C'est le bouquet!

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J'en achèterai, un jour. Elle le mériterait bien.

Je vous parle de cette jeune femme qui passe ses week-ends debout devant les portes d'un commerce de mon quartier. Elle ne quête pas. Elle ne dérange pas. Elle vend des fleurs, tout simplement. Et j'ai toujours droit à son chaleureux sourire, que je me procure des fleurs ou non.

Et je me dis toujours que j'en achèterai, un jour. Ne serait-ce que pour la remercier de son sourire - mon sourire - du samedi.

Mais je suis un peu comme tout le monde en faisant mes courses. Je veux en finir le plus rapidement possible. Vite, vite, vite. De là les mots «faire ses courses», j'imagine. Donc les fleurs de la jeune dame attendront à samedi prochain que je me dis depuis des mois, voire des années.

Et pourtant... ma blonde aime tellement les fleurs. Ses yeux s'illuminent les rares fois que je lui en offre. Parce que j'avoue que c'est rare que je lui en achète. «Je ne suis pas cheap!», comme dirait Marc Labrèche dans son rôle de Rénald «Pinson» Paré. C'est juste que je ne connais rien aux fleurs. Mais absolument rien. Une douzaine de roses, ça passe. Mais toutes ces autres fleurs aux noms latins me laissent perplexe.

Une fois, je suis rentré à la maison avec les plus belles fleurs imaginables. D'un bleu céleste. Je n'avais jamais vu rien de pareil.

Manon m'a remercié gentiment. Mais j'ai vite constaté que ses yeux ne scintillaient pas. Curieux.

«Tu ne les aimes pas?, lui ai-je demandé.

- Oui, oui. Elles sont belles, merci.

- Je n'ai jamais vu des fleurs d'un bleu si éclatant. Et toi?

- Heu... pas dans la nature, non. Parce qu'on a teint les pétales d'un colorant. C'est courant.»

J'étais déçu. Je lui achetais des fleurs pour une rare fois et celles-ci avaient été embellies par l'homme. Comme si on pouvait se donner le droit de faire une telle chose. Teindre des fleurs devrait être ajouté à la liste des pêchés mortels. Juste derrière «adultère».

D'ailleurs, les fleurs de la jeune femme devant le commerce sont aussi de couleurs éclatantes. Ça explique peut-être pourquoi j'hésite depuis si longtemps de m'en procurer. Chat échaudé craint l'eau froide.

"*

Mais samedi dernier, c'était décidé. J'allais lui en acheter. Je ne sais pas si c'est un élan de romantisme en moi qui m'a convaincu, ou la nostalgie d'un court été qui nous a quittés beaucoup trop vite, mais les fleurs de la jeune dame allaient trouver refuge sous notre toit.

«C'est combien pour ce bouquet?, que je demande à la fleuriste ambulante.

- Celles-là sont 20$, monsieur, me répond-elle sans perdre son sourire - mon sourire - du samedi. (Ses yeux trahissent toutefois sa surprise de me compter parmi ses clients).

- C'est un peu cher, non?

- Celles-ci à ma gauche sont moins dispendieuses mais, évidemment, elles ne dureront pas comme ce bouquet que vous avez en main.

- Oui, en effet. (Je n'ai aucune idée de ce dont elle parle). Est-ce que du colorant a été ajouté aux pétales de ces fleurs?

- Pas besoin, monsieur.

- Alors je vais les prendre.

- Elles feront un beau décor dans votre maison, monsieur. Merci.

- Merci à vous.»

J'avais hâte d'arriver à la maison pour voir les yeux de ma blonde s'illuminer. C'était un week-end bien tranquille, sans anniversaire, sans événement spécial, sans raison d'acheter des fleurs. La surprise allait donc être totale.

Mais elle a dû attendre un peu, cette surprise. Parce que Manon n'était pas à la maison à mon retour. «Chez la coiffeuse, de retour vers 15h», se lisait la note qu'elle avait laissée sur la table.

Bon, alors quoi faire de ces fleurs? Si je me souviens bien, Manon les dépose immédiatement dans l'eau quand je lui en offre. Ce qui me semble logique. Et si ma mémoire est toujours bonne, elle coupe les tiges de ces fleurs avant de les placer dans l'eau. Mais je les coupe où, ces tiges? Au milieu? Tout au bas? Vers le haut? Allons-y pour le milieu.

Ah! Ces maudits ciseaux! Ils n'ont pas été aiguisés depuis des années et c'est à peine s'ils peuvent toujours découper du papier. Donc de couper ces tiges relève de l'impossible. Alors mettons ces fleurs dans l'eau et Manon s'occupera du reste.

Quand elle a aperçu le bouquet sur la table, à son retour, les yeux de ma blonde se sont illuminés. Mission accomplie. Mais curieusement, ils se sont éteints aussi vite.

«Tu ne les aimes pas?

- Heu... oui. Elles sont très belles, merci. Mais est-ce ta façon de me dire que c'est la dernière fois que tu m'achètes des fleurs?», me demande-t-elle en riant.

- Pourquoi dis-tu ça?

- C'est fleurs sont en tissu, Denis. Les tiges, en plastique. Mais au moins, elles me dureront toute la vie!».

«Celles-ci à ma gauche sont moins dispendieuses mais, évidemment, elles ne dureront pas comme ce bouquet que vous avez en main», m'a dit la jeune vendeuse de fleurs. Elle aurait pu élaborer...

(Soupir...). La vie serait si simple si ma blonde préférait le chocolat aux fleurs.

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