Plaidoyer pour les femmes

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En juin dernier, l'avocat franco-ontarien, MeRonald Caza, a accepté la présidence d'honneur à vie de l'Institut canadien-français d'Ottawa (ICF), une institution franco-ontarienne fondée en 1852 qui a eu comme tout premier président d'honneur l'ancien premier ministre du Canada, Sir Wilfrid Laurier. MeCaza succédait à ce titre à l'ancien maire de Hull et président de la Commission de la capitale nationale, (feu) Marcel Beaudry.

Mais Me Caza a renoncé à cette présidence d'honneur de l'ICF il y a quelques jours. Parce que selon lui, les critères d'admissibilité de cette institution sont discriminatoires envers les femmes.

En acceptant cet honneur en juin, Me Caza a imposé une condition aux quelque 700 membres (350 actifs) de l'ICF: que l'Institut procède à un référendum pour changer sa constitution afin de permettre aux femmes de devenir membres. L'ICF a accepté cette condition.

Non, aussi incroyable soit-il en 2014, les femmes ne peuvent devenir membre de l'ICF. Et ce, depuis 162 ans.

La Procureure générale de l'Ontario, Madeleine Meilleur, se verrait refuser l'adhésion à ce club privé. Tout comme la présidente du mouvement S.O.S. Montfort, Gisèle Lalonde, la juge de la Cour suprême du Canada à la retraite, Louise Charron, et la rectrice de l'Université Saint-Paul, Chantal Beauvais, pour ne nommer que ces grandes dames de la francophonie ontarienne.

Voici ce qu'on peut lire sur le site Web de l'ICF sous «critères d'admissibilité»: «L'aspirant doit être du sexe masculin, avoir atteint l'âge majoritaire, parler le français couramment, être de religion catholique, et de bon caractère». Ça a le mérite d'être clair...

Ronald Caza a appris il y a deux semaines que l'ICF a refusé de tenir un référendum sur la question. Sa seule condition n'ayant donc pas été respectée, Me Caza a renoncé à son titre de président d'honneur à vie.

«Il est si évident qu'une organisation de bienfaisance aujourd'hui ne peut en aucune circonstance exclure des membres pour des motifs tels le sexe ou l'origine raciale», a écrit l'avocat dans une longue lettre de démission adressée au président de l'ICF, Roger Rocque, et dont LeDroit a obtenu copie. Et Me Caza d'ajouter:

«L'Institut se veut une association de la communauté franco-ontarienne qui regroupe des chefs de file et les autres membres de la communauté pour réaliser, entre autre, des projets de bienfaisance. [...] De penser que ma petite-fille pourrait me demander: 'grand-papa, qu'est-ce que je dois faire moi quand je serai grande pour devenir membre de l'Institut dont tu es président d'honneur?', et que la réponse serait: 'tu ne pourras jamais devenir membre de l'Institut parce que tu es une fille'[...] la question ne se posera jamais parce que je ne pourrai être affilié à une organisation qui n'a que cette réponse à donner à une telle question».

D'un point de vue professionnel, il a écrit:

«[...] Tous les avocats et avocates de l'Ontario doivent respecter le Code de déontologie du Barreau, qui inclut l'obligation de s'assurer de ne pas participer à des pratiques discriminatoires, incluant dans leurs relations professionnelles. Comment réconcilier cette obligation (tout en étant) membre d'une association qui exerce une discrimination évidente basée sur le sexe?».

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Le président de l'ICF, Roger Rocque, a expliqué hier pourquoi les membres de cette institution ont refusé de tenir un référendum sur la question. Soulignant d'abord qu'il aurait souhaité que cette affaire ne soit pas rendue publique, il a dit:

«Le conseil d'administration de l'Institut et une bonne partie des membres consultés ne voyaient pas la nécessité de tenir un référendum. Ils préféreraient qu'une telle demande provienne des membres, et non de l'extérieur.»

Questionné à savoir s'il est personnellement pour ou contre cette politique jugée discriminatoire par l'avocat Caza, M. Rocque a répondu qu'il préférait ne pas se prononcer pour l'instant. «Avant de dire quoi que ce soit, je veux m'assurer que tous les membres aient obtenu une copie de la lettre de M. Caza. Je leur ai fait parvenir par courriel, mais certains n'ont pas accès à un ordinateur, je dois donc mettre ces lettres à la poste. Je veux aussi parler à mon conseil d'administration avant de commenter.»

Mais selon le président de l'ICF, les portes de cette institution sont ouvertes aux femmes, et ce, depuis plusieurs années. «Les femmes peuvent participer à toutes les activités de l'ICF, a-t-il expliqué. Il suffit d'être accompagné d'un membre (la même politique s'applique aux hommes qui ne sont pas membres). Ça peut être l'épouse d'un membre, une cousine, une soeur, une amie, peu importe. On compte, par exemple, plusieurs veuves de membres décédés qui font partie de la ligue de poche de l'ICF. Plusieurs femmes prennent part à l'organisation et à l'activité Noël des enfants. Ce ne sont que deux exemples. Les femmes jouent un rôle actif au sein de l'Institut. Les portes leur sont ouvertes. La seule chose, c'est qu'elles ne peuvent devenir membres.»

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