Risquer leur vie pour protéger leurs élèves

Josée Pilotte, Rachel Lacroix-Pilon et Janelle Lanoix ont... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Josée Pilotte, Rachel Lacroix-Pilon et Janelle Lanoix ont reçu la Médaille de bravoure, mardi, à Rideau Hall.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Les Gatinoises Rachel Lacroix-Pilon, Janelle Lanoix et Josée Pilotte ont reçu la Médaille de bravoure du Gouverneur général du Canada, hier matin, à Rideau Hall. Cet hommage leur a été rendu parce qu'elles ont risqué leur vie pour sauver les élèves d'âge primaire de l'école Saint-Laurent, à Buckingham. Voici comment ces trois héroïnes ont été présentées lors de cette cérémonie:

«Le 19 avril 2011, elles ont risqué leur vie pour protéger leurs élèves contre un individu armé (Rock Dagenais, 25 ans à l'époque) qui s'était introduit dans leur école primaire, à Buckingham, au Québec. Les trois femmes ont réagi rapidement et avec calme à la menace. Elles ont empêché l'homme d'entrer dans les classes et ont réussi à désamorcer une situation tendue. La police a ensuite appréhendé le suspect sans plus d'incident.»

LeDroit a rencontré ces trois femmes après la remise des Médailles de la bravoure. Voici comment elles ont vécu ce moment intense et extrêmement dangereux du 19 avril 2011; le jour qui les a marquées pour la vie.

***

Le 19 avril 2011, 13h50.

Rachel (secrétaire à l'administration): «J'étais à mon bureau à la réception lorsqu'un homme a sonné pour entrer dans l'école. Je croyais que c'était un parent, alors je lui ai ouvert la porte. Il m'a dit qu'il voulait inscrire son enfant à l'école. Je lui ai répondu que ce n'était pas un bon moment parce que j'étais seule à l'administration, que le directeur était sorti. C'est à ce moment-là qu'il m'a montré son arme dissimulée dans son manteau. (Une carabine de calibre .22). Puis il m'a dit: 'tu vas faire ce que je te dis, je suis armé. T'es mieux de m'écouter, j'ai des amis dehors prêts à entrer si tu ne m'écoutes pas et ça va aller mal.' Je lui ai demandé de se calmer un peu, j'ai tenté de négocier avec lui pendant environ cinq minutes. Puis il m'a dit en enlevant l'arrêt de sécurité de sa carabine: 'Je veux que tu m'emmènes dans une classe. Je te suis en haut, passe devant moi'. Je n'arrêtais pas de penser à mon fils et à mes deux petites-filles, je croyais y passer. Donc nous sommes montés et la porte de la première classe à ma droite était ouverte. C'était la classe de Josée. Et en m'apercevant, Josée a su que quelque chose n'allait pas.»

Josée (enseignante): «Les yeux de Rachel me parlaient. L'homme était dans le cadre de porte et il disait qu'il voulait parler aux élèves, mais on ne savait pas pourquoi. J'ai vu dans son regard que lui aussi était affolé. Et quand je suis sortie dans le corridor et que j'ai tenté de fermer un peu la porte de ma classe, il m'a dit de ne pas la fermer, qu'il était armé, et qu'il avait aussi un couteau et 50 munitions. Je suis restée calme, je savais que je devais le mettre sur mon côté. Je lui ai demandé si Rachel pouvait retourner en bas à son bureau pour appeler tous les élèves de l'école au gymnase et qu'il pourrait ainsi parler à tous les élèves en même temps. Je lui ai ensuite dit que j'allais descendre aussi s'il me le permettait afin que je puisse aller préparer le gymnase. Puis j'ai ajouté: 'mais avant, si tu me le permets, je vais aller chercher (l'enseignante) Janelle dans la classe d'en face. Janelle a une éducatrice avec elle, donc elles sont deux adultes, elle pourra alors venir surveiller mes élèves pendant que je suis partie'. Je devais dire à quelqu'un d'appeler le 911. Il m'a laissé aller parler à Janelle. Mais quand je suis entrée dans sa classe, je n'étais plus calme du tout. Je lui ai dit: 'appelle le 911'».

Janelle (enseignante): «Comble de malheur, la pile de mon cellulaire était à plat. Donc j'ai dit à l'éducatrice Geneviève (Geneviève René) d'appeler le 911 et de verrouiller la porte à mon départ. Le gars nous attendait toujours dans le cadre de porte de la classe de Josée. Donc Geneviève a composé le 911. Je suis sortie, Josée et Rachel sont descendues, et je suis restée avec ses élèves de 2e année et cet individu. Il voulait que je fasse sortir de l'école tous les enseignants. Je lui ai répondu que c'était impossible, qu'aucun prof n'allait abandonner ses élèves. Puis je l'ai bombardé de questions. Parce que plus les minutes s'écoulaient, plus il était confus. J'ai demandé aux élèves de faire un dessin pour Mme Josée, que celle-ci allait bientôt revenir. Pendant tout ce temps-là, Geneviève nous observait par les fenêtres des portes de classes et elle relatait au téléphone nos moindres gestes à la police. Quand le directeur de l'école est revenu, il a appelé le code marine à l'intercom, soit le code pour se barricader. Les élèves ignoraient ce que voulait dire ce code. Le gars m'a demandé: 'c'est quoi, le code marine?'. Je lui ai répondu que je n'avais pas bien entendu le message du directeur et que j'ignorais ce dont il parlait. Certains élèves se sont alors approchés de nous dans le cadre de porte pour me demander qui était ce monsieur et pourquoi on restait à l'extérieur de la classe. Je leur ai dit que ce monsieur était un garde forestier que j'allais bientôt leur présenter pour qu'il nous parle de son métier. C'est à ce moment-là que les policiers sont arrivés et qu'ils ont procédé à son arrestation dans la classe, devant les élèves. C'est là que les enfants ont été traumatisés. Ils se demandaient pourquoi les gentils policiers étaient si méchants avec cet homme en le jetant au sol. Ils ont vu l'arme, ils ont entendu l'homme se débattre, crier et blasphémer.»

Pas un coup de feu a été tiré lors de cet incident et personne n'a été blessé. La Médaille de la bravoure du Gouverneur général du Canada a pris tout son sens, hier matin, à Rideau Hall.

***

Rachel Lacroix-Pilon a quitté le monde scolaire une semaine après ce drame et elle travaille aujourd'hui comme formatrice pour une compagnie privée.

Janelle Lanoix est retournée en classe dès le lendemain matin.

«Je suis retournée pour montrer aux élèves que la vie continue. Ces enfants avaient tout entendu de la conversation entre Geneviève et le 911, ils savaient que j'étais avec un homme armé. Je devais retourner en classe pour les réconforter. Donc je suis retournée pendant trois jours, puis j'ai pris congé le reste de l'année scolaire.»

Josée Pilotte a connu de graves problèmes de santé à la suite de cet incident et elle n'a jamais remis les pieds dans une salle de classe depuis.

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