La dernière lettre

Johanne Bléoo tient la photo de son grand-oncle,... (Étienne Ranger LeDroit)

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Johanne Bléoo tient la photo de son grand-oncle, Alexandre, mort au combat le 6 juin 1944.

Étienne Ranger LeDroit

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Chers Maman et Papa,

«J'espère que vous recevrez cette lettre. Vous devrez m'excuser de ne pas avoir écrit avant. J'ai reçu la photo de Papa et je dois le féliciter, il paraît bien, et j'ai montré la photo à tous mes frères d'armes.

«En peu de temps maintenant, j'ai fait quelque chose de bien dans ma vie, pour faire changement. Chère Maman, je vais essayer de faire autant que Papa a fait dans la Première Guerre mondiale. J'ai reçu une lettre d'Eugène et sa femme. Je suis content de savoir qu'il est marié maintenant. Je suis sûr que ça va faire un gros changement dans sa vie. Je souhaite qu'il soit aussi heureux que Jack quand il a choisi sa femme.

«Bien chère Maman et Papa, je voudrais saluer et dire à mes frères et soeurs que je les aime tous. Ce matin, j'ai reçu la bénédiction et j'ai fait la paix avec le bon Dieu.

«De votre fils Alexandre qui vous aime».

"*

Cette lettre, Alexandre Bléoo, 27 ans, d'Eastview (Vanier), l'a écrite le 6 juin 1944. Quelques heures, peut-être même quelques minutes plus tard, lui et ses frères d'armes débarquaient sur la plage Juno en Normandie.

Le débarquement en Normandie des troupes alliées durant la Deuxième Guerre mondiale, ou le Jour J, le 6 juin 1944, est un moment historique qui allait coûter la vie à 1063 soldats canadiens ce jour-là.

Alexandre Bléoo était de ce nombre. Cette lettre écrite à ses parents sera sa dernière.

Johanne Bléoo, de Buckingham, a conservé cette lettre de son oncle Alexandre. Tout comme elle a conservé sa photo et de nombreux autres souvenirs de lui.

«Quand j'avais cinq ans, se souvient-elle, j'allais chez mes grands-parents Bléoo à Vanier et j'étais toujours intriguée par cette photo d'un soldat canadien accrochée sur un mur du corridor. Je trouvais ce soldat tellement beau et élégant. Je me souviens d'avoir demandé à mon père qui était ce monsieur sur la photo. C'est à ce moment-là que j'ai appris l'histoire de mon oncle Alexandre.

«C'était un jeune homme issu d'une famille pauvre de 13 enfants. Il n'avait pas été choyé par la vie, mais il avait beaucoup d'amour pour ses parents. En 1939, il a décidé de s'enrôler dans l'armée canadienne pour avoir un bel avenir et reprendre sa vie en main.

- Pourquoi pensez-vous qu'il a écrit dans sa lettre à ses parents qu'il a fait quelque chose de bien dans sa vie, pour faire changement?

«C'était une famille très pauvre. Et Alexandre allait parfois dans le marché By voler de la nourriture pour sa grand-mère. Il avait volé un poulet une fois pour que sa famille puisse manger et il s'est fait prendre. Je crois qu'il a fait un jour de prison pour ce vol. C'était des temps difficiles. Et mon oncle Alexandre voulait refaire sa vie dans l'armée, se reprendre en main. Il était très courageux. Mais il est décédé sur la plage Juno, en Normandie, le 6 juin 1944. Si j'ai tout conservé de lui, c'est pour que mes deux fils et mes petits-enfants connaissent eux aussi l'histoire de leur grand-oncle.»

- Comment vos grands-parents ont-ils appris que leur fils avait été tué en Normandie?

«Ils ont reçu une lettre de l'armée. Et mon père, qui était alors âgé de 13 ans, se souvient qu'il a entendu sa mère pleurer et crier au désespoir quand elle a lu cette lettre. La mort d'Alexandre a aussi été un moment très difficile pour mon père. Il était très proche de son grand frère et il l'aimait beaucoup. Dans les mois qui ont suivi, mon père allait chaque jour à la gare centrale sur la rue Rideau pour voir les soldats qui revenaient de la guerre. Il avait toujours espoir que son grand frère allait revenir et il s'imaginait le serrer dans ses bras. Mon père n'a jamais accepté la mort de son frère.»

«Un jour, poursuit Mme Bléoo, le bon ami de mon oncle Alexandre qui était à ses côtés lors du débarquement en Normandie, est venu raconter à la famille les dernières heures d'Alexandre. Il nous a dit que mon oncle était l'un des premiers à débarquer du bateau et qu'il a été atteint sur la plage par un obus. Il est mort sur le coup. L'ami de mon oncle Alexandre était bouleversé parce qu'il n'avait pu rien faire pour le sauver.»

Johanne Bléoo a un rêve. Celui de se rendre en Normandie un jour et marcher sur la plage où son oncle a rendu l'âme.

«J'aimerais aller déposer des fleurs sur sa tombe (dont elle a la photo) car mon père, qui est décédé il y a trois ans, n'a jamais eu la chance d'y aller, bien qu'il en ait toujours rêvé lui aussi. J'aimerais juste aller dire merci à mon oncle Alexandre. Merci d'avoir donné sa jeunesse et sa vie pour nous léguer un monde meilleur. Et je lui dirais que mes enfants et mes petits-enfants connaissent eux aussi son histoire, qu'il sera notre héros pour toujours, et qu'il ne sera jamais oublié.»

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