Et la ville de New York s'est occupée du reste.

Et ce matin, mon GPS m'a indiqué le chemin à emprunter pour me rendre au Canadian Tire le plus près pour aller me procurer un balai à neige... qui aura disparu l'automne prochain quand les premiers flocons tomberont.

Je me demande si Google connaît les directions pour le grand trou noir où se retrouvent les balais à neige et les bas solitaires.

Je m'assagis, vous ne trouvez pas? Je viens d'écrire plus de 600 mots sur la neige et sur l'arrivée de l'hiver et je ne me suis pas emporté une seule fois.

C'est qu'il est trop tôt. Je ne déteste pas l'hiver «pré-Noël». Au contraire. Les décorations, les lumières, la musique de Noël, le réveillon, la parenté, les amis. Tout ça est bien beau.

C'est après que ça se gâte, durant l'hiver «post-Noël». Quand les grands froids de janvier et de février s'installent et que l'hiver nous semble encore une fois interminable. C'est là que je deviens impatient, irritable et d'une humeur massacrante.

C'est là que je veux flusher mes amis facebookiens qui capotent sur le ski et qui mettent sur Facebook des photos d'eux-mêmes en train de dévaler les pentes. C'est là que je veux flusher les autres qui y mettent leurs photos captées sur une plage des Caraïbes.

C'est là - lors de la dernière tempête de neige de mars - que je fracasse mon balai à neige en... mille... morceaux...

Ça me revient. Je me souviens maintenant où est passé mon balai à neige.

Mais c'est plus fort que moi l'hiver. Chaque mois de mars, j'en perds la carte...

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