La dure réalité

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Samedi 15 décembre, en fin d'après-midi.

Claude Vachon et son épouse Isabelle, de Clarence-Rockland, terminent leurs emplettes de Noël. Leurs deux fils et leurs trois filles seront gâtés cette année. «Et ils le méritent bien», se dit ce couple à la retraite.

«Un dernier arrêt et on aura enfin terminé, dit Isabelle à son mari.

Où faut-il arrêté?, demande ce dernier.

Dans notre échange de cadeaux, j'ai tiré le nom de Nicholas (leur fils de 31 ans). Et il m'a dit l'autre jour que ses bottes de travail étaient usées à la corde. Donc je veux arrêter lui acheter une nouvelle paire. C'est ce qu'il souhaite.

D'accord.

Il sera tellement content.»

Ce soir-là du 15 décembre, vers 22h, leur fils Nicholas, mécanicien de profession et pompier volontaire de Clarence-Rockland, a été happé mortellement par une voiture alors qu'il rentrait chez lui à pied, après la fête de Noël des pompiers volontaires. Ses funérailles ont eu lieu une semaine plus tard, à trois jours de Noël.

«On a survécu aux funérailles, m'a raconté son père, Claude Vachon, hier matin. Et on a réussi à se réunir en famille malgré tout. Mais...».

Il n'avait pas à terminer sa phrase. Je le connais, ce «mais» qui dit tout. Ce «mais» qui vous ébranle l'âme. Ce «mais» plein de questions laissées sans réponse.

«Une chance que la communauté de Clarence-Rockland était là pour nous, de reprendre M.Vachon. Je suis tellement fier de ma communauté. Les gens ont été tellement sympathiques. On a reçu des centaines de messages d'espoir et d'amour. Des voisines sont venues nous apporter des sandwiches et de la soupe. Un ami de mon fils Jean-Philippe, qui est propriétaire d'une pizzeria, est venu nous offrir une pizza. Et le jour des funérailles de Nicholas, il neigeait beaucoup, un fermier pas loin de chez nous est venu avec son tracteur à deux reprises déblayer notre entrée. Je pourrais continuer. Les gens ont été tellement généreux et plein de compassion. Ça nous a énormément touchés. Et nous les remercions du fond du coeur.»

La Terre a recommencé à tourner pour la famille Vachon. Le temps a repris son cours. Comme dit M.Vachon, «c'est le retour à la réalité. Et parfois, la réalité frappe dur».

Comme cette visite, entre Noël et le Jour de l'An, au commerce d'Orléans où lui et son épouse s'étaient procurés les bottes de travail pour leur fils Nicholas.

M.Vachon raconte:

«Je me suis rendu chez ce marchand pour retourner les bottes que nous avions achetées pour Nicholas. Et j'ai demandé au propriétaire s'il pouvait me rembourser les 271$ que j'avais déboursés. Mais il a refusé. Et il ne voulait rien entendre. J'ai beau lui expliquer que mon fils était mort le même jour que nous avions acheté ces bottes, il n'y avait rien à faire. Il m'a même dit: «tu pourrais les porter, elles doivent te faire». J'ai figé. Je suis encore habité par une grande tristesse et je n'ai pas pu me défendre. Je n'étais pas préparé pour ça. Ma fille Marie-Claude est retournée voir ce commerçant. Elle lui a expliqué à nouveau la situation et elle lui a dit qu'il m'avait fait de la peine. Mais encore une fois, il a refusé de nous rembourser.»

Le commerce en question, c'est la Cordonnerie Régional (sans «e» à Régional) du boulevard St-Joseph, secteur Orléans. Et selon le propriétaire de l'endroit, Luc Simard, M.Vachon a été remboursé.

«On a repris les bottes et on a donné une note de crédit à M.Vachon, a expliqué M.Simard. De donner une note de crédit est notre politique. On ne rembourse jamais en argent comptant.

Donc M.Vachon a un crédit de 271$ chez vous?

C'est ça. Il a des enfants, il a une femme. Nous offrons plusieurs produits et services ici qu'il pourrait se procurer pour eux avec sa note de crédit. On lui a même offert de se choisir une paire de bottes à sa grandeur.

Vous ne pouvez pas faire une exception à votre politique, compte-tenu de la situation?

Non. Je suis désolé et j'ai offert mes sympathies à M.Vachon, mais c'est la même politique pour tout le monde. Tout le monde a de bonnes raisons (pour demander un remboursement). Et on tente d'accommoder les gens en leur offrant un crédit plutôt que de l'argent comptant. C'est partout pareil et c'est légal. Et au niveau de la loi, on ne serait même obligé de reprendre les bottes».

La dure réalité, disait M.Vachon...

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