Le monde est fou

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À l'heure du midi, le marché By à Ottawa bourdonne habituellement de touristes, de fonctionnaires, de badauds. Les restaurants sont pleins, les marchands de légumes font des affaires d'or, tout comme les diverses boutiques.

Mais hier midi, l'endroit était désert. La grande majorité des restaurants avaient fermé leurs portes. Les maraîchères parties chez eux. Les employés des édifices à bureaux du secteur étaient confinés à leur lieu de travail, les travailleurs du Droit ne faisant pas exception. Le Centre Rideau, évacué. La ville était assiégée.

Une scène surréelle.

Les réseaux sociaux se sont enflammés vers 9h45, peut-être 10h. Tout le monde s'inquiétait d'un proche ou d'un ami qui travaille dans le centre-ville d'Ottawa. Et avec raison. On nageait dans le mystère.

Y a-t-il un seul agresseur? Non, ils seraient maintenant deux. Attendez, une autre fusillade viendrait de survenir au Centre Rideau. Ils seraient donc trois hommes armés. Peut-être même quatre. Non, c'est faux, dit la police d'Ottawa, il n'y aurait pas eu de fusillade au Centre Rideau. Les suspects sont-ils des terroristes? Des détraqués? On ne sait pas encore. La situation changeait de minute en minute. La confusion totale, quoi.

"*

«Je pense à ma femme enceinte et ce bébé qu'on attend si impatiemment, m'a dit un ami, l'air dépité.

- Travaille-t-elle au centre-ville?, que je lui ai demandé.

- Non. Elle est à la maison, en sécurité. C'est plutôt elle qui s'inquiète pour moi.

- Alors qu'est-ce qui ne va pas?

- Bof... Avec tout ce qui se passe dernièrement, et avec cette fusillade ce matin, je me demande dans quelle sorte de monde mon enfant grandira.»

J'imagine qu'il n'est pas le seul à se poser cette question ce matin. Quelle sorte de monde sommes-nous en train de léguer à nos enfants?

Un monde un peu fucké, c'est le cas de le dire. Un monde dans lequel on ne voit plus la fin des conflits, des guerres, des meurtres, des malheurs, de la haine.

Mais j'imagine que les gens se sont posé la même question durant la Deuxième Guerre mondiale. Ou durant la Grande Dépression des années 1930. Certes dans les jours qui ont suivi le 11 septembre 2001.

Quelle sorte de monde sommes-nous en train de léguer à nos enfants?

Ça dépend de nous, j'imagine. De chacun de nous.

Comme j'ai dit à mon collègue qui s'inquiète pour l'avenir de son enfant à naître: «Si ton enfant grandit pour être à l'image de ta femme et toi, le monde ne pourra qu'être meilleur».

"*

La couverture du Droit de ce matin est complète. Pratiquement toute l'équipe de la rédaction a été mobilisée pour vous rapporter les faits de ce drame dans les moindres détails. Et on en saura encore plus sur cette tragédie au cours des prochains jours. Parce que plusieurs questions restent sans réponse.

Puis on oubliera. La vie reprendra son cours, l'hiver s'installera, on aura bientôt la tête aux Fêtes, puis on oubliera.

On oubliera qu'un militaire a été tué le matin du 22 octobre 2014 devant le Monument commémoratif de guerre du Canada...

Triste ironie.

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