Une cause juste

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Salut Michel. Ça va là-haut? Je pense beaucoup à toi, mon frère, depuis quelques jours.

C'est une nouvelle diffusée par Radio-Canada le week-end dernier qui m'a ramené dans mes souvenirs de toi et de la longue lutte pour sauver l'hôpital Montfort de la fermeture.

Quoi, Michel? Montfort? Il se porte très bien. Plus grand et plus «performant» que jamais. Tu peux en être fier.

Pourquoi la saga Montfort me revient en tête, me demandes-tu? Parce que cette nouvelle dont je te parle me rappelle un épisode de cette lutte qui a duré cinq ans.

Il y a un mouvement mis récemment sur pied à Ottawa pour une capitale officiellement bilingue. Non, Michel, Ottawa n'est toujours pas officiellement bilingue. Je sais que c'est incroyable et ridicule, t'as raison. Mais beaucoup de gens s'unissent depuis quelques semaines pour corriger cette injustice une fois pour toutes.

Or, un francophone s'est récemment prononcé contre ce bilinguisme officiel pour la capitale d'un pays officiellement bilingue. Je te parle du professeur à l'Université d'Ottawa, Gilles Paquet.

Tu te souviens de lui, Michel? Oui, en effet. Comment peux-tu l'oublier...

Eh bien M. Paquet a remis en question la pertinence du bilinguisme officiel à Ottawa et l'approche utilisée par certains partisans de cette cause qu'il a qualifiés «d'intégristes francophones» et de «mal avisés» qui ont instauré un «régime de terreur» où les élus sont diabolisés s'ils n'appuient pas leurs revendications.

Vois-tu Michel, selon M. Paquet, il faudrait plutôt mener des luttes politiques pour arriver à nos fins. Ça te fait penser à quelque chose?

Exactement! À ces trois francophones à l'époque de Montfort qui voulaient la mise sur pied d'un «Pavillon Montfort» qui aurait été intégré à l'Hôpital général d'Ottawa. Ces gens - de bonne foi, entendons-nous - - croyaient que le problème devait se régler en coulisses, voire par des «luttes politiques», pour employer le terme du professeur Paquet.

Tante Gisèle (Lalonde) a alors traité ces trois personnes dans les médias de «collaborateurs», et ce fut la fin de cette idée d'un «Pavillon Montfort» et des «jeux de coulisses». Le problème allait se régler devant les tribunaux. Et on connaît tous la suite.

Mais selon M. Paquet, la cause Montfort portée en cour est un autre exemple d'une approche qui cause des divisions entre francophones et anglophones.

Quoi, Michel? S'il y a des divisions entre francophones et anglophones depuis le jugement en faveur de l'hôpital Montfort?

Bien sûr. Comme il y en a eues bien avant l'affaire Montfort et comme il y en aura d'autres. Mais M. Paquet devra comprendre un jour que les Franco-Ontariens se lèvent quand ils sont provoqués ou traités injustement. Ils ont compris depuis très longtemps - eux - qu'on n'avance pas agenouillé devant la majorité.

Et je n'ai jamais entendu un anglophone se plaindre parce que S.O.S. Montfort a choisi de régler le dossier en justice. Et j'ai été à l'hôpital Montfort il y a quelques semaines où j'ai croisé des anglophones qui ne semblaient pas choqués d'être là. Au contraire, je pense qu'ils étaient même contents d'avoir un hôpital de première classe dans leur quartier.

---

Tu connais la game, Michel, mieux que quiconque. Et tu m'aurais sûrement appelé pour me dire que le maire Watson allait profiter de cette sortie de M. Paquet. Et t'aurais eu raison. Il n'a pas tardé à le faire.

Dimanche, M. Watson a déclaré ce qui suit:

«Il y a un groupe de peut-être 40-50 personnes qui demandent le bilinguisme officiel, mais il y a beaucoup d'autres, comme Gilles Paquet, qui ne sont pas des vedettes dans la communauté francophone [...] qui disent: 'Vous êtes corrects, fournir des services, améliorer des services ça, c'est la chose plus importante'.»

Je n'en croyais pas mes oreilles. Un «groupe de 40-50 personnes», a-t-il dit. Et pourtant...

Qu'en penses-tu Michel si je lance un défi au maire d'Ottawa? Je vais le défier de se rendre au prochain événement où un grand nombre de francophones d'Ottawa se trouveront et de leur poser la question: «Êtes-vous pour ou contre le bilinguisme officiel à la Ville d'Ottawa?» S'il y a moins de 40 à 50 mains qui se lèvent, je lui donnerai raison et je n'en parlerai plus de ce bilinguisme officiel. Jamais. Plus un seul mot.

Quoi Michel? Oui, je sais bien qu'il n'osera jamais faire ça. Je disais n'importe quoi. Comme lui, quoi.

Je te laisse là-dessus, mon frère.

Quoi? Oui, je sais qu'il y aura toujours des gens qui voudront nous diviser pour régner. Et non, ton petit frère ne s'en fait pas avec ça. Comme toi, je sais bien qu'on gagnera.

Comme a dit le grand Jean-Robert Gauthier au tout début de la lutte Montfort: «Soyons solidaires et nous vaincrons.»

Ou pour reprendre les mots que t'écrivais pour conclure les discours de tante Gisèle: «Notre cause est juste.»

Salut Michel.

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