Une rectrice qui ouvre les portes

Chantal Beauvais est la rectrice de l'Université St-Paul.... (Patrick Woodbury, LeDroit)

Agrandir

Chantal Beauvais est la rectrice de l'Université St-Paul.

Patrick Woodbury, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Il y a cinq ans, l'Université Saint-Paul, à Ottawa, procédait à une nomination historique en choisissant une femme pour diriger cette institution pontificale. Chantal Beauvais, alors âgée de 46 ans, devenait ainsi la première femme et la première laïque à la tête de cette université confiée depuis plus d'un siècle et demi à la congrégation des missionnaires Oblats de Marie Immaculée.

Originaire de Rouyn-Noranda, Mme Beauvais était auparavant vice-rectrice à l'enseignement et à la recherche à cette même université. Elle a succédé au père oblat Dale M. Schlitt, qui a occupé cette fonction pendant 15 ans.

Nos préjugés un peu naïfs - du moins les miens - la voudraient une femme austère, sérieuse et même stoïque. Après tout, n'est-ce pas la façon d'être quand on est rectrice d'une université catholique dirigée depuis le début des temps par une congrégation religieuse ? Non, semble-t-il.

Parce que la rectrice Beauvais est tout le contraire. Joviale, blagueuse, un peu pince-sans-rire, et d'une bonne humeur contagieuse, c'est vers elle qu'on serait porté à se tourner pour faire décoller un party. Elle rit quand je lui en fais la remarque.

« Aussi loin que je me souvienne, dit-elle, j'ai toujours senti une très grande confiance en la vie, une très grande énergie et une très grande joie. J'aime la vie. J'aime rire. La vie est tellement courte, il ne faut pas faire exprès pour s'embêter. J'ai été élevée dans une famille modeste où on blaguait toujours à la table et où l'authenticité est très importante. Puis même si mon frère, ma soeur et moi avions voulu nous prendre pour quelqu'un d'autre, nous en aurions été incapables. Nous sommes tous des enfants de Dieu, donc nous sommes tous sur le même niveau. Et c'est la façon que je tente d'interagir avec les gens. Je serais incapable d'être autrement. Comme on dit : 'j'ai été programmée comme ça'. Et je trouve ça important de garder quelque chose de l'enfant vivant en nous. C'est ce qui nous donne parfois des ailes.

« C'est vrai qu'on se fait parfois l'idée des croyants comme des gens austères, poursuit-elle. Mais si on a confiance que l'amour est plus fort que la haine, et que la vie est plus forte que la mort, ça devrait paraître dans notre approche des choses. »

Chez les Soeurs de la Charité

Chantal Beauvais a quitté sa région natale dans la jeune vingtaine pour venir à Ottawa faire un séjour chez les Soeurs de la Charité. « C'était pour faire les étapes préparatoires avant de faire mes voeux », explique-t-elle. Mais l'aventure n'allait pas durer très longtemps...

« J'ai fait mes premiers voeux, raconte-t-elle, mais un an après ces premiers voeux, j'ai compris que c'était mieux pour moi de quitter. Donc je suis retournée aux études à l'Université d'Ottawa où j'ai obtenu mon doctorat en philosophie en 2000. Puis j'ai été embauchée ici à l'Université Saint-Paul comme professeur de philosophie en 2001.

- Pourquoi avez-vous quitté les Soeurs de la Charité ? que je lui demande.

- Je suis très attachée à la mission des communautés religieuses. J'aime être au service des gens, être au service de l'épanouissement des gens, rendre le monde heureux. Quand on a la foi et qu'on souscrit à l'église catholique, on veut construire le royaume de Dieu. C'est quoi, le royaume de Dieu, demanderez-vous ? C'est un espace où tout le monde est heureux et épanoui, et où il y a la justice et la paix. Et c'est ce qui m'attire. Par contre, la structure de vie (au sein de la congrégation) était pour moi... comment dirais-je ?.... il y avait comme trop de cadres et j'étouffais là-dedans. Je voyais que ça n'allait vraiment pas. Un accompagnateur m'a demandé un jour : 'pourquoi es-tu entrée chez les Soeurs ?'. Je lui ai dit à peu près ce que je viens de vous dire. Alors il m'a répondu : 'tu n'as pas besoin d'être une religieuse pour faire ça'. C'est là que j'ai compris qu'il y a d'autres façons de participer à ça, c'est-à-dire à la construction du royaume de Dieu. J'ai donc quitté, je suis retournée aux études et, comme on dit en anglais, the rest is history ! » lance-t-elle en s'esclaffant.

« Ça dépasse l'entendement »

Mais n'est-ce pas plutôt difficile de « construire le royaume de Dieu » par les temps qui courent ? Quand on regarde ce qui se passe en Syrie et en Irak, pour ne nommer que ces deux endroits où le sang de gens innocents coule, on peut vite remettre sa foi en question.

« Oui, il y a des choses qui sont absurdes, acquiesce la rectrice. On décapite des gens au nom d'un dieu. Tu ne peux pas mettre ça dans une case et l'expliquer. Il y a eu des guerres de religion dans le passé. Des guerres 'ma religion est meilleure que la tienne'. On ne voudrait pas voir ça arriver, mais il n'y a rien de plus humain que la rivalité entre des groupes humains. Mais de commettre de telles atrocités en disant que c'est la volonté de Dieu, je ne te suis plus. Ça dépasse l'entendement. Tu ne peux pas faire ça et utiliser Dieu comme excuse pour faire ce que tu fais. Ça ne marche pas. Il y a une limite que tu ne peux pas franchir, et ces gens-là ont franchi cette limite. »

La motard

En concluant l'entrevue, je n'ai pu m'empêcher de demander à la rectrice de l'Université Saint-Paul pourquoi la photo d'une moto Harley-Davidson décorait un mur de son bureau.

« Quand je suis découragée et que les projets n'avancent pas assez vite, je me mets en images sur ma Harley et je me dis que ça va décoller !, lance-t-elle en blaguant. J'aime bien faire de la moto, c'est la liberté. Mais depuis que j'ai eu un accident mineur avec ma moto, je l'ai vendue et je me contente maintenant de mon scooter. Et avec les yeux fermés, on ne voit pas la différence entre un scooter et une Harley !

- Avez-vous d'autres loisirs pour décrocher ?

- J'ai récemment réalisé un rêve d'enfance en m'achetant un ensemble de 60 crayons à colorier Prismacolor. Le gros kit, comme j'ai toujours voulu avoir. Donc je me suis faite plaisir et je me suis aussi procurée des cahiers à colorier, pour adultes évidemment. N'allez pas croire que je dessine des éléphants roses ! Donc quand j'arrive à la maison le soir et que je suis vidée, je m'absorbe deux heures là-dedans et ça me détend. Et mon mari est content parce que je suis tranquille ! », termine-t-elle d'un éclat de rire.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer