A-t-on déjà oublié Montfort?

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Il y a plusieurs années, durant la lutte de S.O.S. Montfort et de la communauté franco-ontarienne pour sauver l'hôpital Montfort d'une fermeture annoncée par le gouvernement conservateur de l'époque, j'avais réalisé une entrevue avec l'ancien premier ministre, Jean Chrétien.

Et à une question sur la francophonie ontarienne, je me rappelle clairement qu'il m'avait répondu: «Vous être trop complaisants, vous, les Franco-Ontariens. Vous ne demandez jamais d'être servis dans votre langue, vous passez automatiquement à l'anglais. Vous devriez insister pour être servis en français.»

Je ne pouvais que lui donner raison. Nous sommes parfois, souvent même, trop complaisants. Je généralise, je sais. Certains insistent pour être servis dans leur langue. Michel Thibodeau (et son épouse Lynda), qui a mené une lutte de 14 ans contre Air Canada, en est l'exemple parfait. Et on doit lui lever notre chapeau.

Il aurait pu tout abandonner par simple épuisement et découragement. Il aurait pu être complaisant.

Mais comme M. Thibodeau m'a dit quand je l'ai rencontré il y a deux ans: «J'avais deux choix. Défendre mes droits ou baisser les bras. Et cette dernière option n'existe pas dans mon livre. Parce que si je baisse les bras, ce seront tous les francophones du Canada qui perdront leurs droits. Et je ne pourrais pas vivre avec ça.»

La semaine dernière, lorsque la Cour suprême du Canada a confirmé les obligations linguistiques du transporteur aérien selon la Loi sur les langues officielles, mais en rejetant du même coup les dommages-intérêts sur les vols internationaux dans la cause opposant les Thibodeau à Air Canada, les commentaires francophobes se sont multipliés sur les réseaux sociaux. On se disait, en général, bien content que ce chiâleux Thibodeau ne toucherait pas un sou noir.

Le contraire m'aurait surpris. Dès que les francophones se tiennent debout, un tollé de commentaires négatifs, francophobes et haineux à notre égard se font entendre. On s'y habitue.

Mais quand ces commentaires proviennent de francophones ou de francophiles, ça blesse un peu plus. Ça fait mal. Et en pensant à la saga Montfort, on ne peut que se demander: «a-t-on déjà oublié Montfort?»

Lorsque le verdict a été rendu dans la cause de Michel Thibodeau, un quotidien anglophone a sous-titré Their rights were violated when they couldn't order pop in French, but they're not getting 12000$. (Leurs droits ont été violés quand ils n'ont pu commander une liqueur douce en français, mais ils ne recevront pas 12000$).

On sait bien que cette affaire va beaucoup plus loin qu'un simple 7-Up commandé en français par M. Thibodeau à bord d'un vol d'Air Canada. Mais certains médias anglophones aiment bien réduire cette histoire à cette banalité pour discréditer M. Thibodeau.

En commentant cet article, un homme a écrit ceci sur Facebook:

«Seriously? I am a huge supporter of bilinguilism and the rights of Francophone minority being upheld, but seriously? And we wonder why airfare costs so much!»

(Traduction libre: Vraiment? Je suis un grand défenseur du bilinguisme et des droits de la minorité francophone, mais vraiment? Et on se demande pourquoi les billets d'avion coûtent si cher!)

Si je comprends bien, cet homme trouvait ridicule et exagéré qu'un dédommagement de 12000$ ait été exigé par Michel Thibodeau parce que ses droits n'ont pas été respectés.

Et dans un autre commentaire sur Facebook toujours écrit en anglais par ce même homme on peut lire (traduction): «Je sais que cette affaire n'a pas été causée par un 7-Up commandé en français, et je crois que cet article (dans le quotidien anglophone en question) mélange deux choses complètement différentes. Mais on ne connaît pas tous les détails. Peut-être que l'agent de bord bilingue a pris un congé de maladie ce jour-là et qu'Air Canada n'avait d'autre choix que d'offrir un vol unilingue ou tout simplement annuler ce vol.»

Cette complaisance encore...

Comme si on se disait: C'est un vol unilingue? Pas grave. Je comprends ça. L'agent de bord bilingue doit être malade aujourd'hui. Mais peut-être que je serai plus chanceux la prochaine fois et que je pourrai être servi dans ma langue. D'ici là, oublions ça et passons à l'anglais.

C'est de cette façon que l'assimilation progresse depuis des décennies, cher monsieur sur Facebook. Par cette complaisance, cette débonnaireté, cette capitulation.

Pourquoi ai-je souligné les commentaires écrits par cet homme plutôt que de m'arrêter aux nombreux commentaires haineux qu'on pouvait lire sur les réseaux sociaux à la suite du jugement de la Cour suprême?

Parce que l'homme en question est... cadre à l'Hôpital Montfort.

A-t-on déjà oublié Montfort?

L'Institut et Mme Meilleur

En terminant, un commentaire obtenu hier de la Procureure générale de l'Ontario, Madeleine Meilleur, sur l'Institut canadien-français d'Ottawa qui refuse aux femmes l'adhésion à ce club privé:

«Cette politique d'adhésion qui date de plus de 160 ans est issue d'une autre époque. J'invite l'Institut canadien-français d'Ottawa à harmoniser sa politique d'adhésion avec la réalité d'aujourd'hui. Si le temps me le permettait, je considérerais la possibilité de devenir membre de ce club lorsqu'il aura modernisé ses politiques et pratiques.»

Votre réponse, messieurs de l'Institut?

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